14e semaine du Temps Ordinaire - A

Les secrets révélés

Je te bénis, Père du ciel et de la terre,
d’avoir caché cela aux sages et aux savants
et de l’avoir révélé aux tout petits (Mt 11,25).
Les mystères du Royaume de Dieu ne seraient donc pas accessibles à tous ?


Personne ne connaît le Fils sinon le Père,
et personne ne connaît le Père sinon le Fils
et celui à qui le Fils veut bien le révéler (11,27).
La connaissance de Dieu serait donc si restrictive et sélective ?


Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école…
et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger (11,28-30).
Comment un autre joug et un autre fardeau,
ajoutés à nos contraintes et nos peines,
pourraient-ils nous procurer le repos ?


En vérité, frères et sœurs, il y a là quelque chose de caché.
Jésus le dit d’ailleurs explicitement.
Quelque chose de caché que ne perçoivent ni les sages ni les savants
et qu’ignorent les puissants (Lc 10,21).
Mais quelque chose que le Seigneur se fait, à l’évidence,
une grande joie de révéler
à ceux qui l’écoutent et le suivent,
avec une âme de tout petits (Mt 11,15).
C’est le secret de Jésus,
et que la prière nous révèle quand nous vivons,
comme à présent, à l’écoute de l’Esprit.


Qui donc est Jésus-Christ ?
Il nous le dit lui-même, en annonçant, dans l’allégresse
et d’une manière tout à fait étonnante
de la part de celui qui est l’envoyé du Dieu tout-puissant :
Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.
Cela, le prophète Zacharie l’annonçait déjà
et également dans la jubilation, nous l’avons aussi entendu :
Exulte de toutes tes forces, fille de Sion !
Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !
Voici ton roi qui vient vers toi.
Et la suite est non moins surprenante ;
humble et monté sur un âne, un tout petit ânon (Za 9,9).
Le voilà bien le roi qui proclame par la douceur et l’humilité,
la paix aux nations (Za 9,10).
Beaucoup de sages et de savants ont essayé d’atteindre
ou de rencontrer Dieu par leurs propres moyens.
Ou de prendre la mesure de Jésus, au nom de ce que nous appelons,
à juste titre, «les sciences humaines».
Mais il y a en lui un secret qui reste caché ;
non point parce qu’il est obscur ou camouflé,
mais parce qu’il est au-delà de nos seules capacités,
plus profond que nos plus sages investigations.
Comme nous dit Paul, dans la lettre aux Romains (8,9-13),
il y a quelque chose en nous qui relève de la chair,
c’est-à-dire du seulement humain. Un domaine de notre être
qui a besoin d’être éclairé, d’être informé par l’Esprit lui-même
pour que nous soit révélé la pleine vérité de ce qui touche au divin.
Nul ne peut dire de Jésus qu’il est Seigneur
que sous l’action de l’Esprit Saint (1 Co 12,3).


Le Mystère de Jésus est dans ce paradoxe :
pour nous révéler sa divinité, Jésus s’est incarné dans notre humanité.
Pour nous montrer sa grandeur, il s’est enfoncé dans la petitesse.
C’est donc à travers le voile de cette condition humaine
qu’il nous faut chercher la transparence de sa divinité (2 Co 4,3-6).
Et cela, par la seule route vraiment baignée de lumière
qui est celle du Verbe incarné.


Fort, puissant et glorieux, Jésus l’est
puisqu’il est l’égal du Père tout-puissant,
le Dieu-Fort et le Resplendissement de la gloire divine (He 1,3).
Mais il n’a pas triché. Il n’a pas faussement
transcendé son humanité, joué au héros, vécu comme un surhomme,
cherché à dépasser les limites de notre condition quotidienne ;
Tout au contraire ! Non content de se faire, comme dit l’Écriture,
en tout semblable à nous, exception faite du péché (He 2,17 ; Ph 2,6-8),
il s’est fait le plus petit d’entre nous.
Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.
Quel renversant paradoxe !


Mais voilà : du dépouillement et de l’anonymat de la crèche,
à la nudité et à la dérision de la croix,
il a tellement pris la dernière place,
que le plus petit, le plus pauvre et le plus pécheur des hommes
peut toujours aller à lui en toute confiance.


Et c’est là qu’éclate toute la lumière de ce Mystère de Jésus-Christ.
C’est là que nous commençons à comprendre qui il est :
le Premier qui s’est fait le dernier ;
le Maître qui s’est fait serviteur ;
la Source de toute vie qui s’est librement abaissée jusqu’à notre propre mort !
C’est au fond de cet abaissement que se révèle toute sa grandeur ;
c’est au cœur de cette humilité que se manifeste toute sa puissance ;
c’est à travers cette douceur qu’éclate toute sa force.
Mais la force, la puissance et la grandeur de son Amour !


Oui, à présent, c’est à tous ceux et celles qui veulent bien l’entendre
que cela est révélé.
Dût-on peiner et ployer sous le poids du fardeau,
que ce soit celui de la maladie, de la solitude, de la fatigue, de la tristesse
ou, tout simplement, du poids de la vie,
nous pouvons tous entendre l’appel de Jésus qui nous redit :
Venez à moi et moi je vous procurerai du repos.
Le repos de la paix, au cœur de chaque jour,
fût-il marqué par le combat ;
et ce que Jésus appelle le soulagement pour nos âmes (Mt 11,29).
Et le repos de l’éternité, au soir de notre vie,
dût-elle nous avoir usé à en mourir d’amour.
Mais pour revivre en Lui !


Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger (Mt 11,30).
Non pas parce qu’ils nous sont alors retirés.
Mais parce que Dieu lui-même, Dieu fait homme en Jésus-Christ,
en Jésus doux et humble de cœur, les porte avec nous.
Ne s’est-il pas attelé le premier au joug de notre condition humaine,
et chargé du poids de nos fautes ?
Rien ne change alors, mais tout est transformé !
La joie de Jésus qui le fait exulter sous l’action de l’Esprit Saint,
devient nôtre à son tour.
Nous connaissons le Père, notre vrai Père,
Nous découvrons en lui le Fils, le véritable Fils,
Celui qui est venu rendre à notre terre
la joie de la douceur et la paix de l’humilité.
Et nous avons le désir de le suivre.


Voilà le secret caché, celui que seule connaît l’humilité de la foi.
On comprend dès lors que Jésus, à cette pensée,
puisse tressaillir d’allégresse sous l’action du Saint-Esprit (Lc 10,21).
La route est à nouveau tracée qui ramène le cœur du Père vers les fils
et le cœur des fils vers leur Père.
Et Jésus éclaire pour nous les prophéties encore en clair-obscur
de Malachie (3,24) et du prêtre Zacharie (Lc 1,17) :
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté…
Personne ne connaît le Fils sinon le Père
et personne ne connaît le Père sinon le Fils ;
et Jésus ajoute merveilleusement :
et celui à qui le Fils veut bien le révéler (Mt 11,26).
C’est-à-dire à tous les cœurs ouverts,
à toutes les âmes disponibles, à tous les esprits réceptifs.
À nous donc ici rassemblés, qui l’écoutons à cette heure.
Prenez sur vous mon joug et devenez mes disciples,
car je suis doux et humble de cœur.


Voilà le vrai Rabbi. voilà le vrai Maître.
Non pas celui qui impose l’impossible observance
des centaines de préceptes d’une Loi
incapable par cela même de sauver. Mais le Libérateur
qui résume tout dans l’unique précepte de l’amour.
De cet amour qui nous révèle Dieu pour ce qu’il est,
c’est-à-dire un Père de tendresse.
Et nous, pour ce que nous sommes :
enfants de Dieu et cohéritiers du Christ (Rm 8,14-16).


Frères et sœurs, désormais nos peines et nos fardeaux,
non seulement ne peuvent plus nous séparer de Jésus,
mais au contraire nous en rapprochent
et font de nous des disciples.


Voilà la Révélation évangélique :
si nous portons seuls nos croix quotidiennes
(et ce n’est pas Dieu qui les distribue !),
elles nous fatigueront, nous pèseront
et peut-être même, certains jours, paraîtront nous écraser.
Mais si nous les portons vers le Christ et avec lui,
pour qu’il les prenne sur lui,
alors ce sont elles qui nous porteront.
Entre les mains du Seigneur,
l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde (Jn 1,29),
tout nous paraîtra soudain tellement plus léger et plus facile.
Et même heureux !
Interrogeons les saints, ils sauront nous le dire !


Jésus, doux et humble de cœur,
rends notre cœur semblable au tien !
 

Méditer la Parole

3 juillet 2005

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Zacharie 9, 9-10

Psaume 144

Romains 8, 913

Matthieu 11,25-30

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