Solennité de l'Annonciation 

Un pas après l'autre

À Nazareth, dans l’intimité de sa maison, 
Marie s’est rendue disponible intérieurement
à la Parole de Dieu.
Elle s’est laissée toucher
par une parole venue d’ailleurs.
Elle a consenti à ce que cette parole
venue d’un Autre prenne chair en elle.
Marie a pris le risque de l’inconnu, de l’inconcevable.
Comment, elle qui ne connaît pas d’homme,
pourrait-elle concevoir et enfanter un fils ?

Marie a fait le premier pas de la foi.
C’était une aventure d’une audace folle,
car il n’existait aucun chemin préétabli.
Il a fallu au contraire avancer dans l’inconnu,
sans le secours d’une représentation
ni d’une image de ce qui allait se passer.

Marie a fait ce premier pas
car elle était habitée par la promesse
faite à Abraham, à Moïse, à David.
Elle vivait dans l’espérance de l’avènement du Messie.
Elle n’était pas dans une attente passive.
Car espérer, ce n’est pas attendre, c’est se savoir attendu.
Marie se savait attendue par quelqu’un.
Marie a pu dire «oui»
car elle vivait déjà de ce qu’elle ne connaissait pas encore.
Elle habitait le présent du neuf
qui n’était pas encore advenu.
Elle se nourrissait de cette parole divine
qui n’avait pas encore été donnée.
C’est cela être dans la grâce, en état de grâce.
Parce que Marie a banni la crainte de son cœur,
elle a trouvé la grâce à l’œuvre en elle.
«Sois sans crainte, Marie,
car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.»

Alors que la crainte nous replie sur ce que l’on tient
et que l’on risque de perdre,
la grâce nous fait désirer
ce qu’un autre désire pour nous-mêmes.
La grâce dépasse ce que l’on est en droit d’attendre.
Oui, Marie a trouvé grâce en délaissant la crainte.
Grâce qui a ouvert un passage en elle
pour la Parole de Dieu.
Marie s’est laissé conduire
là où elle ne comprenait pas,
là où elle ne savait pas.
«Pour venir à ce que tu ne sais pas,
il te faut aller où tu ne sais pas»,
écrit saint Jean de la Croix.
Il faut passer, ajoute-t-il, par la nuit de la raison
et celle des sens pour entrer, par la foi,
dans le mystère du Verbe
qui s’incarne dans notre existence humaine.
(cité par Christine Fontaine dans www.dieumaintenant.com)

Aux yeux des hommes, ce qui arrive à Marie
est impossible, inimaginable.
Mais la grâce divine fait tomber nos obstacles.
La pâque de la Parole de Dieu en Marie ne pouvait se réaliser
sans qu’elle-même se laisse déplacer,
sans qu’«elle accepte que sa vie la plus charnelle
échappe à ce qu’elle peut en saisir» (ibid.).
En abandonnant l’avenir qu’un homme lui promet,
Marie s’ouvre au mystère,
à une vérité que nous n’aurons jamais fini de sonder :
celle du Dieu vivant parmi nous.

Tout ceci, nous dit l’évangéliste Luc,
s’est passé en un instant donné de la vie de Marie.
Ce temps-là est bien dans l’histoire
mais il désigne un temps autre, le kairos,
le temps de Dieu qui nous rejoint
dans notre aujourd’hui de disciple du Christ.
La Pâque du Verbe de Dieu en Marie
ne s’enferme pas dans l’histoire.
Elle est un événement qui s’actualise
dans notre vie de croyant
à chaque fois que nous ouvrons la Bible
et que nous recevons la Parole de Dieu.
Écouter la Parole de Dieu,
c’est, comme Marie, prendre un risque.
C’est consentir à être dépassé par ce qui nous est dit.
C’est faire le premier pas
sans savoir ce qu’il adviendra du second.

Le premier pas nous appartient
car Dieu nous laisse toujours libres
de le suivre ou non alors que le deuxième pas
est celui de la grâce agissante qui nous précède.
Le deuxième pas est celui de tous les possibles,
c’est celui où le Verbe s’incarne dans notre propre chair.
Ce qu’a vécu Marie lors de cette annonce de l’ange,
nous pouvons le vivre à chaque fois que nous nous mettons
à l’écoute de la Parole de Dieu.
Par notre baptême, nous sommes devenus
comme Marie des êtres de grâce.
Nous avons été graciés par Dieu
pour tous nos péchés qui ont terni
notre beauté d’enfants de Dieu.
Sa miséricorde nous a lavés, purifiés, sanctifiés.
Comblés de grâce, nous pouvons laisser la Parole de Dieu
faire son œuvre en nous et nous conduire
sur les chemins nouveaux de l’Esprit.
Nous devenons cette «humanité de surcroit
en laquelle Dieu renouvelle tout son mystère»  (S. Élisabeth de la Trinité),
en laquelle Dieu s’incarne à nouveau.
Nous devenons ce temple nouveau
dans lequel Dieu a planté sa tente.
Cela, les sages et les savants ne peuvent le comprendre ;
seuls les tout-petits qui se risquent
à adosser leur vie à la Parole de Dieu
peuvent le découvrir.

C’est une aventure de foi.
Ce n’est qu’une fois cette vie traversée
au souffle de la Parole, par delà les croix, les échecs,
les deuils, les doutes que nous pourrons comprendre
que le chemin de notre vie était celui
de l’incarnation de Dieu dans notre chair.
Le signe en sera la mort vécue comme une naissance,
l’ouverture à une vie nouvelle et éternelle.

La vie, frères et sœurs, c’est finalement
poser un pas après l’autre.
Le pas de la foi, le pas de la rencontre, le pas de l’amour,…
Heureux sommes-nous si nous fondons
notre vie sur le roc de la Parole de Dieu,
si nous laissons tout advenir, comme Marie,
selon sa parole.
Alors Dieu se fera proche de nous aujourd’hui dans notre vie.

Méditer la Parole

25 mars 2017

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isae 7,10-14

Psaume 39

Hbreux 10,4-10

Luc 1,26-38