23e Dimanche du Temps Ordinaire - C 

Porter sa croix pour vivre en Lui

«Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ?», 
interroge le Livre de la Sagesse (Sg 9,13).
«Cette enveloppe d’argile alourdit
notre esprit aux mille pensées.»
Il est bien vrai que notre esprit est sollicité, occupé,
préoccupé au point qu’il peut oublier Dieu,
qu’il peut être sourd à sa voix.
Aussi l’Écriture nous appelle à demander
l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu.
C’est Lui qui apaise nos pensées chancelantes
pour discerner l’unique pensée qui libère la vie,
la pensée du Christ qui surpasse toutes nos pensées.
«La pensée du Christ, nous l’avons»,
affirme l’apôtre Paul (1 Co 2,16).
C’est elle que nous voulons entendre, recueillir,
faire nôtre en ce temps de reprise
de nos activités quotidiennes.

Disciples du Christ, l’évangile d’aujourd’hui
nous convoque en assemblée
pour une écoute commune de la Parole,
nous provoque dans nos certitudes,
dans nos idées toutes faites pour un déplacement intérieur.
C’est notre vocation qui est en jeu.
Comment allons-nous suivre le Christ ?
Plus que jamais, en ces temps troublés,
le monde attend des chrétiens un témoignage
qui soit un évangile ouvert, vivant, incarné.
Ce n’est pas l’heure de la peur, du repli
mais plutôt de la conversion, de la communion.
Les paroles de Jésus viennent toucher
le plus profond de notre identité de disciples.
Sommes-nous prêts à les entendre ?
Que nous dit Jésus du disciple ?

Tout d’abord, que le disciple est appelé
à vivre dans le Christ.
La vie du Christ devient la vie du disciple du Christ.
Il y a un échange de vie vital.
L’itinéraire pascal du Christ
devient l’itinéraire du disciple du Christ.
Faire de sa vie une vie dans le Christ,
c’est passer de la mort à la vie,
c’est commencer à vivre.
Car la vie passée en dehors du Christ
se révèle comme lieu de mort
quand on s’est laissé transformer
par la vie pascale du Christ.
Tout commence quand le Christ entre
dans notre vie pour y vivre sa pâque.
La vraie vie commence,
la vie libérée de la mort,
la vie qui se renouvelle sans cesse,
la vie toujours vivante, vivifiante, fécondante,
la vie qui ne finit pas.
Frères et sœurs de quelle vie voulons-nous
vivre désormais ?
De cette vie d’ici-bas qui n’est qu’une lutte pour survivre
ou de cette vie d’en-haut qui se reçoit
en laissant le Christ vivre en nous ?

Ce choix de vie pour le Christ
a une incidence non négligeable
qui caractérise la vie du disciple.
Qui se met à la suite du Christ
doit porter sa croix, nous dit Jésus.
Porter sa croix et vivre du Christ vont de pair.
Il n’y a pas de vie dans le Christ pascal
sans l’expérience de la croix.
Cette croix, nous la rencontrons
dans tous ces lieux de douleur et de mort,
de fragilité et de fracture,
qui hantent nos existences terrestres
comme autant de limitations à nos désirs de vie.
La croix, c’est la transformation de ces lieux de mort
en lieux de naissance à une vie plus forte que la mort.
«La croix du Christ est ce qui fait de la négation de la vie
l’espace d’engendrement de la vie.
C’est ainsi que la mort s’anéantit
sur son propre terrain quand la vie surgit,
nouvelle et éternelle, du monde de la mort» (J.-M. Gayraud).
Porter sa croix à la suite du Christ,
c’est affirmer des paroles d’amour, de pardon,
d’espérance comme les chrétiens l’ont fait
au lendemain de l’assassinat du Père Jacques Hamel
pour dire au monde qu’il est fait
pour la vie et non pour la mort.
Notre vulnérabilité est une ressource
pour laisser la croix du Christ
livrer son message de paix pour le monde.
Cette croix bouleverse la vie
telle que nous pouvons la vivre,
la comprendre et l’envisager.
Toutes les réalités de cette terre doivent passer par la croix
pour que la promesse de vie qu’elle porte
puisse trouver son accomplissement dans le Christ.
Ainsi en est-il de nos liens de la chair et du sang.
Ils sont vecteurs essentiels de la transmission de la vie
mais ils sont voués à la mort
s’ils ne sont pas abandonnés au Christ.
«Tous les possessifs de cette vie
doivent mourir pour que jaillissent de leur abandon même
le sens ultime de vie dont ils étaient porteurs.
Il faut ‘haïr’ – littéralement ‘couper net’ –
tous ces possessifs afin de pouvoir aimer,
aimer dans le Christ :
son père, sa mère, sa femme,
ses enfants, ses frères, ses sœurs,
sa propre vie (Lc 14,26).
Qui prétend devenir propriétaire de vie
signe son arrêt de mort.
La vie arrêtée, possédée, déterminée,
c’est déjà la mort commencée
et la vie livrée, abandonnée,
risquée sur le chemin du Christ pascal,
c’est déjà la mort dépassée» (J.-M. Gayraud).

Porter sa croix comme disciple du Christ,
c’est oser renoncer.
Les deux paraboles données par Jésus
éclairent le sens de ce renoncement.
Il s’agit de renoncer à tout ce que nous prétendrions
pouvoir construire et conquérir définitivement en cette vie.
La vie «remplie», «réussie», «accomplie»,
cette vie-là n’existe pas.
Mère Teresa, qui est canonisée en ce jour,
en a témoigné toute sa vie durant.
Elle a souffert avec ceux qui souffrent.
Elle a tâtonné  dans la nuit de la foi
avec ceux qui sont condamnés au désespoir.
Au milieu des misères de l’humanité,
elle a renoncé à bâtir parfaitement une tour
ou à gagner complètement une bataille.
Personne n’a ni les moyens ni les forces nécessaires
pour vaincre les limites de cette vie.
La mort n’est pas une illusion en cette vie.
La violence terroriste qui frappe des innocents
nous le rappelle cruellement.
Alors Jésus nous dit : Asseyez-vous,
entrez dans l’intelligence du sens profond de la vie.
Notre vie ici-bas ne sera toujours,
quels que soient son terme, sa densité, sa durée,
qu’un commencement.
Notre vie n’est qu’une esquisse inachevée
dont Dieu se sert pour faire et parfaire son œuvre à lui.
Renoncer à faire de notre vie notre œuvre,
c’est entrer dans le mystère de la vie
qui est l’œuvre du Christ en nous.
Prendre sa croix, c’est choisir d’adhérer au Christ,
de laisser le Père nous configurer à Lui,
d’imiter le Fils qui fait de sa vie une pâque.
«L’imitation te conduira à l’identification,
dit notre Livre de Vie,
l’identification à l’incorporation,
l’incorporation à la divinisation.
Si tu as renoncé à tout,
tu seras introduit au partage de tout
dans le sein du Père, car il veut que là où est son Fils,
tu sois aussi avec lui pour contempler sa gloire» (n° 59).
L’accomplissement de notre vie, il est au ciel.
Le disciple garde les yeux tournés vers ce terme de lumière.
Heureux qui perd sa vie en ce monde,
il la gardera en vie éternelle dans le monde nouveau.
Heureux le disciple du Christ,
il entrera dans la joie de son Seigneur.


(inspiré de fr. Jean-Marc Gayraud op., www.domuni.org)

Méditer la Parole

4 septembre 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Sagesse 9,13-18

Psaume 89

Philmon 9-17

Luc 14,25-33

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