23e Dimanche du Temps Ordinaire - C 

Un jour ordinaire dans un wagon ordinaire

10 septembre 1946.
Un jour ordinaire dans un wagon ordinaire
d’un train ordinaire.
Sœur Agnès, d’origine albanaise, enseignante à Calcutta
se rend à Darjeeling pour sa retraite annuelle.
C’est une sœur heureuse qui a accompli son rêve
d’enseigner en Inde.
Elle a tout donné pour le Christ,
quittant sa terre natale pour servir les enfants.

Mais ce jour-là, l’appel de Jésus se fait neuf,
plus fort, plus intense que jamais :
devenir pauvre.
Servir les plus pauvres des pauvres ;
Le servir et l’aimer dans les plus pauvres des pauvres.
Jésus frappe à la porte
de l’intérieur du cœur de sœur Agnès
qui va devenir Mère Teresa.
Jésus avait tout demandé ;
Il redemande tout.
Mais un tout plus radical…
Jésus désire ce don.
Jésus attend ce don.
Jésus a soif…

Sœur Agnès dit oui,
et sa vie en est radicalement bouleversée.
C’était un jour ordinaire
dans un train ordinaire.

*

Frères et sœurs, nous aussi restons attentifs
aux appels de Jésus.
Jésus est vivant et notre vie avec Lui
n’est pas un musée de cire
ou une vieille carte postale.

Jésus, depuis l’intime de nos cœurs,
nous enseigne, nous parle
et il peut aujourd’hui te demander tout.
Oui tout…
Et si tu lui as déjà tout donné,
Il peut te le redemander encore.

Une chose est certaine :
Il te demande la permission de vivre avec toi,
de prier avec toi,
de prier en toi,
et plus encore d’aimer en toi,
d’aimer à travers toi.

Son désir brûlant est que nous devenions ses disciples :
c’est ce que l’Évangile nous révèle aujourd’hui.
Beaucoup de monde le suivait
sur les chemins de Galilée,
mais il s’arrête et, par amour,
révèle ce que signifie d’être vraiment son disciple.
Que nous dit-il ?

Il nous dit que pour construire une tour,
il faut avoir des dollars.
Et que pour partir en guerre,
il faut avoir des soldats !
Bien…
Et pour devenir ses disciples, que faut-il ?
Il ne faut ni dollars, ni soldats…

Il faut…
Qu’est-ce qu’il faut ?
Il faut « avoir » ?
Non !
Au contraire, il faut se déposséder,
se dépouiller, se désarmer.
En d’autres termes,
il faut faire de la place en soi.

Si notre cœur est rempli par une ou plusieurs affections,
et que nous pensons que rien ne nous manque,
comment pourrons-nous accueillir Jésus ?
Comment pourrons-nous accueillir chaque humain
et en particulier les plus pauvres ?

Il nous faut renoncer
à toute affection vécue hors de Jésus
pour les retrouver en lui
purifiées, allégées, fécondées…

Si notre cœur est plein de l’exigence
du confort, de la bonne réputation, du pouvoir,
comment pourrons-nous prendre soin de Jésus ?
Jésus en chaque humain ?

Il nous faut ce grand dépouillement du moi
pour laisser vivre notre vraie personne
qui est une avec Jésus.

Si notre cœur est plein d’attachements
à des biens matériels,
comment pourrons-nous ouvrir
nos bras et nos cœurs à Jésus
et à Jésus dans les autres ?

Il nous faut passer par la dépossession
pour que rien ne nous possède sinon l’amour.
Tu veux aimer ?
Il n’y a pas d’autre route que la pauvreté…
Pour aimer, il faut que soit déchirée
notre illusion d’être auto-suffisants.
Ne peut aimer que celui qui a le cœur déchiré
pour laisser l’autre entrer en soi
et entrer soi-même en l’autre.

C’est le principe du casse-tête :
pour être un avec les autres morceaux,
il faut que chaque morceau ait un manque,
une béance, une ouverture…
Il faut que chacun renonce à être tout par lui-même.

Comme Jésus qui, sur la croix,
consent à ne plus exister par lui-même.
Il n’est plus que béance.
Il n’est plus que don.
À Gethsémani, il a choisi d’aller jusqu’au bout ;
de mener le combat de l’amour et de l’abandon ;
de bâtir non une tour,
mais la communion en son corps.
Et il est allé jusqu’au bout,
ne ressentant aucune affection,
portant sa croix
et dépouillé de tout bien matériel autant que spirituel.

Et c’est ainsi qu’il nous a sauvés,
nous ouvrant le grand porche de l’Amour
par sa Résurrection d’entre les morts.
Désormais, c’est avec lui, en lui,
que nous menons le bon combat de la foi.
C’est en lui que nous sommes édifiés
pour devenir ensemble son corps ;
pour entrer dans une vivante communion
où nous mettons en commun
notre plus intime pauvreté
pour devenir un dans l’Amour.

Le renoncement à cause de Jésus
ne nous écrase pas.
Il nous grandit,
Il dilate notre cœur,
nous rendant capable d’aimer
dans une dimension toute nouvelle.

Paul nous en a donné le témoignage tout à l’heure
en disant de Philémon
qu’il est comme son propre cœur (Phm 12).

Mère Teresa écrivait
« Un chrétien est un tabernacle du Dieu vivant.
Il m’a créée, il m’a choisie ;
il est venu habiter en moi
parce qu’il avait besoin de moi.
Maintenant que vous avez appris
combien Dieu vous aime d’amour,
quoi de plus naturel pour vous
que de passer le reste de votre vie
à rayonner de cet amour ?
Être vraiment chrétien, c’est accepter vraiment le Christ
et devenir un autre Christ l’un pour l’autre.
C’est aimer comme nous sommes aimés,
et comme le Christ nous a aimés sur la croix.
C’est nous aimer l’un l’autre et donner aux autres.
Le Christ, quand il a dit : ‘J’étais affamé,
et vous m’avez donné à manger’
ne parlait pas seulement de la faim de pain et d’aliments,
Il parlait aussi de la faim d’amour. »

Et quel était le secret de Mère Teresa
pour aimer,
pour accueillir dans son cœur et dans ses bras
les plus pauvres des pauvres ?
Ce n’était pas un débordement de grâces mystiques
puisqu’elle a connu une longue,
une très longue nuit des sens,
privée de toute expérience sensible
de la présence de Dieu.

Son secret n’était-il pas l’Eucharistie ?
« Nos vies sont mêlées à Jésus dans l’Eucharistie ;
la foi et l’amour que nous donne l’Eucharistie
nous rendent capable de voir Jésus
sous l’apparence affligeante des pauvres. »

À nous donc de puiser l’Amour vrai
dans le trésor de l’Eucharistie.
Ici, Jésus se donne.
Ici, Jésus se livre.

« L’Eucharistie, disait encore Mère Teresa,
est l’aliment spirituel qui me nourrit
et sans lequel je ne pourrais tenir
ni un jour ni une heure de mon existence.
Dans l’Eucharistie, nous recevons Jésus
sous l’espèces du pain,
tandis que dans les taudis
ce sont les corps défaits et les enfants abandonnés
qui nous donnent à voir et à toucher le Christ. »
 

 

 


[1] Mère Teresa de Calcutta, La joie du don, p. 31-32.

Méditer la Parole

4 septembre 2016

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Sagesse 9,13-18

Psaume 89

Philmon 9-17

Luc 14,25-33