1er Dimanche de l'Avent - A

 Le Seigneur vient...

 Le Seigneur vient.

C'est là tout le message de l'Avent, et il contient en lui-même une urgence et un appel.

Le Seigneur vient...


Il vient à nous, nous ne pouvons pas faire comme si de rien n'était.

Il convient de se préparer, d'être prêts à l'accueillir.

Pourtant, il nous est dit aujourd'hui que nous n'en saurons pas le jour jusqu'au moment où il sera là.

Pas moyen, non plus, d'en repérer des signes extérieurs dans les événement terrestres.


Jésus compare sa venue aux jours de Noé :

avant le déluge, les gens s'affairaient, on menait sa vie,

on ne se doutait de rien, on ne pensait à rien...

Noé lui-même était un homme comme tout le monde,

il mangeait, il buvait, il s’occupait de sa famille et de ses affaires.

Jusqu'au jour où Dieu appela Noé et que survint le déluge.


Vu de l'extérieur, la fin apparaît non seulement comme imprévisible, 

mais aussi comme incompréhensible.

Jésus le dit : l'un sera pris, l'autre laissé ;

Aucun signe qui puisse présager du choix de Dieu.

Le Seigneur vient pour juger la terre (Ps 95,13 et Ps 97,9) 

et c'est seulement sur cette parole qu'il faut se préparer. 


En écoutant Jésus, on comprend seulement que tout se fera à partir d'un autre plan 

que celui de la vie ordinaire.

À ce titre, Jésus prend l'exemple du voleur qui vient dans la nuit.

Si on écoute distraitement l'évangile, c'est clair : il suffit de veiller !


Mais à y écouter de plus près...

Jésus commence par dire qu'on ne saura pas le jour où le Seigneur viendra.

Puis : si le propriétaire avait su l'heure où viendrait le voleur, il aurait veillé pour ne pas se faire voler.

Et la conclusion : tenez-vous donc prêts !

Sauf que si le propriétaire n'a pas pu veiller, c'est justement parce qu'il ne savait pas l'heure,

comme nous, nous ne savons pas le jour.

Parce qu'on peut veiller une nuit, peut-être deux ; trois pour les plus forts... puis ensuite, on s'épuise.


Bref, si Jésus nous demande de veiller, ce n'est pas du même ordre

qu'un barreur du Vendée Globe qui limiterait au maximum son sommeil afin de rester toujours au top.

Il nous est dit et redit :

le Seigneur fera irruption au moment où personne ne l'attend, 

et il prendra le monde de cours.

Se tenir prêt, qu'est-ce que cela veut donc dire ?

À quel plan doit se situer notre veille ?


On peut le comprendre dans cette irruption soudaine :

la venue du Seigneur se fera non pas horizontalement, 

à partir des choses de ce monde, ou quelque part dans notre psychologie ;

mais verticalement, c'est à dire d'en-haut.

Non pas au niveau des choses intérieures au monde, mais de plus loin que lui,

ou de plus profond que le monde ; comment peut-on le dire ?

Les signes de sa venue, s'il fallait les trouver, viendraient de ce lointain, de ce profond, de cet en-haut.


S'il faut veiller, ce sera donc en demeurant dans cette présence d'en-haut,

alors même que nous sommes occupés à nos tâches et devoirs ordinaires.

Ce sera cela, veiller.

Le sommeil, au contraire, ce serait de ne rester éveillé qu'aux réalités terrestres.


D'ailleurs, si on écoute ce que Paul disait dans la deuxième lecture,

se réveiller consiste à revêtir le Seigneur Jésus,

et la nuit consiste à vivre comme si l'on n'était pas croyant, c'est-à-dire sans le Christ.


Veiller, c'est vivre dans la nuit comme s'il faisait déjà plein jour ;

c'est vivre comme si le Christ avait déjà pris possession de son Règne, 

vivre dans la lumière de sa présence, alors même qu'on est encore dans un monde qui vit sans Dieu.


Tenons-nous donc prêts et veillons.

Le Seigneur vient, il vient du lointain du monde, il vient d'en-haut,

et c'est là que nous pouvons veiller sans cesse.

Il vient et il est déjà venu. C'est bien pour cela que nous pouvons l'attendre et reconnaître sa venue.


Notre état de veille se distinguera donc du cours du monde qui n'attend rien,

ou qui n'a en vue que des buts intérieurs au monde, mais qui ne change rien à son cours.

Nous attendons, nous, le retour du Sauveur qui est déjà venu

nous attendons Celui que nous connaissons.


Il est venu deux fois, en effet :


Sa première venue s'est faite grâce au Oui de la Vierge Marie,

il est alors venu dans le silence, reconnu seulement par quelques-uns mais offert à tous.


Sa deuxième venue s'est faite par le Oui de chacun de nous ;

il est alors venu dans notre cœur, dans notre vie personnelle, 

il a ouvert notre vie sur les réalités d'en-haut, 

il a transformé ce qui était loin en une réalité qui devient désormais toute proche.


Il vient encore, et sa venue sera alors manifestée au monde entier avec la clarté de la pleine lumière,

et ce sera le jugement.

Ce qui sera pris, c'est ce qui n'est que Oui, Amen, tout accueil au Christ Jésus.

Ce qui sera laissé, c'est ce qui sera dans l'incapacité d'accueillir la lumière,

ce qui n'est qu'ombre et qui se dissoudra dans la clarté de Dieu.


On sait bien ce qui peut nous empêcher d'être tout accueil :

c'est d'attacher plus d'importance à nos occupations qu'à Celui qui vient d'en-haut.

Nous tenir prêts, c'est vivre dans l'amour, dans la foi et dans l'espérance

afin de vivre ici et maintenant selon le Souffle d'en-haut.


Veiller dans l'amour consiste à brûler du désir de Jésus à qui on a déjà dit Oui.

Non pas un amour à la manière du monde,

un amour qui serait réduit au rang de l'affectivité, c'est à dire d'un sentiment par nature changeant.

Mais l'amour qui est décision, un oui qui engage notre volonté, notre intelligence, notre corps.

Un amour qui décide de prier quels que soient les sentiments du moment,

Un amour qui se donne dans le service, selon le commandement de Jésus,

et qui reste attentif aux besoins des plus pauvres, 

au besoin de ses plus proches que Jésus appelle le prochain.


Veiller dans la foi nécessite de relire son histoire pour y discerner les venues de Dieu.

Non pas une foi à la manière du monde,

qui serait réduite au rang d'une spéculation intellectuelle ou d'un ressenti individuel.

Mais une foi qui est plus grande que nous, que nous avons reçu de tous ceux qui nous ont précédés,

et qui s'est actualisée dans notre propre vie, que nous avons nous-mêmes expérimentée par grâce.

Une foi qui fait mémoire, qui scrute les Écritures, qui cherche à comprendre et à mettre en relation.

Une foi qui est célébrée en Église et fortifiée dans la relation de cœur à cœur avec le Christ.


Veiller dans l’espérance suppose de se placer d'emblée dans cet au-delà à chaque instant de notre vie.

Non pas une espérance à la manière du monde,

qui consisterait en une auto-persuasion basée sur un optimisme psychologique.

Mais une espérance fondée sur la révélation divine,

une espérance relevant d'un choix fondamental qui consiste à investir selon le Christ

et non selon ce qui passe.


Le veilleur qui attend l'aurore ne s'est pas installé dans la nuit,

son cœur est au-delà de la nuit,

il sait que son salut vient, et il trouve sa joie en cette promesse.

Si bien que son chant de louange, son repos même, jaillit de cet à-venir.


On retrouve cette attitude du veilleur dans les paroles d'Isaïe, en première lecture.

Elles sont écrites en pleine nuit de l'exil, alors que le peuple est déporté à Babylone.

Ceux qui attendent le Seigneur sont comparables à une montagne spirituelle pleine de lumière.

Cette lumière, ils ne la voient qu'en espérance.

Mais elle pointe à travers eux,

et déjà, les peuples, en les voyant, peuvent s'orienter dans les ténèbres,

ils peuvent percevoir la lumière et chercher plus loin que le monde,

car ils sont portés par le regard des veilleurs, par la vigueur de leur persévérance, par le feu de leur désir.


Venez, allons à la rencontre du Seigneur, car il vient.

Levons la tête au delà de l'horizon, pour scruter la venue de celui que notre cœur connaît.

Ne nous trompons pas d'attente ni de veille, 

ne nous laissons pas égarer.

Sans agitation si fébrilité, tenons-nous prêts 

en engageant notre foi, notre amour et notre espérance.

Il vient !

 

Méditer la Parole

27 novembre 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 2,1-5

Psaume 121

Romains 13,11-14

Matthieu 24,37-44