32e Dimanche du temps Ordinaire - C

 Tu as les paroles de la vie éternelle

 L'idée que c'est par le moyen des enfants qu'on peut prolonger sa vie au delà de la mort 

est vieille comme le monde.

Car nul d’entre nous ne peut ici-bas se survivre à lui-même !
Et c’est pourquoi, ne pouvant perdurer, l’homme est appelé à procréer. 


Mais est-ce là notre seule fécondité,

alors que nous sommes créés à l'image et la ressemblance de Dieu ?

N'y aurait-il qu'une descendance qui puisse survivre après notre mort ?


Ce serait là qu'une illusion, 

car, nous le savons bien, l'enfant n'est pas le prolongement de ses parents :

il est unique, sa vie est un tout qui doit au contraire prendre son envol personnel.


On pourrait encore nier notre finitude en espérant laisser une œuvre intellectuelle,

ou une construction, ou une organisation.

Mais tout cela est bien vite oublié par les générations suivantes.

Et d'ailleurs, suffit-il qu'on se souvienne de nous pour prolonger tant soit peu la vie ?


Même la réflexion biblique avait conduit à imaginer

que l'homme juste et fidèle à la Loi de Dieu

méritait une vie longue et heureuse 

qui devait se prolonger par une descendance nombreuse.


Pourtant, la réalité des situations infirme cette conception :

comment expliquer qu'un homme juste et bon puisse mourir jeune ?

Comment comprendre que des époux pleins de bonté et de droiture

puissent être stériles et sans enfant ?


Peu à peu, alors même que la Torah n'en parlait pas,

la foi en la résurrection a pourtant germé au sein du peuple d'Israël.

Mais au temps de Jésus, les Sadducéens la rejetaient.

Pour eux, parler de résurrection des morts,

c'est imaginer un simple retour à la vie terrestre,

et ils trouvent cela ridicule.


Ils ont raison !

Si la résurrection n'est qu'une réanimation, elle n'a aucun sens : il ne faut pas y croire.


Aujourd'hui, beaucoup ne croient pas à la résurrection 

parce qu'ils se l'imaginent comme le font les Sadducéens.

D'autres essaient d'imaginer une solution devant l'absurdité de la mort,

et ils croient à une sorte de retour à la vie terrestre 

en adaptant à leur manière la notion bouddhiste de la réincarnation.


Mais si nous posons le problème bien clairement, 

pouvons-nous trouver un apaisement 

à imaginer une vie terrestre qui recommence perpétuellement, sans plus de perspective ?


Dans le passage d'évangile d'aujourd'hui, Jésus ouvre justement une perspective toute autre. 

Dans ce dialogue, deux manières de concevoir la vie s'opposent :


L'une est essentiellement biologique, et cette vie-là est irrémédiablement mortelle.

La reproduction de l'espèce par l'enfantement ne peut combler notre peur de mourir et de n'être plus.


L'autre est relative à Dieu.

Et les propos de Jésus retournent radicalement la question.

Chercher à prolonger son existence en espérant demeurer dans le souvenir d'un autre mortel,

voilà qui est vain, nous l'avons dit.

Mais découvrir que nous existons dans le cœur de Dieu,

que celui qui nous a désirés et créés parce qu'il nous aime,

celui-là est le Dieu éternel qui ne passe pas,

c'est une tout autre chose !


Jésus souligne que Dieu se présente à Moïse comme le Dieu d'Abraham, d'Isaac et Jacob.

Le Dieu éternel a conclu une alliance avec les patriarches

en déclarant que cette alliance ne serait jamais rompue.

Il s'est fait l'ami des hommes,

et si, par eux-mêmes, les hommes sont mortels,

leur amitié avec le Dieu tout-puissant leur communique une autre vie,

sa fidélité à lui est définitive, il ne change pas.

Il n'est pas le Dieu des morts mais des vivants.


Jésus dit aussi quelques mots sur ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir.

Ils sont, selon sa propre expression, enfants de Dieu et enfants de la résurrection.


Pour Jésus, l'enjeu de notre existence ne consiste pas à transmettre une vie 

qu'on ne possède même pas soi-même,

mais à accueillir la vie qui nous est donnée du Père des cieux.

Nous avons à devenir enfants de Dieu.


C'est bien ce qu'il est venu faire pour nous, en effet :

Lui qui est le Fils par excellence,

il est venu faire de nous des fils, afin qu'ainsi, nous ayons la vie éternelle.


Devenir enfant de Dieu suppose d'accéder à une toute autre dimension de vie.

Notre vie biologique, par elle-même, est tout à fait incapable de se hisser au delà de ses limites.

Seul Dieu peut nous élever à la vie de Dieu.

Jésus, qui est tout à la fois homme et Dieu, est le passeur.


Car ce passage, il l'a emprunté,

en traversant l'océan de la mort par sa Passion, 

pour entrer avec son corps d'homme dans la vie nouvelle de l'Esprit.

On devient enfant de Dieu et enfant de la résurrection 

en passant par cette porte étroite que le Christ a ouvert pour nous.


Mais même cette porte ouverte est encore trop difficile pour notre finitude.

Il nous faut une Parole et un geste du Christ.


Une Parole d'autorité qui nous appelle par notre nom.

Une Parole qui nous dise : Adam, lève-toi ;

Adam, réveille-toi, redresse-toi et suis-moi.


Un geste, également, qui nous saisisse par la main,

un geste qui nous libère et nous envoie.


Cette Parole et ce geste, 

ils ont été imposés sur nous lors de notre baptême.

Cette Parole et ce geste, ils sont actualisés dans le sacrement de réconciliation.

Cette Parole et ce geste, ils sont invoqués sur le pain et le vin lors de l'eucharistie,

et transmis dans le Corps et le Sang du Seigneur afin que nous recevions la force pour la route.


Un baptisé peut continuer à vivre selon son être biologique,

et à ne compter que sur les forces de la nature. 

Dans ce cas, la grâce a été vaine, et il ne décollera pas de la mort.


Mais si nous mettons notre espérance dans le Seigneur, 

nous puisons nos forces aux sources du salut, aux sources de notre baptême ;

si nous soumettons notre vie à la puissance de la Parole de Dieu

et à la table de l'eucharistie,

notre vie est peu à peu entraînée à la suite du Christ,

elle est peu à peu transformée à l'image et à la ressemblance du Christ.


Peu à peu, nous en sommes dessaisis, notre vie ne nous appartient plus,

notre vie est donnée, remise entre les mains du Christ,

jusqu'à ce qu'elle nous soit un jour redonnée, la même et pourtant tout autre,

car resplendissante de la vie de Dieu.


Ce jour-là, nous serons devenus enfants de la résurrection,

nous saurons qui nous sommes vraiment, 

et cet homme-là, cette femme-là, jamais ne mourra,

car sa vie sera en Dieu.


Jésus ne s'est pas marié.

Sa vie est pourtant d'une fécondité inouïe, 

car il enfante en sa chair une multitude d'enfants de Dieu,

il fait naître en sa résurrection une foule d'enfants de la résurrection.


Que nous soyons non-mariés, parents, consacrés ou prêtres, 

notre véritable fécondité consiste à enfanter de cette vie-là,

à accompagner ceux que nous rencontrons vers cette route qui mène à la vie authentique.


Jamais nous ne porterons autant de fruits qu'en faisant rencontrer Jésus à ceux qui cherchent,

qu'en encourageant ceux qui doutent

et en soutenant ceux qui sont fragiles,

afin que le plus grand nombre accède aux portes de la Vie.


Jésus est la Porte, il est le chemin et la vie.

Notre vie n'est pas à chercher dans le bien-être, 

la guérison psychologique ou la réalisation identitaire...

Notre vie est dans le Christ, dans l'alliance qui nous unit à lui

et qui nous met en marche vers le Père du ciel.


Ce que nous avons à rechercher, dès lors, c'est le déploiement de notre baptême,

la croissance de notre identité spirituelle.

Nous le ferons en étant fidèles à l'évangile,

en engageant notre vie d'ici-bas au service de nos frères,

et en aimant comme Jésus nous aime. 


Car notre vie spirituelle n'est pas indépendante de l'engagement de notre corps 

et de toutes nos facultés.

Mais toutes ces facultés naturelles sont au service d'une vie infiniment plus large,

et seul Jésus, par l'Esprit Saint, peut déployer en nous cette vraie vie qui ne finira pas.


Vivons donc en enfant de lumière,

en enfant de la résurrection.

 

Méditer la Parole

6 novembre 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

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2 Thessaloniciens 2,16-3,5

Luc 20,27-38