4e Dimanche de l'Avent - A

Joseph et l'inouï de Dieu

Comment comprendre le mystère de l’Incarnation du Verbe ? 
Dieu dans notre chair humaine.
On ne peut que balbutier devant un tel mystère.
Par les lectures de la liturgie de ce dimanche,
plusieurs portes nous sont proposées
pour entrer dans ce mystère.

Je vous propose d’emprunter la porte d’entrée
du prologue de la lettre de Paul aux Romains.
Paul, «serviteur du Christ Jésus,
appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu»,
confesse la foi de l’Église primitive.
En quelques mots, il retrace la trajectoire du Fils de Dieu
du haut des cieux à la gloire de la Résurrection
à travers l’aventure humaine de la Croix.

Jésus Christ est le Fils de Dieu,
«son Fils», précise Paul.
Il est l’Homme-Dieu,
donc infiniment plus qu’un homme habité par Dieu
ou qu’un homme par qui Dieu se révèle.
«Selon la chair, il est né de la descendance de David,
dit Paul, et selon l’esprit de sainteté,
il est établi dans sa puissance de Fils de Dieu
par sa résurrection d’entre les morts» (Rm 1,3-4).
La chair est le principe de sa naissance
dans une famille humaine, celle de David ;
l’esprit est le principe de sa filiation divine.
Jésus est donc Fils par une double filiation,
humaine et divine.

Pourtant tout Fils de Dieu qu’il est,
Jésus va connaître la faiblesse de la condition humaine,
l’humilité et les humiliations de la chair.
En s’incarnant, il «ne retint pas jalousement
le rang qui l’égalait à Dieu» (Ph 2,6).
Il s’est fait «semblable aux hommes» ((Ph 2,7).
Mais «s’étant comporté comme un homme,
il s’humilia plus encore,
obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix ! » (Ph 2,7-8).
Jésus a tout perdu, tout donné, tout offert.
Sa seule nourriture était de faire la volonté du Père
et jusqu’au dernier souffle, il a combattu
pour faire non pas sa propre volonté mais celle de son Père.
Et c’est parce qu’il s’est ajusté à cette volonté divine
que Dieu a exalté son Fils,
qu’il l’a glorifié par une telle effusion de l’Esprit Saint
que Jésus a acquis, corps et âme,
la plénitude des prérogatives divines
dont il s’était dépouillé
au moment de son incarnation et à la croix.

Nous le comprenons, frères et sœurs,
le mystère pascal vécu en Jésus est un itinéraire,
un chemin qui a conduit l’Esprit de Dieu
de l’enfouissement dans la chair
à la pleine révélation dans le Ressuscité.
La dynamique pascale est une alliance de la chair et de l’esprit
qui, par le passage au creuset de la croix,
se révèle nouvelle naissance, acte recréateur,
jaillissement de vie éternelle.

Ce que Jésus a vécu de manière unique,
et en même temps pour nous tous,
Joseph, dans l’ombre de Nazareth,
l’a expérimenté comme en prémices.
Tout le prédisposait à la joie et au bonheur.
Accordée en mariage avant qu’ils n’eussent mené
la vie commune, selon les coutumes de l’époque,
Marie était, telle la bien aimée du Cantique,
la promise qui «surgit comme l’aurore,
belle comme la lune,
resplendissante comme le soleil» (Ct 6,10).

Mais voilà qu’un drame est arrivé.
Marie a dévoilé à Joseph l’œuvre de l’Esprit de Dieu en elle
selon la parole reçue de l’ange.
Elle va enfanter le Fils de Dieu
par la puissance de l’Esprit Saint.

Joseph est saisi par une telle nouvelle.
Il recule, reste en retrait
comme Moïse devant le Buisson ardent.
Sa torpeur devant la présence de Dieu si proche de lui
affaiblit tous ses sens
et il tombe dans un profond sommeil,
une nuit qui envahit son âme.
Ce n’est pas la colère, l’indignation,
encore moins le soupçon ou la peur,
qui l’animent mais la crainte.
Nous l’apprenons de la bouche de l’ange
qui lui apparaît en songe :
«Joseph, fils de David, ne crains pas !»
La crainte de Dieu est un don de l’Esprit.
Joseph a ce recul sacré des hommes de Dieu
qui perçoivent leur indignité
en même temps que Dieu les comble de sa présence.

Joseph, nous dit l’évangéliste, est un «homme juste».
Il s’ajuste à ce qui est en train de se réaliser en Marie
en choisissant de se retirer
pour ne pas entraver l’œuvre de Dieu.
Quelle pourrait bien être sa place auprès de Marie,
Arche de la nouvelle alliance
qui porte Dieu-fait-homme en son sein ?
Sa décision est prise,
elle a mûri en lui.
C’est un acte de foi qui est immolation de soi.
Il renoncera à celle qu’il aime.
Et il la préservera de l’opprobre en la répudiant en secret.

Kénose, anéantissement de Joseph
sans lequel cette naissance n’aurait peut-être pas abouti.
Il consent à diminuer pour que l’enfant grandisse.
«Non pas ma volonté, Seigneur, mais ta volonté».
Joseph donne tout.
Son sommeil est une mort à lui-même,
à son vouloir propre, à son penser propre.
Il embrasse la croix qui crucifiera plus tard Jésus.

Et c’est là que l’inouï se produit.
«Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse.»
L’ange casse la décision de Joseph.
Il confirme que son mariage avec Marie
est béni du Seigneur.
Et Dieu donne une mission à Joseph :
«Tu lui donneras le nom de Jésus»,
ce qui signifie : tu assumeras la paternité légale de l’enfant.

Son réveil est une résurrection.
Ajusté à la volonté de Dieu,
Joseph se laisse déplacer intérieurement.
Avant la naissance de l’enfant,
c’est lui qui renaît.
Son identité d’homme est renouvelée.
Il se découvre profondément époux et père.
Son agir s’ajuste à son être nouveau ;
sa chair obéit à l’Esprit de Dieu qui le relève :
«il prend chez lui son épouse».
Désormais Jésus sera connu en Israël
sous le nom de «fils de Joseph, le charpentier».

Joseph sera le premier, après Marie,
à croire en Jésus, Fils de Dieu.
Il expérimentera en sa chair et en son âme
la force pascale qui enfante les disciples du Christ.
Il n’y a pas de foi véritable en Jésus Fils de Dieu
sans passage par la croix.
Ce passage par la nuit du tombeau
est révélation intérieure de la pierre de fondation
sur laquelle nous sommes posés
quand nous mourons à nous-mêmes.
Cette pierre, c’est le Christ qui nous soutient.
Il n’y a de vie dans le Christ
sans une part de renoncement
pour laisser de la place à Dieu.
Notre seule œuvre, c’est de chercher à être juste,
comme Joseph,
à nous ajuster au projet de Dieu.
C’est alors que la justice de Dieu,
qui est bien plus grande que celle des hommes,
se manifeste.
Elle surpasse toute attente.
La résurrection, la vie dans l’Esprit s’expérimentent alors
dans le quotidien de nos histoires humaines.

La tristesse perd son goût d’amertume et se change en joie.
La lassitude se transforme en créativité.
La fuite devient fidélité et engagement.
Le mensonge laisse place à la vérité.
La haine à l’amour.
Tout ce qu’il y a de plus humain est ressaisi par l’Esprit
pour porter du fruit au centuple.

C’est ainsi que par le passage de l’ange,
l’amour entre Marie et Joseph va être porté à son incandescence.
La virginité des corps répond à la virginité des cœurs.
Leur amour chaste leur est rendu.
Il est consacré, fécondé par le don inouï de l’enfant,
Jésus, Fils de Dieu.
C’est dans cet amour admirable que Jésus va naître, grandir,
s’élancer vers le Père pour vivre lui-même sa pâque,
mourir pour ressusciter.
Il incorpore à sa gloire ceux qui croient en lui.
Comme Marie et Joseph, avec foi, suivons-le !
Il est notre Seigneur !

Méditer la Parole

18 décembre 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaie 7,10-16

Psaume 23

Romains 1,1-7

Matthieu 1,18-24

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