Fête de l'Épiphanie 

L'Etoile et l'Ecriture

Les mages venus d’Orient ont eu bien plus de mal 
pour trouver l’Enfant-roi qui vient de naître
que les bergers dans la nuit de Noël.
C’est tout un cheminement non seulement géographique
mais plus encore intérieur qu’ils ont dû vivre.
Leur itinéraire spirituel ressemble au nôtre,
avec cette alternance entre les intuitions  personnelles,
les motions divines et les éclairages
de l’Écriture sainte, le travail de notre intelligence.
C’est ainsi que l’on peut trouver le Christ.
Essayons, frères et sœurs, d’approfondir
ce cheminement de notre foi
à la lumière de l’étoile et de l’Écriture.

Qu’est-ce qui a mis en route les mages ?
C’est le pressentiment qu’un amour les attendait
et les attirait vers lui.
L’homme qui reconnaît et accepte sa finitude
cherche un absolu qu’il ne trouvera pas en lui.
Il se sait relatif et mortel
mais le fond de son âme aspire à l’immortalité.
Cette prise de conscience est une mise en route
vers la recherche d’un plus grand que soi.
L’homme désire la vie, la plénitude.
Seul un sauveur qui l’aime
pourra les lui donner.
Ainsi les mages cherchent un roi
qui puisse établir son règne d’amour en eux.
Mais comment le trouver ?

Ils ont d’abord ouvert le livre de la Création.
Ils ont scruté le ciel, regardé les astres
et ils ont «vu son étoile à l’orient».
Deux millénaires plus tard,
malgré l’évolution des sciences exactes
et le déploiement de la modernité,
avouons que ces méthodes piquées de divination
et d’ésotérisme ont toujours de fidèles adeptes.
Le fond de l’homme ne change pas.
Le combat pour la vie malgré la mort
en fait un chercheur de sens.
Quitte à se perdre sur des sentiers épineux…

Mais derrière cette étoile qui guide les mages,
l’évangéliste Matthieu nous livre un grand enseignement.
«C’est pour le Christ que tournent les galaxies,
brassant de leurs ailes géantes la matière première
dont le Créateur façonne le monde des vivants,
ce berceau où pourrait naître le Christ».
(Claude Flipo, hommes et femmes du Nouveau Testament, p 26)
Saint Paul le dira autrement, voyant en lui
«le premier-né de toute créature :
tout a été créé par lui et pour lui,
Trônes, Seigneuries, Principautés» (Col 1,15).
Tout converge vers le Christ.
Les astres chantent la gloire de Dieu
et une humble étoile a mis les mages en route.
Elle a accompli son office en les conduisant
jusqu’au seuil de la rencontre avec le Fils de Dieu.

Le pas suivant, ce n’est pas la science,
ce n’est pas la création qui peuvent
permettre de le faire ; il faut une révélation.
Il faut que Dieu lui-même se révèle.
Dans la pérégrination des mages,
c’est désormais le livre des Écritures saintes
que les mages vont ouvrir pour entrer dans le dessein de Dieu.
Les mages vont à Jérusalem pour demander :
«Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?»
Les scribes et les docteurs connaissent la Parole de Dieu
qu’ils méditent dans le Temple.
Ils savent que le prophète de Dieu a annoncé
que c’est à Bethléem que «sortira un chef
qui sera le berger de son peuple Israël».

À travers cet éclairage de l’Écriture,
l’évangéliste Matthieu nous donne une deuxième leçon :
l’Esprit Créateur qui gouverne le cosmos est le même
qui inspire les prophètes et toutes les Écritures.
C’est désormais par l’obéissance de la foi
en la Parole de Dieu que les mages vont se laisser conduire.
Les mages vont quitter Jérusalem
mais ils ne seront pas suivis par ceux
qui scrutent savamment les Écritures.
Ceux-ci se sont enfermés dans la lettre
et en ont perdu l’esprit.
Jésus dira d’ailleurs en parlant d’eux :
«Faites tout ce qu’ils vous disent,
mais ne faites pas comme ils font».
Les mages, eux qui ont suivi la luminosité d’une étoile,
sont désormais illuminés de l’intérieur
par la lumière de l’Écriture.
Leur route vers Jésus continue.

Tenant dans leurs mains les deux livres,
celui de la Création avec l’étoile
et celui de la Révélation avec les Écritures,
ils trouvent alors «l’Enfant avec Marie sa mère,
et tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui».
La foi conduit à l’adoration.
À travers ces mages, c’est toute l’humanité
qui est appelé à venir adorer son Dieu
en cet Enfant nouveau-né.

Ultime leçon de l’évangéliste Matthieu :
tout homme, Juif ou païen, est appelé au partage
du même amour de Dieu
qui, de deux peuples, n’en fait plus qu’un seul.
C’est pour tout homme que Jésus,
le Fils de Dieu, est né (Ep 2,14)
La promesse faite à Abraham s’étend à toute l’humanité.
L’héritage réservé aux descendants du roi de David
est partagé entre tous ceux qui confessent
que Jésus est Seigneur.
L’annonce de l’Évangile peut commencer.
Oui, Dieu a tant aimé le monde
qu’il a envoyé son Fils pour que tout homme soit sauvé
et obtienne la vie éternelle (Jn 3,16).

Les mages sont repartis par un autre chemin,
nous dit l’Évangile.
Leur vie a changé.
De l’intuition initiale à la révélation,
de la révélation à l’adoration,
leur quête de vérité les conduit désormais à la conversion.
La conversion, c’est aspirer à la sainteté.
C’est aussi rejoindre le monde d’aujourd’hui
pour y être lumière du monde,
pour y apporter la joie du Christ et son Évangile.

À nous, frères et sœurs qui sommes venus en ce jour
célébrer la Manifestation du Christ au monde,
de repartir avec l’étoile qui est le Christ lui-même
pour témoigner de sa présence.
Dans cette eucharistie, il vient maintenant
nous visiter et faire de nous son Corps.

Méditer la Parole

8 janvier 2017

Abbatiale du Mont-Saint-Michel

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaie 60,1-6

Psaume 71

Ephsiens 3,2-6

Matthieu 2,1-12