16e Dimanche du Temps Ordinaire - C

« Il n’est pas de tâche plus belle
qu’il soit donné à l’homme d’accomplir
que la contemplation. »
La contemplation :
Mission à la fois belle et exigeante
Vocation à la fois universelle et personnelle.
Œuvre à la fois humaine et divine au cœur de notre monde.

Frères et sœurs,
la tâche principale de notre vie,
l’œuvre essentielle de notre existence,
c’est bien d’apprendre à contempler Dieu,
c’est bien de nous préparer à cette vision de Dieu.
La vie contemplative n’est pas une vocation réservée à certains,
elle est un appel universel
qui doit s’épanouir dans chacune de nos vies.

Au cœur du monde,
la contemplation est cette part essentielle et fondamentale
que nous aurons à rechoisir chaque jour,
quel que soit notre état de vie,
quels que soient nos engagements dans la cité.

Faire de toute sa vie, faire de chaque instant
un acte d’adoration et de contemplation,
c’est ce que le Seigneur vient nous enseigner en ce jour.
Avec Abraham et Sarah
ou avec Marthe et Marie,
entrons dans ce chemin de contemplation.

*

Avec Abraham et Sarah, nous pourrons découvrir que
contempler c’est apprendre à regarder le monde autrement et gratuitement.
Pour Abraham et Sarah, la contemplation est née de l’hospitalité.
C’est au Chêne de Mambré,
que le Seigneur apparut à Abraham.
Alors qu’il était assis à l’entrée de sa tente,
Abraham leva les yeux,
et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui.
Alors il courut à leur rencontre
et là il se prosterna jusqu’à terre.
C’est par cette hospitalité empressée
qu’Abraham s’est ouvert à la contemplation
et qu’il entre en adoration.
C’est en demeurant attentif au seuil de sa tente,
c’est en veillant à la périphérie de son cœur
qu’il a su demeurer ouvert à la visitation de Dieu dans sa vie.
Dès lors, pour apprendre à contempler,
nous sommes invités à accueillir le réel
en partant du seuil de notre cœur,
en observant le monde avec les yeux du Père,
par le regard du Christ,
dans la lumière de l’Esprit.
Contempler Dieu,
c’est avoir un cœur ouvert, hospitalier et généreux ;
c’est regarder le monde avec les yeux de Dieu,
c’est s’ouvrir à la visite de Dieu dans notre humanité,
et par là lui permettre de nous révéler ses promesses de fécondité, de miséricorde, de justice et de fidélité pour notre monde.
 « La contemplation est moins un regard fermé au sensible et au réel
qu’un regard nouveau qui accueille le réel
à la lumière de l’Esprit »1,
dans le creuset hospitalier de notre cœur.
Alors frères et sœurs,
quel regard portons nous aujourd’hui sur notre monde ?
La porte de notre cœur est-elle encore ouverte à l’espérance et à la confiance ?

*

Avec Marthe, nous apprendrons que contempler,
c’est apprendre à durer dans nos activités
c’est entrer dans un repos du cœur, dans une paix intérieure,
au milieu des soucis et des agitations de nos vies.
Marthe pourrait nous apprendre ainsi à nous engager et à nous investir avec justesse et liberté.
La vraie contemplation n’est pas passivité,
elle est réel engagement.
Ainsi lorsque Marthe reçut Jésus chez elle,
elle mit tout en œuvre pour le servir dignement.
Contempler, c’est s’engager avec Dieu pour les hommes,
c’est apprendre à servir et à aimer en acte et en vérité.
Mais contempler,
c’est aussi apprendre à regarder loin et longtemps,
c’est savoir durer.
Ainsi Marthe était bien généreuse,
mais intérieurement, elle était accaparée,
Marthe voulait s’occuper de Jésus
mais elle demeurait préoccupée et soucieuse d’elle-même.
Son cœur se fatiguait de ne pouvoir aimer librement et totalement.
Ainsi avec Marthe apprenons que pour durer,
pour mieux s’engager,
il faudra se dégager :
se dégager, prendre le large, gagner en profondeur,
se ressourcer en Dieu dans la mesure même
où les activités nous happent, nous appellent.
Le cœur humain, même le plus généreux,
n’est pas inépuisable car nous le savons bien, Dieu seul est illimité.
Avec Marthe, nous pourrons comprendre que
« la contemplation est un sabbat du cœur,
un repos profond,
une non-préoccupation,
un accès vers la liberté intérieure.
Elle ne consiste pas à ne rien faire
mais à faire toute chose devant Celui qui appelle à être ce qui n’est pas »2.
Alors frères et sœurs,
quelle paix, quel repos habite aujourd’hui notre cœur ?
Quel temps dégageons nous dans nos vies
pour soutenir nos engagements
pour puiser la force et la liberté nécessaire au don de soi ?

*

Avec Marie, assise auprès de Jésus,
nous apprendrons que contempler c’est vivre une présence à Dieu
et c’est peu à peu révéler au monde une présence de Dieu.
La contemplation est une communion qui devient révélation.
La contemplation est un acte missionnaire.
C’est une passivité active et volontaire
qui révèle une autre activité,
plus essentielle et fondamentale pour nos vies,
celle de l’Esprit Saint qui travaille les cœurs et guérit les âmes.
Ainsi auprès de Marthe, Marie s’était assise aux pieds du Seigneur,
et elle écoutait sa parole, elle vivait en sa présence.
Contempler Dieu, c’est choisir de vivre régulièrement le silence pour laisser Dieu parler en nous et agir autour de nous.
Silence du cœur et des lèvres pour entendre sa voix et accueillir sa présence.
Silence des activités, des œuvres personnelles pour discerner une œuvre essentielle, celle du créateur, celle de notre Rédempteur et Sauveur.

L’essentiel est souvent invisible pour les yeux
Pour contempler
il faudra donc souvent nous asseoir et écouter.
Il nous faudra nous arrêter au milieu des bruits et des agitations du monde.
Notre silence parlera, notre vie évangélisera,
Contempler Dieu, à l’école de Marie,
c’est mettre Dieu au cœur de notre vie
pour que notre vie soit au cœur de Dieu.
C’est mettre le Christ au cœur de nos familles, de nos communautés,
C’est garder sa Parole au milieu de nos activités afin que Dieu lui-même nous enseigne et nous donne sa sagesse.
C’est prier au cœur du monde avec ses troubles et ses violences,
afin que Dieu lui-même dépose sa Paix et sa douceur.
 « Le contraire de la contemplation ce n’est pas l’action mais c’est plutôt le souci
qui étouffe la Parole,
qui appesantit l’intelligence »3.
Alors frères et sœurs,
dans les cris, le brouhaha de notre monde,
quelle place accordons-nous au silence, à la prière et à la Parole de Dieu ?
Dieu est-il encore au cœur de notre Vie ?
Quelle oreille prêtons-nous aux appels du Seigneur ?

*

Frères et sœurs,
par le baptême, nous sommes consacrés,
nous sommes mis à part pour une vie nouvelle dans le Christ.
Consacrés, nous ne sommes pas pour autant séparés et indifférents. Bien au contraire.
Comme le dit notre Livre de Vie,
il ne s’agit donc pas de « séparer la prière et la vie,
mais de les unifier.
De porter ta prière dans la ville et d’accueillir en ta prière la ville.
De vivre le lien entre l’action et la contemplation,
le travail et la contemplation,
la rue et la contemplation. »
Vivre le lien entre le monde et la contemplation
la souffrance et la contemplation
la violence et la contemplation.
Frères et sœurs,
en ces jours, une mission nous attend.
À l’heure où l’homme est défiguré par la violence et le péché,
il nous faut réapprendre à contempler Dieu gratuitement et incessamment,
dans sa plus belle image qui est, avant la solitude, la montagne, le désert ou le Temple, la cité des hommes, visages du Visage de Dieu et reflets de l’Icône du Christ.

Seigneur, viens à notre secours, montre-nous ton visage et nous serons sauvés !

________________________

 

1. Règle des diaconesses de Reuilly
2. Ibid.
3. Ibid. 

Méditer la Parole

17 juillet 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Gense 18,1-10

Psaume 14

Colossiens 1,24-28

Luc 10,38-42

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