3e Dimanche de l'Avent - A 

 Naissance d'un monde nouveau

Jean-Baptiste est en prison.
Celui qui s'est lui-même présenté comme la voix qui crie dans le désert,
celui-là se retrouve dans l'obscurité d'un cachot.
Depuis le début de son ministère, Jean n'avait que la voix.
Il ne voyait pas ce qu'il annonçait,
il prophétisait, mais sans visibilité.

Depuis qu'il est enfermé, Jean est désormais doublement aveugle.
De sa prison, il entend les œuvres du Christ.
Comme un aveugle, en effet, il entend mais ne voit pas.
Aussi ne peut-il avancer qu'en tâtonnant, qu'en hésitant.

Il envoie donc ses disciples à Jésus pour lui demander :
Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?
Le prophète se trouve à un moment déconcertant de sa mission.
Il a crié dans la nuit du désert,
il a annoncé celui qui doit venir.
Alors maintenant qu'il entend les œuvres de Jésus, il lui fait demander :
« Est-ce toi que j'ai annoncé, ou alors est-ce que ma parole visait un autre que toi ? »

C'est clair, le prophète est mis en difficulté :
il a été chargé d'annoncer, mais désormais, il ne sait plus.
Alors que ce qu'il prophétisait s'accomplit, la prophétie n'est plus,
et le prophète se trouve, comme tous les autres, face au défi de la foi.

Une foi difficile.
Car la prophétie ne s'accomplit pas comme il aurait pu l'imaginer.
L'ascète du désert, quand il annonçait celui qui devait venir,
insistait sur la colère de Dieu que le Messie devait accomplir dans le feu purificateur.
Ce jugement serait sans merci et Dieu déracinerait le péché à coup de hache (cf. Mt 37-12).

Or les œuvres qu'il entend sont guérisons, pardon, appel des pécheurs.
Loin d'un justicier, Jésus est doux, plein de miséricorde,
exigeant, certes, mais désirant relever et sauver, jusqu'à rejoindre les pécheurs chez eux.
« Est-ce vraiment toi que j'ai annoncé ? »

Mais Jean est un homme droit et fort ;
si sa situation le réduit à l'impuissance, il a le courage de s'adresser à Jésus lui-même.
Et s'il ne peut y aller à cause de sa captivité,
ses disciples seront sa voix, ils seront ses yeux et ses oreilles.
Il les envoie donc à la rencontre de Jésus.

Jésus leur répond : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez.
Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent,
les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent,
les morts se réveillent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.

Voilà les œuvres,
elles sont évidemment du Christ, puisque Jésus cite en la circonstance
les prophéties d'Isaïe qui décrivent les signes messianiques ;
nous en avons entendu une partie en première lecture.

Et elles sont aussi pour Jean lui-même :
il ne voit plus, et Jésus est venu faire recouvrer la vue aux aveugles ;
il ne peut que tâtonner, et Jésus fait marcher les boiteux ;
il ne peut plus entendre par lui-même, et Jésus fait entendre les sourds ;
il n'a plus rien, même plus la prophétie, et Jésus vient donner la Bonne Nouvelle aux pauvres.

Quant aux morts, Jean sait bien de qui parle Jésus ;
car alors quand lui, le Baptiste, baptisait pour le pardon des péchés,
il invitait déjà vigoureusement les morts spirituels à la conversion.
Or Jean se retrouve dans cette situation où sa propre foi est ébranlée et soumise à l'épreuve.
Va-t-il se réveiller dans son cachot ? C'est pourquoi Jésus ajoute :
Et heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute !

Jésus en reste là, et les disciples de Jean retournent vers leur maître :
Jésus en a fait des témoins.
Ils vont témoigner de ce qu'ils ont vu et entendu, et Jean devra recevoir leur témoignage.
La situation du Baptiste est ainsi renversée :
à son tour, il doit recevoir la parole d'un autre,
il doit recevoir le témoignage d'un autre,
il doit se faire tout-petit, abaissé au rang des plus humbles.

À ce moment, Jésus s'adresse à la foule au sujet de Jean.
Cette foule qui, pour partie, est allée se faire baptiser auprès de lui,
cette foule qui s'est laissé attirer par sa voix puissante et rude.
Et Jésus, comme il demandera un jour à ses disciples : Pour vous, qui suis-je ?
les interroge maintenant en demandant : Qui est Jean, pour vous ?
Qu'êtes-vous allé regarder au désert ?

Non, Jean n'est pas le roseau froissé ni le prophète de cour,
il est prophète, certes, mais bien plus qu'un prophète.
Il est, selon la prophétie d'Isaïe, le messager envoyé préparer le chemin du Seigneur,
et Jésus confirme son rôle et sa place charnière à l'échelle de toute l'histoire humaine.

Mais sa dernière phrase en dit encore davantage :
Parmi ceux qui sont nés d'une femme,
personne ne s'est levé de plus grand que Jean le Baptiste ;
le Baptiste est grand, c'est un géant, qui surpasse tous les autres.

Cependant, Jésus oppose alors une autre forme de lignée.
La filiation des femmes, c'est-à-dire l'hérédité naturelle est arrivée en Jean à son sommet.
Mais le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui.
Car le Royaume de Dieu est déjà là,
et il constitue un autre mode de filiation, une hérédité divine, celle-là,
dont l'origine est d'une tout autre ordre que le sein de notre mère.

Dans ce référentiel-là, Jean est encore le plus petit,
tellement petit que sa stature d’athlète selon l'humanité ne lui est d'aucun secours.
Pour entrer dans le Royaume, on ne peut passer que par Jésus.
On ne peut pénétrer que par en bas, par la porte étroite de la foi,
de la foi qui relève d'un éveil, d'une ouverture à une nouveauté radicale.

Le Royaume ne se conquiert pas par le sens apparent des choses de la vie,
mais par une conversion.
Jean-Baptiste la prêchait sans encore la voir et la connaître.
Cette conversion n'est accessible qu'à ceux qui se font petits.
Et la grâce de Dieu permet à Jean d'être abaissé pour entrer, lui aussi,
par la porte qu'il a annoncée et préparée.

Car oui, il y a une accointance entre le royaume et ce qui est petit,
et elle n'est pas discernable aux yeux des hommes,
mais seulement à leur cœur.

De fait, le Royaume va s'inaugurer dans une crèche,
il ne sera d'abord accueilli que par les bergers.
Jean-Baptiste est pour nous aujourd'hui ce chemin d'abaissement,
lui qui dira si justement : Il faut qu'il grandisse et que je diminue.

Méditer la Parole

11 décembre 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

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Jacques 5,7-10

Matthieu 11,2-11