Fête de la Mère de Dieu - Messe pour la paix

C'est ma paix que je vous donne 

Il y a la paix à la manière du monde.
Elle est bonne, à n'en pas douter !
Il s'agit de l'absence de conflit, de relations saines et équilibrées,
et si possible, de la justice.
Cette paix du monde, nous la souhaitons tous.

Mais force est de constater que le monde peine à la bâtir.
Depuis que l'homme existe, en effet, la guerre aussi existe.
Et si on peut construire des structures porteuses de paix et d'autres génératrice de guerre,
la politique, même la plus noble, ne peut garantir la paix.

Pour autant, il nous faut souhaiter des chemins de paix selon le monde,
il nous faut même y travailler, nous y engager avec énergie,
le monde a besoin que des hommes et des femmes droits et vertueux s'engagent pour la paix,
s'engagent pour développer des structures de justice et de respects mutuels.

Il y a néanmoins une autre paix,
celle que le monde ne peut donner, parce qu'il ne la possède pas.
C'est celle-là que Jésus nous donne, car il est le seul à l'avoir en propre.
Cette paix-là, on ne peut la conquérir ou la construire soi-même ;
on ne peut que la recevoir, l'accueillir de Jésus.

Depuis l'origine, la Révélation biblique parle des deux sortes de paix.
Elle parle des guerres et du désir de paix politique.
Elle parle aussi de la paix qu'on se souhaite dans les salutations : Shalom !
Une paix qui serait plénitude.
Or toute la Révélation converge vers le matin de Pâques,
alors que le Ressuscité apparaît au milieu de ses disciples pour leur dire : La Paix soit avec vous !

Pour saisir ce qui est alors en train de se passer,
il suffit de se rappeler dans quel état se trouvent les apôtres à ce moment-là.
Ils sont sous le choc de la Passion,
ils sont à bout, complètement bouleversés.
Ils avaient fondé toute leur vie sur Jésus, ils l'avaient suivi pendant trois ans,
et en un jour, tout s'est effondré :
le Maître a été crucifié, Dieu est resté silencieux, eux ont été pris par la peur et ils ont fui.
Quiconque a jamais eu le cœur brisé comprend dans quel état se trouvent les apôtres.
Cet état qu'on peut éprouver quand sa vie n'a plus aucune perspective,
quand on ne sait plus qui on est, ni si la vie a un sens,
quand on est envahi par une solitude et un vide qui resserre le cœur comme un étau.

Jésus fut au milieu d'eux, et il leur dit : La Paix soit avec vous !
Il est là, et sa Présence remplit le vide, retourne le poids de la solitude.
Il est là, et sa Parole dissipe le trouble, chasse la peur.
Il est là, et ces agitations désordonnées qui dispersaient les forces se taisent immédiatement
et font place à un cœur unifié.

Quand Jésus dit : Je vous donne ma paix,
il veut dire qu'il se donne lui-même,
qu'il est la Paix.

Quand il dit : N'aie pas peur ! La Paix soit avec toi,
il veut dire qu'il vient faire en nous sa demeure,
il vient s'unir à ce bien-aimé qu'il voit en nous,
qu'il nous appelle d'un nom nouveau et unique.

Alors, il n'y a plus de place pour la peur : l'amour véritable chasse toute peur !

À l'issue de cette octave de Noël, alors que nous fêtons Marie dans sa maternité divine,
c'est cette paix-là que nous demandons les uns pour les autres !
Jésus a pris chair dans le sein de la Vierge,
et dans un même mouvement d'incarnation,
il désire prendre chair en chacune de nos vies, afin de répandre sa paix dans les siens.

Oui, Incarnation et Résurrection, c'est tout un !
Si Jésus est mort et ressuscité pour nous, c'est bien pour prendre chair en chacun de nous,
ainsi que Paul pouvait dire : Ce n'est pas moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi.

Nous n'aurons jamais fini de méditer ensemble ces deux mystères de Pâques et de Noël.
Nous n'aurons jamais assez saisi que vivre de notre baptême,
c'est renaître dans les eaux pures du sacrement de Pâques
à la manière où Jésus naît dans le sein virginal de Marie par le Souffle de l'Esprit.

Jésus a pris notre chair au sérieux, il l'a insufflée de l'Esprit Saint et introduite dans la vie trinitaire.
Désormais, notre sainteté trouve sa croissance en notre chair,
je veux dire en notre chair sauvée et divinisée par le Christ,
une chair traversée en permanence par l'Esprit.
Cette chair christifiée, c'est l'homme en paix, l'homme entré dans le repos de Dieu.

Non pas un homme tranquille et à l'écart de toute difficulté :
regardons Jésus : il s'est au contraire engagé entièrement dans la vie de son temps,
et il a été de fait en butte à toutes les contradictions.
Mais un homme en paix car, face aux oppositions, il ne craint plus rien ;
il ne craint plus rien car il a déjà tout : il a le Christ !
Et c'est pourquoi il est en sécurité, il peut tout donner, il peut se donner, il peut aimer.

La paix selon le monde, c'est une paix extérieure :
des événements qui nous rassurent,
des dispositifs qui nous garantissent la sécurité.

La paix selon Jésus, c'est un accomplissement !
La cause de la paix est alors indissociable de l'être, car la personne est unie au Christ.
Paul le dira avec enthousiasme : Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ?

Si le Christ est notre vie, même si nous vivons dans un monde tourmenté,
car le monde est encore dans les douleurs de l'enfantement,
aucune inquiétude ne pourra nous séparer de son amour.

Le monde est inabouti, encore en chemin vers le but, vers la Jérusalem du ciel.
Mais le disciple uni à Jésus possède déjà le but au fond de lui.
C'est pourquoi les difficultés ne le troublent plus.

Il peut au contraire rassurer, encourager, soutenir et montrer la route.
Il peut devenir artisan de paix.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5,9).

C'est pourquoi, frères et sœurs, mon vœux le plus cher pour chacun, le voici :
que le Seigneur Jésus, qui est la paix, soit toujours avec vous !

Méditer la Parole

31 décembre 2016

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

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