Nuit de la Nativité

Un jour, cet Enfant sera grand

L’Enfant est là couché dans la crèche.
Émerveillement de Marie et de Joseph
qui contemple le nouveau-né.
Balbutiements des jeunes parents qui découvrent
les gestes simples de tendresse pour prendre soin de l’Enfant.
Et les bergers partagent leur joie au cœur de la nuit
qui, tout d’un coup, est devenue lumière
par l’apparition d’un ange et d’une troupe céleste
chantant la louange de Dieu car un Sauveur nous est né
qui est le Christ, le Seigneur (Lc 2,11).

Dans la nuit de nos doutes, dans la pauvreté de nos existences,
dans la fragilité de nos réalisations humaines,
dans nos soucis de santé,
nos inquiétudes familiales, sociales, professionnelles,
une crèche, celle de l’Enfant, Don de Dieu, apparaît.
L’Emmanuel nous rejoint dans nos soifs,
nos attentes, nos désirs.
Dans la petitesse d’un enfant,
il annonce la grandeur de l’homme.
Dans la vulnérabilité, la puissance de Dieu.
Dans la temporalité, l’éternité promise à tous.

Oui, un jour, cet enfant sera grand.
Il sortira de l’anonymat de Nazareth,
parcourra les villes et les villages de Galilée,
appellera à sa suite des pêcheurs du lac de Tibériade,
un publicain, un zélote et bien d’autres encore
formant la communauté des premiers disciples appelés Apôtres.
Il passera dans la vie des hommes en faisant le bien (Ac 10,38).
Il guérira les malades, ouvrira les oreilles des sourds,
rendra la parole aux muets et la vue aux aveugles,
relèvera les paralytiques et ressuscitera même des morts.
C’est l’Évangile de Dieu qui prendra corps
dans nos corps d’homme abimés par la vie.
C’est la Parole de Dieu qui rejoindra nos âmes
en attente d’un souffle nouveau.
C’est l’Esprit de Dieu qui se joindra à notre esprit
pour attester que nous sommes enfants de Dieu (Rm 8,16).

L’Enfant a poussé son premier cri dans la nuit de ce monde.
Il ne peut parler, ni ne peut marcher.
Son heure n’est pas encore venue.
Cet Enfant, c’est Jésus, celui dont Isaïe le prophète proclame
le nom : Conseiller-merveilleux ! (Is 9,5)

Un jour, cet Enfant sera grand.
Il enseignera les foules en montant sur une barque.
Il proclamera la Parole comme le semeur qui sort pour semer.
Il cherchera la perle fine de notre cœur
pour y déposer le trésor de son Royaume.
Il lancera le filet de sa miséricorde pour ramener à son Père
tous ceux qui se sont éloignés de Dieu.
Tel un berger, il portera la brebis perdue sur ses épaules.
On l’accusera d’être un glouton et un ivrogne
car sa joie, c’est de partager son repas avec les pécheurs.
Il laissera ses disciples arracher des épis de blé un jour de sabbat
en préfiguration du don du Pain de Vie
rompu et partagé dans nos eucharisties
en nourriture pour nos âmes.
Il changera l’eau en vin à Cana en préfiguration
de la coupe du Vin nouveau, vin des noces éternelles,
vin de l’amour qui se bonifie avec le temps,
vin consacré et partagé dans nos eucharisties
en breuvage du salut.
Ce Pain, c’est son Corps livré pour nous.
Ce Vin, c’est son Sang versé pour nous.

L’Enfant dort dans la crèche.
À Bethléem, littéralement la «Maison du pain»,
il est couché dans une mangeoire à orge.
Il se laisse pétrir par l’Esprit de Dieu.
Cet Enfant, c’est Jésus, celui dont Isaïe le prophète proclame
le nom : Dieu-fort ! (Is 9,5)

Un jour, cet Enfant sera grand.
Les grands de ce monde craindront pour leur pouvoir.
Les Pharisiens et les docteurs de la Loi chercheront
à lui tendre des pièges.
Les autorités religieuses l’accuseront de blasphème
pour pouvoir l’arrêter.
Des membres de sa famille croiront même qu’il a perdu la tête.
Le prophète de Nazareth ne sera pas bien reçu chez les siens.
De nombreux disciples l’abandonneront
après son discours à la synagogue de Capharnaüm
car sa parole est trop dure à entendre.
«Allez-vous partir vous aussi ?», interrogera le Maître.
«À qui irions-nous, Seigneur,
tu as les paroles de la vie éternelle», confessera Pierre (Jn 6,67-68).
Éphémère consolation car Pierre le reniera trois fois.
Thomas, prêt à mourir avec lui, se cachera
dans la nuit de ce monde.
Judas le trahira par un baiser.
Les foules se retourneront alors contre lui
pour que Barabbas soit libéré à sa place.
Barabbas, littéralement le «fils du père»,
car c’est bien pour racheter tous les fils de son Père
que Jésus offrira sa vie en rançon pour la multitude.

L’Enfant dans la crèche n’a que son innocence à offrir.
Son innocence, personne ne pourra la confondre.
« Lui, il n’a rien fait de mal » (Lc 23,41).
C’est un larron qui l’innocentera
quand il remettra son esprit sur la croix.
Cet Enfant, c’est Jésus, celui dont Isaïe le prophète proclame
le nom : Père-à-jamais ! (Is 9,5)

Un jour, cet Enfant sera grand.
Sa naissance annonce une autre naissance
bien plus merveilleuse encore.
Jésus se relèvera du tombeau victorieux de la mort.
Il sera le premier-né d’entre les morts. (Col 1,18)
Il naîtra à une vie nouvelle, celle de la Résurrection.
Marie-Madeleine voudra le toucher
mais nul ne pourra le retenir dans ce monde qui passe.
Les disciples d’Emmaüs en auront le cœur tout brûlant
de l’avoir écouté sur le chemin
de leurs déceptions et de leurs doutes.
Et il se laissera reconnaître à la fraction du pain.
Pour nous aussi, à l’heure de notre mort, de notre Dies natalis,
il sera là sur le rivage du monde nouveau
nous tendant la main pour passer avec lui sur l’autre rive,
vers le Royaume de son Père.
Baptisés en lui, nous sommes déjà renés à cette vie nouvelle.
Jésus est le Chemin qui s’ouvre dans la mort.
Jésus est la Vérité qui terrasse l’auteur du mensonge.
Jésus est la Vie qui fait de nous des vivants à jamais.
Jésus est la Vigne et nous sommes les sarments
qui se nourrissent de la sève de l’Esprit de Pentecôte
qui fait toute chose nouvelle.

L’Enfant nouveau-né dans la crèche fait la joie
de ceux et celles qui viennent l’adorer.
Cette joie, il veut nous la partager.
Il veut nous rendre heureux en traçant au-devant de nous
la route des Béatitudes.
Cet Enfant, c’est Jésus, celui dont Isaïe le prophète proclame
le nom : Prince-de-la-Paix ! (Is 9,5)

Frères et sœurs, «oui, un enfant nous est né,
un fils nous a été donné.
Sur son épaule est le signe du pouvoir», nous dit Isaïe (Is 9,5).
Quel est donc ce signe ? Un peu plus loin, le prophète dit :
«Je mettrai la clé de la maison de David sur son épaule ;
s’il ouvre, personne ne fermera ;
s’il ferme, personne n’ouvrira» (Is 22,22).
La clé de notre bonheur est entre les mains de cet Enfant.
Il peut nous ouvrir les chemins de la vie véritable.
Il peut nous ouvrir les portes du ciel.
Que se brisent les murs de notre cœur
et qu’il entre cet Enfant-Roi !
Il nous appelle frères et amis.

Jésus, viens en cette nuit bénie nous visiter.
Fais-nous vivre de toi
et garde-nous dans la paix de ta présence.

Méditer la Parole

24 décembre 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaie 9,1-6

Psaume 95

Tite 2,11-14

Luc 2,11-14