Dimanche des Rameaux A

Livré pour nous

Toute la liturgie des Rameaux a de quoi nous secouer,
et peut-être plus encore : nous déchirer !
Car la Parole de Dieu ouvre en nous une brèche :
elle vient comme un glaive à deux tranchants pour séparer et mettre en lumière.
En ce jour, la Parole révèle dans l'homme des ténèbres insoupçonnées.
Et c'est pour nous en libérer.

Ce que dit Isaïe du Serviteur souffrant, le temps est venu de l'entendre aussi pour nous :
Le Seigneur éveille mon oreille,
pour qu'en disciple, j'écoute.
J'écoute. Que dit le Seigneur ?
Non plus la paix, mais le glaive.
Et en cette heure, nous ne devons nous dérober :
il nous faut présenter notre cœur, y laisser agir la Parole,
jusqu'à ce qu'elle fasse craquer notre cœur de pierre et déchirer le voile qui l'obscurcit.

Écoutons, donc.

Sur la terrasse, l'évangile s'est mise d'abord à exploser d'allégresse,
dans un tumulte déroutant :
Car la foule qui chantait Hosanna ! va bientôt se mettre à crier : Qu'il soit crucifié !

Pour parler du Seigneur, Matthieu nous cite d'abord le prophète :
Voici ton roi qui vient, plein de douceur, monté sur une ânesse,
pour mieux souligner encore le contraste
avec les accusations qui vont sceller la condamnation du Seigneur :
Jésus, le roi des juifs... voici ton roi, plein de douceur.

Sous les acclamations, au nom de fils de David, tout Jérusalem est en proie à l'agitation.
On se demande : Qui est cet homme ?
Or en voyant mourir Jésus, un païen va donner la réponse :
le centurion, saisi de crainte, déclare : Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu !

Pour mieux condamner le Fils de Dieu,
tous vont demander la libération de Barabbas, un bandit.
Or le nom même de Barabbas, bar' abba,  signifie en araméen fils du père...
Tout est tordu en ce paroxysme de la confusion,
tout semble renversé par la perversité qui habite en l'homme,
mais aussi par la domination du Malin.
Voici l'heure, c'est le pouvoir des ténèbres (Lc 22,53),
le Fils véritable va être mis à mort.

L'évangile souligne dès lors avec insistance un terme pesant et emblématique :
Jésus est livré.
Le récit reprend ce verbe de manière presque lancinante.
Le Fils de l'homme est livré pour nous,
Dieu livré entre les mains de l'homme,
Dieu dépouillé de tout pour être remis au bon vouloir de notre violence et de nos péchés.

Cette livraison du Fils met d'autant plus en relief le récit de la dernière Cène.
Car alors, celui qui est déjà livré en montre la signification profonde :
Jésus se donne. Ma vie, nul ne la prend, c'est moi qui la donne, dira-t-il.
Il donne aux siens son Corps et son Sang, en signe de l'Alliance définitive.
En livrant sa vie, c'est pour nous qu'il est crucifié ;
en donnant son Corps, c'est nous qui recevons la force d'une réconciliation définitive.

Jésus est livré par un baiser,
Judas embrasse le Seigneur en guise de dénonciation.
Mais c'est Jésus, dans un total abandon qui, en réalité, embrasse l'humanité.
Il prend sur lui violence et humiliation,
sévices et crachats,
tortures et supplice.
Il prend sur lui ce qui dégrade l'humanité, qui la ronge et la détruit ;
tout cela, il l'engloutit dans la douceur et le pardon,
dans l'immensité de son amour.
Il embrasse ceux qui le livrent, il répond au péché par le don d'une alliance nouvelle.

Jésus déroute. Au sens le plus immédiat :
il rejoint chacun de nous sur la route chaotique de notre vie, dans les ténèbres de nos cœurs,
pour en réorienter la trajectoire de mort vers une vie libérée,
une vie qui jaillit de sa propre mort.
Nous sommes déroutés, afin que désormais, nous marchions vers son Père.

Mais alors que commence cette Semaine Sainte,
alors que s'ouvrent les Portes éternelles de la vraie vie,
il nous revient d'offrir nous aussi notre disponibilité :
nous sommes invités à veiller et à prier, comme Jésus l'a demandé à Pierre, Jacques et Jean.
Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation.
Veiller pour que la grâce à l’œuvre ne nous trouve pas endormis.
Veiller avec le Christ afin de le laisser atteindre le fond de nos vies.

Jésus vient pour reposer au plus profond de nous
comme il a reposé au sépulcre.
Le corps de Jésus, dès à présent, nous est remis :
un corps qui a la puissance de faire éclater notre péché,
dans un tremblement de terre qui fend les rochers et ouvre les tombeaux.

La puissance de salut de notre Dieu est à l’œuvre :
laissons-nous saisir et transformer :
la mort doit être démasquée,
le péché vaincu ;
Jésus est venu les terrasser par la puissance de l'amour divin.

Méditer la Parole

9 avril 2017

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 50,4-7

Psaume 21

Philippiens 2,6-11

Matthieu 26,14 - 27,66