4e anniversaire du retour à Dieu de frère Pierre-Marie

«En communion les uns avec les autres» (1 Jn 1,7)

« Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci,
c’est moi qu’il accueille.
Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille,
mais Celui qui m’a envoyé »
(Mc 9,37).
Cette parole de Jésus est un appel à découvrir
combien nous sommes faits pour la communion,
communion avec Dieu, communion avec notre frère, notre sœur en humanité.
Ce thème de la communion était cher à frère Pierre-Marie
dont nous faisons mémoire du retour à Dieu en ce jour.
À tel point qu’il aimait parler de la « Communion de Jérusalem »
pour nommer notre communauté.
En ce jour anniversaire, je vous invite donc à creuser ce mystère de la communion qui imprègne notre spiritualité monastique.
« Par-dessus tout, vis la communion, dit notre Livre de Vie (n°11).
Telle est la source dont nous vivons, élus en lui dès avant la création du monde, et le terme de l’appel qui nous a rassemblés en un seul Corps. »


Nous venons de Dieu qui est communion trinitaire.
Avant de naître sur cette terre, nous avons déjà été plongés
depuis toute éternité dans la communion trinitaire.
Cette communion ne nous est pas étrangère, elle est notre source ;
elle est dans nos gènes ;
il y a quelque chose de la communion trinitaire qui passe dans notre sang.
En nous, il n’y a pas seulement le sang de notre père et de notre mère qui passe,
mais il y a le sang de Dieu. Ce sang qui est communion.
Qui est don de soi à l’autre.
Notre vie jaillit d’une offrande,
Du lien d’amour et de dépendance entre les Personnes divines.

Le Livre de Vie dit que dans la Trinité, il  y a une totale dépendance :
Le Père n’est père que s’il a un Fils.
Le Fils n’est fils que s’il a un Père.
Le Père n’est pas le Fils parce qu’il y a l’Esprit entre les deux.
L’Esprit est communion entre le Père et le Fils.
Il faut chacune des Personnes pour vivre cette communion divine
qui ne soit pas une fusion,
qui soit respect des singularités, qui soit une alliance de vie.
Il y a une dépendance dans la Trinité, mais en vue d’une suprême liberté.
Le Fils est totalement Fils.
Le Père est totalement Père.
L’Esprit est libre, liberté suprême entre les deux.
« Entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, tout est écoute, accueil et don »,
dit le Livre de Vie (104).
« De cette totale dépendance naît la suprême liberté ;
du respect de leur diversité naît la parfaite communion. Contemple la Trinité. »

Élus en Dieu depuis toute éternité, nous sommes des êtres de communion.
Parfaitement uniques et interdépendants les uns des autres dans l’amour.
Rester reliés à notre source qui est la Sainte Trinité,
c’est apprendre à cultiver notre singularité
sans l’opposer à la communion avec les autres,
c’est vivre ensemble dans l’unité qui s’exprime dans l’altérité.
Notre modèle de vie est en Dieu.
« Dieu n’est ni un solitaire ni un amalgame ;
il est parfaite solitude et parfaite communion »
, dit frère Pierre-Marie.

Si la communion est la source de notre vie,
elle aussi le terme de l’appel qui nous a rassemblés.
Nous allons vers la communion parce que nous sommes destinés à vivre en Dieu-Trinité.
Notre route ici-bas est pour vivre en Dieu, pour toujours.
« Notre unique but, dit fr. Pierre-Marie,
c’est la communion totale et immédiate avec Dieu »
( LV 63).
Le but, ce n’est pas la solitude.
« Ce n’est pas en effet la solitude qui est un bien en soi mais la communion.
La solitude n’est que le chemin vers la communion.
C’est pourquoi le moine n’est pas seulement monos mais également unus.
De même qu’il n’est pas bon que l’homme reste seul,
le but du moine ou de la moniale n’est pas d’être un solitaire,
mais un être de suprême communion »
(LV 73).
Nous allons vers Dieu pour goûter en lui l’unité parfaite dans la diversité parfaite.

Source et terme de notre route ici-bas,
la communion est aussi le chemin pour chaque jour.
« Vis la communion, dit le Livre de Vie (11).
Au cœur de ce monde éclaté, que l’unité des charismes construise
l’harmonie d’un temple saint
et que la diversité des membres forme la cohésion d’un Corps unique. »

Nous ne sommes pas du tout appelés à l’uniformité,
comme s’il n’y avait qu’un modèle,
un moule et que tout le monde devait rentrer dedans.
Dans la construction d’une église, d’un temple, il y a des pierres de différentes formes.
La pierre de faîte est différente de la pierre de fondation,
le mur autre que le pilier ;
les pierres sont différentes comme les membres du Corps que nous formons ensemble.
C’est l’harmonie qui fait l’unité dans le respect des différences.
La diversité des membres forme la cohésion d’un Corps unique.
Oui, nous sommes appelés à construire un Temple saint.

Pour grandir dans cette communion, frère Pierre-Marie
se fait très concret dans notre Livre de Vie.
Tout d’abord, il nous dit : vis le silence,
non pour être solitaire, pour ne pas être dérangé,
mais « pour coïncider avec les autres » (LV33).
« Le silence permet un juste équilibre
entre solitude avec Dieu et partage de l’amour mutuel. »

Le silence conduit au dialogue, à la communion avec l’autre,
et le partage mutuel ramène au silence.

Pour communier, il faut aussi vivre « des ruptures nécessaires » (LV 133).
La première des ruptures est la rupture avec le péché.
« Parce que le péché a tout mélangé, tout divisé » (LV 73).
C’est le péché qui crée la cacophonie, qui empêche la communion des cœurs.
Il faut rompre avec le péché.
« Ainsi nous pourrons vivre séparés de tous pour être unis à tous » (LV 76).

L’obéissance, qui est un des vœux du moine, de la moniale,
est aussi un moyen pédagogique pour grandir dans cette spiritualité de communion.
« C’est par l’obéissance que tu apprends à aimer, que tu apprends
à renoncer à toi-même pour faire ce qui plait à Dieu et aux frères ;
à aimer le prochain comme toi-même et Dieu par-dessus tout,
à coïncider avec d’autres pour agir ensemble
dans une communion d’écoute selon le plan de Dieu »
(LV 105).
Dans la Trinité, il y a une mutuelle obéissance.
Le Fils ne fait rien qu’il ne voie faire par le Père.
L’Esprit redit ce qu’il entend du Fils.
Cela ne se vit pas dans la tension, parce que cela se vit dans l’amour.

Par le don de l’humilité nous pouvons avoir entre nous
« un même amour, une seule âme, un seul sentiment » (LV 111),
vivre un humble amour « fait de tendresse et de respect,
d’affabilité et de douceur, empreint d’une joyeuse et sereine gravité »
(LV 123),
grandir dans « la soumission réciproque » (LV 123) et « l’écoute mutuelle » (LV 111).
Finalement, nous sommes conviés à « vivre dans l’Esprit Saint,
car c’est lui qui construit l’unité.
« Laisse la grâce refaire l’unité », dit frère Pierre-Marie (LV 73).

« Revêtu de la charité en qui se noue la perfection,
tu seras alors avec tes frères, avec tes sœurs, au cœur des villes,
le signe heureux de la communion fraternelle
et, par là même, pur rayonnement de Dieu.
Telle est la gloire qu’en partage il t’a donnée »
(LV 11).
La communion est missionnaire pour le monde d’aujourd’hui.
Le signe de la fraternité est évangélisateur.
Ensemble, poursuivons l’aventure de sainteté initiée par frère Pierre-Marie.
Qu’en voyant la fraternité, le monde puisse y reconnaître
les traits du visage du Christ.
Telle est notre vocation au cœur des villes, au cœur de Dieu.

Méditer la Parole

21 février 2017

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

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Marc 9,31-37