Saint Jour de Pâques

Le printemps d'un monde nouveau 

En ce matin de Pâques, l'évangile nous ramène au tombeau.
C'était un tombeau tout neuf, précise l'évangéliste ;
un tombeau où personne n'avait jamais été déposé (Jn 19,41).
La mort, elle, n'est pas neuve ; elle est vieille comme le monde.
La mort est la fin de l'homme ;
à cause d'elle, l'homme ne peut jamais être vraiment jeune, vraiment neuf.

Marie-Madeleine se rend donc au tombeau,
ce tombeau tout neuf où Jésus a été déposé.
C'était avant l'aube, c'était encore les ténèbres.

Or la pierre a été enlevée,
le tombeau neuf est ouvert, et il est vide !

Marie-Madeleine se trouve dès lors face à une situation profondément déroutante :
jamais rien de neuf ne sort habituellement d'un tombeau.
Et faut-il le rappeler ? Un tombeau est, par excellence, un lieu fermé,
fermé à l'avenir, fermé à l'espérance.
Quand il est vide, ce ne peut être que par l'absence de vie.

Aussi le tombeau ouvert agit-il soudain comme un signe ;
le signe d'une nouveauté inédite.
Voici que je fais toutes choses nouvelles, dira Jésus dans l'Apocalypse (21,5) ;
je fais des cieux nouveaux et une terre nouvelle (2 P 3, 13).

Le corps de Jésus dans le tombeau tout neuf n'était-il pas semence de vie ?
Voilà que la vie fait maintenant éclater la terre,
le tombeau est éventré,
il est vide et béant, désormais ;
il est ouvert à tout vent,
il en devient un lieu de passage où tous vont entrer et sortir, scruter et s'interroger.

Mais pour l'heure, c'est encore les ténèbres ; l'obscurité recouvre le mystère.
Dans la nuit de l'incompréhensible, Marie-Madeleine donc se met à courir.

Elle restait seule jusque là,
mais soudain, il lui faut rejoindre Pierre, lui faire part de cette nouvelle  :
Le mort n'est plus où il devrait être, et nous ne savons pas où on l'a mis...

Alors Pierre lui aussi sort, l'autre disciple sort avec lui,
tous les voilà dehors, et ils courent au tombeau.
Ils se penchent, ils regardent, ils entrent...

Ce tombeau ouvert et vide exerce une irrésistible attraction.
Il ressaisit les disciples là où ils en étaient restés,
et il les fait descendre jusqu'au lieu de la mort, de l'abaissement de Jésus.
Et là, ils touchent en quelque sorte la profondeur de l'amour dans ce qu'il a de plus concret :
la pierre nue, les bandelettes, le linceul...

Mais le corps est absent.
Ou plus exactement, la présence du corps est en creux :
les linges sont à plat et comme affaissés, le linceul est encore roulé à la place de la tête...

En soi, ce vide ne sera jamais une preuve, certes !
Et pourtant, c'est bien de cet espace vide que naît l'espérance.
Tout commence donc par un paradoxe : une absence qui devient soudain radicale nouveauté !
Dès lors, les termes pour parler de Jésus vont balbutier :
les disciples évoquent un éveil,
Jésus s'est levé de la mort comme on se lèverait au matin...

Les disciples eux-mêmes entrent progressivement dans une vision différente du monde :
c'est comme si un voile se levait de leurs yeux,
comme si ils sortaient d'un songe, pour entrer dans une réalité infiniment plus intense.
Soudain, ils voient ;
soudain,  ils croient.
Soudain, la personne même de Jésus devient tout autre,

Le Jour se lève, désormais,
une lumière éblouissante illumine le tombeau d'un éclat pénétrant, vertigineux :
la lumière de la foi.
La lumière perce les Écritures, dévoile le mystère de la croix, unit déjà à une Présence.

Le récit s'arrête là : sur une absence remplie d'une étonnante nouveauté...
Nous le savons, quelques instants après, un Homme apparaîtra à Marie-Madeleine.
Voici l'Homme, l'Homme par excellence, le seul pleinement Homme.
Cet inconnu dont la voix lui est pourtant si intime,
elle le reconnaîtra alors : son Seigneur, l'Homme relevé de la mort et vivant pour toujours.

Mais si la liturgie de ce matin de Pâques nous invite à demeurer
dans la joie paradoxale du tombeau vide,
c'est bien qu'il y a là une source à laisser jaillir.
On pourrait toujours être tenté de combler le vide,
de s'empresser de le remplir par des certitudes ou des preuves.
Mais la Résurrection est infiniment plus vaste que tous ces remplissages !

Quand nous proclamons que Jésus s'est levé et qu'il est ressuscité,
il ne s'agit pas d'une sorte de réincarnation rassurante
qui nous maintiendrait tranquillement dans des réalités bien terrestres.
Ce n'est pas d'un retour à une vie antérieure qu'il s'agit,
mais bien d'une vie nouvelle, une vie qui vient d'en-haut.

En cette nuit sainte, ce n'est pas seulement la terre du tombeau qui a craqué,
mais c'est aussi le ciel qui s'est déchiré :
en Jésus ressuscité, la terre et le ciel sont réconciliés et définitivement réunis ;
en sa personne naît une terre nouvelle et un ciel nouveau
où nous sommes appelés à habiter nous aussi.

Par sa mort, Jésus a saisi notre humanité par le fond,
et par sa résurrection, il la relève maintenant jusqu'à la lumière divine.

Notre avenir, désormais, est en lui, qui est mort et ressuscité pour nous.
Et quiconque croit en lui,
quiconque entre en ce passage et s'aventure dans la nouveauté du tombeau illuminé,
débouche peu à peu sur la réalité d'une humanité transformée par la grâce.

Pierre, dans la première lecture, souligne un aspect de la transmission de la foi en la Résurrection :
la Résurrection n'a pas été manifestée à tout le monde
comme en une apparition triomphale et écrasante !
Mais Jésus ressuscité s'est fait connaître peu à peu,
de personne à personne et de disciple à disciple
afin de faire d'eux des témoins.

À présent, il en est toujours ainsi :
c'est au creux des vides de nos vies,
et par la parole d'un témoin rempli du Christ Vivant,
que Jésus continue à dévoiler sa Présence.
Les tombeaux vides de nos vies, en effet, ne restent pas vides pour toujours :
ils sont peu à peu habités par le Christ et inondés de l'Esprit Saint.

C'est bien ce qui se passe au jour du baptême :
un source se met à jaillir, à couler jusqu'à déborder.
Une présence se met à nous habiter, jusqu'à élargir notre cœur et transformer nos actions.

Voici que je fais toutes choses nouvelles !
C'est le Printemps de la Vie,
le jour nouveau que le Seigneur a fait.
Alléluia !

Méditer la Parole

16 avril 2017

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 10,34.37-43

Psaume 117

Colossiens 3,1-4

Jean 20,1-9