5e Dimanche du Temps Ordinaire - A

 Sel et lumière

Quand Jésus s'adresse à ses disciples en leur disant :
Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde,
il s'agit tout à la fois d'une promesse et d'une mission.

C'est à nous que Jésus s'adresse aujourd'hui,
aux disciples que nous sommes,
afin que nous soyons sel et lumière pour la terre et pour le monde.

Mais il nous faut approfondir ces images ; elles sont simples et suggestives,
elles nous sont familières.
Elles sont toutefois plus profondes qu'il n'y paraît.

Le sel n'est pas là pour lui-même, mais pour révéler le goût des aliments.
Sans sel, les aliments sont sans saveur,
et le sel, pour révéler leur saveur, doit se cacher en eux, accepter de se dissoudre en eux.

La lumière n'est pas là pour elle-même, mais pour éclairer son entourage.
Sans lumière, le monde reste plongé dans les ténèbres.
Mais la lumière, au contraire du sel, n'a pas à être enfouie,
elle est mise sur le lampadaire pour briller devant tous ceux qui sont dans la maison.

Le sel est discret, presque invisible ; on ne pense à lui que lorsqu'il manque.
La lumière brille et demande à être vue ; une lumière cachée ne sert à rien.

En cela consiste un des paradoxes de la vie chrétienne :
Jésus demande à son disciple
d'une part de donner humblement sa vie en l'enfouissant dans la pâte du monde ;
d'autre part de briller avec assurance, et d'éclairer le monde par le témoignage de sa vie.

Mais attention : il ne s'agit pas de deux options au choix !
Suivant sa sensibilité ou le contexte, on choisirait l'une ou l'autre...
Non, Jésus nous demande d'être en même temps le sel de la terre et la lumière du monde.

Pour nous en convaincre, il suffit de constater que c'est ainsi qu'il est lui-même.

Jésus affirme en effet : Je suis la lumière du monde. (Jn 8, 12)
Il est la lumière qui chasse les ténèbres, il guérit les malades et chasse les démons ;
il dévoile le mal et appelle à la conversion.
Il est lumière née de la lumière : il révèle le Père et recrée le monde.
Quand il parle, ce n'est pas timidement et en s'excusant : il parle avec autorité et puissance,
il enseigne les foules avec une totale liberté, et c'est pour les conduire à la vérité tout entière.

S'il dit qu'il est la lumière du monde, Jésus ne dit pas qu'il est le sel ;
mais, pour parler de sa mission, il emploie des images qui s'en rapprochent :
pour faire porter son fruit à la terre,
il est comme le grain de blé qui doit tomber en terre et y mourir
Sa mission passe par l'anéantissement de la croix,
épousant notre humanité jusqu'en la mort,
afin de la relever, au matin de Pâques, à la vie nouvelle de la Résurrection.

Oui, Jésus est venu parmi les hommes comme un levain dans notre humanité,
pour faire lever la pâte humaine à une vie nouvelle, à la Vie divine.

S'il y a bien un homme qui soit sel et lumière, c'est bien Jésus !
À nous, ses disciples, il est demandé de prolonger et d'actualiser sa mission de salut :
il nous faut devenir sel et suivre Jésus jusqu'à la croix au nom du plus grand amour ;
il nous faut devenir lumière pour révéler et manifester la bonne nouvelle de la Résurrection.

Mais pour autant, il y a une différence radicale entre le Maître et ses disciples ;
nous ne sommes pas lumière et sel par nous-mêmes :
nous avons besoin de recevoir la saveur du Christ,
il nous faut être illuminés par sa lumière, et sans cesse reliés à la source.

L'illumination : c'est ainsi que les premiers chrétiens ont appelés le baptême.
Nous n'aurons jamais fini de revenir à cette nouvelle naissance du baptême,
et à tout ce qui nous est donné pour le raviver et en déployer la grâce :
en particulier le sacrement de réconciliation, l'eucharistie et la Parole de Dieu.

Nous avons sans cesse à laisser le Christ nous arracher aux ténèbres du monde,
à actualiser en nous la première création où Dieu sépare la lumière et les ténèbres.
Jésus doit nous séparer du monde,
nous tirer en dehors pour nous former selon le cœur de Dieu.
Si nous ne nous laissons pas séparer, nous ne serons jamais consacrés et sanctifiés,
et nous ne serons jamais lumière du monde.

Mais dans un autre mouvement, le chrétien est aussi envoyé dans le monde,
et cela n'a de sens que s'il a été transformé, que s'il appartient à Dieu.
Il est envoyé comme un ferment pour contaminer la pâte avec l'amour de Dieu.
Or on ne communique pas l'amour de l'extérieur :
pour communiquer l'amour, il faut aimer,
et pour aimer, il faut s'unir, être mêlé à la pâte.

Dans sa prière au Père pour ses disciples, au chapitre 17 de l'évangile selon saint Jean,
Jésus prie ainsi :
Père, je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.

Nous voilà donc avec une promesse, celle d'être transformés pour devenir conformes à Jésus,
et un envoi en mission : aller dans le monde pour communiquer l'amour de Jésus.

La promesse, nous avons à y entrer par toute notre vie,
en ne cessant jamais d'accueillir Jésus, en désirant qu'il nous sanctifie,
en priant et en nous convertissant chaque jour.

Pour vivre la mission, les deux premières lectures nous proposent une route à suivre.
Et dans un cas comme dans l'autre, plus le disciple témoigne, plus il est lui-même sanctifié !

Le livre d'Isaïe donne le premier moyen pour témoigner tout en rendant notre vie lumineuse :
la charité en acte.
Une charité très concrète :
Partage ton pain avec celui qui a faim,
recueille chez toi le malheureux sans abri,
couvre celui que tu verras sans vêtements,
ne te dérobe pas à ton semblable ;
alors ta lumière jaillira comme l'aurore, et la gloire du Seigneur t'accompagnera !

L'obéissance au commandement de l'amour est le premier moyen pour annoncer l'évangile,
le seul qui soit indispensable !
Et quand le disciple annonce l'évangile par l'Amour,
il est en même temps fortifié sans même qu'il le sache,
la lumière de son Seigneur pénètre encore plus profondément en lui et l'embrase.
On ne peut être témoin de l'Amour qu'en aimant,
on ne peut connaître l'Amour qu'en le communiquant.

L'apôtre le dit dans la lettre aux Ephésiens :
Vivez en enfants de lumière.
Et le fruit de la lumière s'appelle bonté, justice et vérité. (5,8-9)

La deuxième lecture nous donne un exemple pour être sel de la terre.
Paul aurait pu utiliser le prestige du langage humain ou de la sagesse.
Mais c'est dans la faiblesse et tout craintif qu'il proclame l'évangile.
Et sa prédication consiste en l'annonce d'un Messie crucifié.

Par lui-même, il choisit d'être sans éloquence et de ne pas cacher sa faiblesse,
de ne pas chercher des arguments brillants pour convaincre.
Car ainsi, il laisse toute la place à l'Esprit Saint
pour que ce soit la puissance de Dieu qui soit manifestée.

En cela, la prédication de Paul révèle toute la saveur de l'évangile.
Toute prédication a besoin d'un serviteur pour annoncer la Parole ;
toutefois, le serviteur doit s'enfouir dans le message qu'il annonce,
il doit lui donner sa consistance et sa saveur sans pour autant prendre sa place.
Le chrétien doit être sel à la manière de Paul.

Et comment annoncer Jésus crucifié sans accepter de participer à sa Passion,
sans accepter de mourir à nos désirs de toute-puissance personnelle,
sans renoncer à briller par nous-même.
L'Esprit Saint ne se manifeste que dans l'humilité et le service.

Frères et sœurs, n'ayons pas peur de devenir sel et lumière.
N'ayons pas peur de quitter nos soucis et nos replis sur soi
pour devenir saints en servant le Seigneur.
C'est là notre vocation et notre plus grand bonheur.

Être lumière en chassant les peurs et les silences de la honte,
être sel en donnant le goût et la consistance du Christ...
Sel et lumière, voilà ce que nous avons à être !
Et le Seigneur sera toujours avec nous ; si nous l'appelons, il dira : Me voici !

Méditer la Parole

5 février 2017

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

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