11e Dimanche du Temps Ordinaire - C

« En ce temps-là,
un Pharisien avait invité Jésus à manger avec lui.
Jésus entra chez lui et prit place à table.
Survint alors une femme de la ville,
une pécheresse ».
Elle avait appris que Jésus était attablé dans la maison du Pharisien,
malgré son péché elle se permet d’entrer.

Frères et soeurs,
cette maison où se côtoient la misère et la miséricorde,
ce pourrait être notre coeur.
Lorsque l’idée du péché fait irruption dans nos vies,
lorsque sa réalité nous frappe dans la chair,
nous avons souvent du mal à nous situer.
Faut-il en parler ou s’en protéger ?
Faut-il le confesser ou le ruminer ?
Faut-il le déposer ou l’assumer ?
Comme ce Pharisien, nous pourrions être gênés.
Le péché semble atteindre notre dignité,
notre réputation intérieure,
il touche notre propre coeur,
mais Dieu n’en a pas peur.
Dieu est plus grand que notre coeur
et il en a fait sa demeure.

Ainsi la Sagesse de Dieu,
se révèle juste auprès de tous ses enfants.
Elle invite tous les hommes au festin
pour répandre en eux
cette grâce du pardon,
ce parfum de la Résurrection,
cette promesse de Réconciliation.
Aujourd’hui du fond de notre coeur
le Seigneur veut nous apprendre à vivre le pardon.

*

Vivre le pardon, c’est rechercher la communion
C’est rencontrer Jésus, c’est aller au Christ
pour vivre une réconciliation.
Par sa présence au fond de notre coeur,
il vient éveiller la soif de communion.

Vivre le pardon,
c’est briser la solitude du péché
c’est oser vivre la rencontre
avec le Christ, avec les autres, avec soi-même,
dans la vérité d’un coeur brisé et broyé.
Vivre le pardon,
c’est accueillir l’autre dans son propre coeur
afin de reconnaitre et d’honorer sa dignité.
Le Pharisien était généreux
mais son coeur était paralysé par la peur et les jugements
C’est pourquoi il se tenait à distance.
C’est la distance du doute et de la suspicion
à l’égard de Jésus.
C’est la distance du mépris et de l’indifférence
à l’égard de la pécheresse.
Intérieurement, cet homme ne pouvait pas accueillir paisiblement et sereinement cette situation qui le révolte.
Aussi il se dit en lui-même :
« Si cet homme était prophète,
il saurait qui est cette femme qui le touche,
et ce qu’elle est : une pécheresse. »
Replié dans son savoir, hautement il juge.
Or précisément ce Jésus est plus qu’un prophète.
C’est lui le Messie,
c’est lui l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Et c’est bien cela que la pécheresse vient honorer
de ses larmes et de son parfum.
Dans un élan de repentir et de bonté,
elle n’hésite pas à toucher et à embrasser
celui qui la sauve et la purifie.
Par des oeuvres de miséricorde,
elle répand son coeur devant Dieu,
elle vient laver, servir, soigner, parfumer le corps du Christ.
Pour vivre le pardon, elle va servir la communion.
A travers cette femme et l’attitude de Jésus, nous comprenons qu’il ne s’agit pas de fuir le pécheur,
il s’agit plutôt de servir et d’aimer le Christ vivant au coeur de la communauté.
Il s’agit de vivre la communion avec tous
en purifiant nos coeurs par le repentir
et en répandant dans le monde
cette bonne odeur du Christ.

*

Vivre le pardon c’est aussi entrer dans l’Espérance.
C’est convertir son regard à la lumière de la miséricorde.
C’est rejeter les ombres de la déception
C’est quitter les ténèbres de la misère et du désespoir
Par sa présence au fond de notre coeur,
le Christ vient illuminer les yeux de notre coeur
pour nous faire voir son espérance et sa miséricorde.

Face au péché, le nôtre ou celui du prochain,
nous serions parfois tentés de nous décourager.
Notre coeur se laisse alors accaparer par une misère qui nous dépasse au point de nous lier et d’entraver notre liberté.
« Tu vois cette femme ? » demande Jésus à Simon
A travers cette question
c’est le Seigneur lui-même qui s’émeut devant cette femme.
Il voit la misère de son peuple.
Il voit la misère de nos coeurs.
Mais le Pharisien, quant à lui, voyait sans voir,
il regardait comme de l’extérieur.
Son regard s’était arrêté à la misère de cette femme
et il ne pouvait déceler la miséricorde
qui déjà se répandait dans son coeur.
Là où le péché a abondé,
désormais la grâce a surabondé
et Jésus va la manifester.
A travers ses oeuvres de miséricorde,
il nous invite à contempler la grandeur de cette femme,
il nous invite à magnifier le Seigneur.

« Tu vois cet Homme, tu vois ton frère ? tu vois ta soeur, ton conjoint, ton enfant ? » nous demande Jésus.
Frères et soeurs,
bien souvent nous, nous dénonçons nos misères et nos défauts et nous en restons là.
Mais vivre le pardon c’est convertir son regard
à la lumière de la miséricorde.
C’est apprendre à voir avec le coeur
afin de contempler la dignité, la beauté de mon prochain,
afin d’accepter l’autre tel qu’il est
et non tel que je voudrais qu’il soit.
C’est magnifier les gestes de miséricorde
au lieu de dénoncer notre misère.
Par le baptême, frères et soeurs,
nous avons reçu l’onction,
onction de paix et d’espérance
pour proclamer les merveilles du Seigneur
pour répandre l’huile de joie au lieu du désespoir
pour consoler les affligés.
Vivre le pardon, c’est vivre de cette onction, c’est entrer sans cesse dans l’espérance.

*

Vivre le pardon, c’est confesser sa foi et reconnaitre humblement sa faute.
Par sa présence au fond de notre coeur,
le Christ, vient éveiller en nous la confiance et la contrition.
Vivre le pardon c’est faire confiance,
c’est confesser sa foi en celui qui peut tout, qui donne tout, qui pardonne tout.
Croire c’est reconnaitre avec saint Paul
que ce que je vis aujourd’hui dans la chair,
je le vis dans la foi au Fils de Dieu
qui m’a aimé et s’est livré pour moi ».
C’est reconnaitre que sans lui, je ne peux rien faire.
Aussi par le pardon,
« ce n’est plus moi qui vis
c’est le Christ qui vit en moi »
Vivre le pardon c’est faire cette expérience de l’amour
inconditionnel, unique et personnel
qui me donne de vivre chaque jour dans la joie, la paix et la lumière.

Mais vivre le pardon c’est aussi confesser sa faute.
A l’exemple de David, c’est accéder à la miséricorde
en déposant sa misère devant Dieu.
La pécheresse l’avait bien compris et c’est ce qu’elle nous invite à faire en ce jour.
« Ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. »
La marque du pardon reçu,
c’est le pardon partagé,
c’est l’amour vécu,
c’est la foi s’exerçant dans la charité.
Ainsi la charité couvre une multitude de péché,
et c’est bien cela que les convives ne peuvent accepter.
Ils n’osent croire au pardon
car ils croient trop en leur propre perfection.
« Qui est cet homme,
disent-ils à propos de Jésus
qui va jusqu’à pardonner les péchés ? »

Vivre le pardon c’est donc vivre la confession.
C’est confesser sa foi par la confession de son péché.
C’est entrer dans la joie de la miséricorde.
« Heureux est l’homme
qui est absous de son péché,
acquitté de sa faute. »

*

Frères et soeurs, « ta foi t’a sauvée, va en paix » dit Jésus à la pécheresse pardonnée.
Cette phrase frères et soeurs,
nous l’entendons à chaque confession
nous la recevons comme un envoi, comme une mission.
Vivre le pardon, c’est revenir au Christ
mais c’est aussi repartir du Christ.
C’est rencontrer le Christ dans le fond de notre coeur
pour le servir et le magnifier dans nos frères
avec tout notre coeur.

Seigneur Jésus Christ,
Toi qui es chez toi dans le fond de mon coeur
laisse-moi te rejoindre
dans le fond de mon coeur.

O Toi qui es chez toi dans le fond de mon coeur
je m’offre à ton amour que surgisse ta joie
dans le fond de mon coeur.

O Toi qui es chez toi dans le fond de mon coeur
glorifie ton Saint Nom et magnifie ta miséricorde
dans le fond de mon coeur.

Méditer la Parole

12 juin 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

2 Samuel 12,7...13

Psaume 31

Galates 2,16...21

Luc 7,36-8,2

Écouter l'homélie

Player mp3