26e Dimanche du Temps Ordinaire - C

Pauvreté et Résurrection ?

Dimanche dernier, le Seigneur Jésus nous exhortait à être dignes de confiance
par rapport à l'argent et à l'usage des biens.
La suite de son enseignement présente aujourd'hui un autre volet
qui met en scène quelqu'un qui se sert mal des richesses.

Cet homme reste anonyme.
Il n'a qu'une caractéristique : il est riche ;
il vit luxueusement, dans l'abondance et le faste.

Le pauvre, lui, porte un nom : Lazare.
Le récit ne fait en rien l'éloge d'une éventuelle force d'âme de Lazare,
il ne précise pas non plus son éventuelle piété.
Non, Lazare ne possède rien, si ce n'est sa pauvreté :
il est pauvre, voilà tout.

Entre le riche et le pauvre Lazare, il n'y a rien de commun.
Rien sinon leur condition mortelle : l'un et l'autre meurent.

Jésus décrit alors le principe du retournement des situations,
tout comme il l'avait déjà annoncé dans le discours des Béatitudes :
Heureux, vous, les pauvres car le Royaume de Dieu est à vous,
Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation (Luc 6,20.24).

Dans notre parabole, le pauvre Lazare meurt
et les anges l'emportent auprès d'Abraham pour qu'il trouve cette fois le bonheur.
Le riche meurt, on l'enterre,
et au séjour des mort, il est en proie à la torture et à la souffrance.
Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare le malheur, lui dit Abraham.
Maintenant, il trouve ici la consolation, et toi, c'est à ton tour de souffrir.

Que s'est-il passé pour en arriver là ?
Le riche a laissé se creuser un abîme entre lui et le pauvre qui gisait à sa porte,
il ne le voyait même pas,
il ne laissait même pas les miettes de ses festins à celui qui était torturé par la faim.
Le grand abîme ainsi creusé devient alors infranchissable jusque dans l'au-delà.
La communion qui aurait pu s'instaurer sur la terre
est désormais définitivement perdue.

En cela consiste l'enseignement de cette première partie de la parabole :
les abîmes de séparation que nous laissons se créer par l'utilisation égoïste de nos richesses
nous accuseront irrémédiablement dans l'au-delà.

Car en réalité, nos richesses ne sont pas à nous ;
elles nous sont confiées comme à des intendants pour le service de tous.
Si nous bâtissons notre sécurité sans nous soucier de ceux qui souffrent de la misère,
c'est notre souffrance dans l'au delà que nous bâtissons, sans aucun doute.

Ainsi le proclame déjà le prophète Amos dans la première lecture :
Malheur à ceux qui vivent bien tranquille (…) et qui se croient en sécurité (…).
Maintenant, ils vont être déportés.

Cet enseignement n'a rien de nouveau.
Toute la Bible exhorte l'homme au partage et à la compassion pour le pauvre,
et le croyant serait bien inexcusable de l'ignorer.

Les prophètes disent et redisent sans cesse la même chose,
et la Loi de Moïse déclare très explicitement :
Se trouve-t-il chez toi un malheureux ? Tu n’endurciras pas ton cœur.
Je te donne ce commandement : tu ouvriras tout grand ta main pour ton frère
quand il est pauvre et malheureux dans ton pays (Dt 15,7.11).

La parabole ne s'arrête pas là.
Dans sa seconde partie, le riche réclame un signe destiné à convertir ses frères :
la résurrection de Lazare.
Cette demande est destinée à introduire la réplique d'Abraham :
S'ils n'écoutent pas Moïse ni les prophètes,
un mort pourrait bien ressusciter, ils ne seront pas convaincus.

Le riche s'imagine qu'un miracle obtiendrait ce que l’Écriture ne peut obtenir.
Quelle erreur !
Si l'homme n'écoute pas la Parole de Dieu,
quelle que soit la manière dont Dieu parle ou agit, cela n'y changera rien !
La solution, ce n'est pas que Dieu parle plus fort,
mais que le cœur de l'homme s'ouvre, qu'il choisisse d'écouter,
qu'il admette qu'il a besoin du salut de Dieu.

La pointe de la parabole que Jésus raconte aux pharisiens n'est donc pas le partage,
mais l'annonce de la résurrection.
Et à travers l'annonce de sa résurrection, nous comprenons que ce Lazare de la parabole
est une figure de Jésus lui-même !

Jésus, en effet, a pris notre condition humaine en s'abaissant
jusqu'à se faire le plus pauvre des pauvres.
Il est venu mendier notre amour,
et pour cela, il n'a pas craint de donner sa vie sur la croix,
remettant son corps dépouillé et humilié sous nos yeux
afin d'ouvrir une brèche en nos cœurs endurcis.

Le pauvre Lazare, c'est lui, Jésus.
Et l'homme riche aveuglé par son autosuffisance, c'est chacun de nous.

Il n'est pas anodin que Jésus, dans la même parabole,
mette en parallèle la foi en sa résurrection et la solidarité avec les pauvres.
Car l'insensibilité vis à vis des pauvres procède du même enfermement
que le manque de foi en son salut.

Par cette parabole, Jésus appelle ses auditeurs à une radicale conversion.
Cette conversion procède d'abord du constat que nous vivons comme des riches
si nous recherchons la sécurité et le bien-être dans cette vie seulement.

La vraie richesse, celle qui demeure au delà de la mort,
la seule qui puisse vraiment nous donner la sécurité et la paix,
nous ne la possédons pas en nos mains.
En réalité, nous sommes des pauvres : nous ne possédons pas la vie.
La vie, elle nous est donné d'un Autre, elle vient de Dieu seul.
Si bien que, pour l'obtenir, le moyen qui nous est donné,
c'est de nous unir à Celui qui est la vie : le Christ, le Ressuscité.

Si nous vivons cette vie d'ici-bas sans lui, en l'ignorant,
lui qui se fait mendiant à notre porte,
alors nous creusons le grand abîme qui nous condamne pour la vie éternelle.

Si au contraire nous ouvrons nos mains à Celui qui se fait notre frère,
au Christ en personne
et à tous ceux qui sont dans le besoin et auxquels le Seigneur s'identifie,
alors nous tissons ces liens d'amour qui demeurent pour toujours
et qui ouvrent avec certitude les portes de la vie éternelle.

La parabole de dimanche dernier nous le disait déjà :
Faites-vous des amis avec l'argent trompeur
afin que, le jour où l'argent ne sera plus là – en particulier à notre mort –
ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. (Luc 16,9)

En engageant nos biens, nos moyens et notre temps au service des indigents,
en ouvrant nos cœurs à toux ceux que la misère dégrade et fait souffrir,
nous pouvons réduire les fractures entre les hommes,
réparer les brèches qui nous séparent les uns des autres.

L'argent et les biens sont trompeurs s'ils nous referment sur nous-mêmes.
Mais ils peuvent devenir un puissant moyen au service de l'amour,
au service de la communion entre les hommes.

Tous, nous sommes des pauvres qui désirons le bonheur, et un bonheur qui demeure.
Ce bonheur nous est donné les uns par les autres,
chacun mettant en commun avec ses frères ce qu'il a reçu.
Je vous laisse un commandement nouveau, dit Jésus :
aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

Devenir des réparateurs de brèches dans ce monde,
c'est engager nos moyens au service de tous, en chassant toute crainte de manquer...
Dieu seul nous sauve, Dieu seul donne à nos vies la vraie sécurité.
Son Amour est la seule assurance qui puisse nous protéger.

Recherchons l'amour.
En nous unissant au Ressuscité,
ouvrons-nous à l'amour qui crée des liens fraternels et des solidarités,
et tout le reste nous sera donné sans mesure.

Le Règne de Dieu est au milieu de nous, et le Christ est avec nous tous les jours :
Au travail, frères et sœurs !

Méditer la Parole

25 septembre 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Amos 6,1.4-7

Psaume 45

1 Timothe 6,11-16

Luc 16,19-31