Nuit de Pâques

Le visage féminin de l'Eglise

 Ce récit de la Résurrection par l’évangéliste Matthieu 
met en lumière le visage féminin de l’Église.
Si sa face masculine apparaît fortement
tout au long de l’Évangile
par la présence des Apôtres auprès du Christ,
par la figure emblématique de Pierre
choisi comme pasteur du troupeau,
il nous faut contempler ces deux visages,
masculin et féminin, non en les opposant
mais en les tenant ensemble
comme la révélation plénière de l’Église,
Corps du Christ et Sacrement de sa Présence.
Je vous invite à nous mettre à l’école de deux femmes,
Marie-Madeleine et l’autre Marie
présentes au tombeau en ce matin de Pâques
pour accueillir le Ressuscité dans notre vie de croyant,
pour faire Église ensemble avec Jésus.

«Après le sabbat, à l’heure où commençait
le premier jour de la semaine,
Marie-Madeleine et l’autre Marie
vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus».
Où sont donc les apôtres ?
Tous ont fui, se sont cachés, comme humiliés et perdus.
Pierre a même renié.
C’est que tout son être luttait contre l’inconcevable.
Il avait confessé Jésus comme «le Christ,
le Fils du Dieu vivant» (Mt 16,16), mais si tel était le cas,
il n’était pas possible que le Christ soit condamné à mort.
«Non, cela ne t’arrivera point», avait-il dit à Jésus
qui annonçait pour la première fois sa Passion (Mt 16,22).
Pierre a lutté contre la mort de Jésus.
«Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais !» (Jn 13,8).
Comment le Maître peut-il s’abaisser ainsi
jusqu’à mourir en esclave ?

Quand on voulu arrêter Jésus,
Pierre frappa de son glaive l’oreille du serviteur du grand prêtre.
Ultime combat dérisoire contre cette mort infâme.
Refus intérieur de voir mourir Jésus.

Les femmes, elles, ont consenti depuis longtemps à cette mort.
C’est pourquoi elles sont là au tombeau.
Par le geste du parfum de grande valeur
versé sur les pieds de Jésus avant qu’il vive sa Passion,
Marie de Béthanie annonçait la mort de Jésus (cf. Jn 12,1-8).
Mais plus encore, elle honorait Jésus pour l’amour
avec lequel il donnerait sa vie pour chacun de nous.
Marie comprenait intuitivement
ce que Pierre refusait raisonnablement.
Les Apôtres voulaient faire quelque chose
pour sauver Jésus de la mort.
Quitte à mourir à sa place.
Les femmes, elles, comprenaient que c’est Jésus, par sa mort,
qui faisait quelque chose pour nous sauver.
«C’est vraiment une bonne œuvre qu’elle a accomplie
pour moi (…) on redira aussi, à sa mémoire,
ce qu’elle vient de faire» (Mt 26,10-13).
Jésus a compris profondément le geste de l’onction de Marie.
Il s’est senti compris par cette femme.
Il attend de ses disciples non pas l’efficacité que Pierre
veut promouvoir en voulant maîtriser les événements,
en voulant être acteur de son propre salut
mais le «oui» à la mort de Jésus
dans une participation passive et aimante.
Marie accepte d’être aimée par Jésus qui meurt pour elle.
Elle est venue encore le signifier en ce matin dans le silence.

Cette polarité féminine, maternelle de l’Église
ouvre celle-ci à sa dimension contemplative et oblative.
Ce n’est pas l’Église et ses pasteurs
qui sauvent le monde, c’est le Christ Ressuscité.
Lui seul est le Sauveur.
L’Église, elle, est l’Épouse qui accueille
avec gratitude les fruits de la victoire de l’Époux.
*
«Or l’ange, s’adressant aux femmes, leur dit :
Vous, soyez sans crainte !
Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié.
Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avez dit»
Les femmes ont vu l’ange rouler la pierre du tombeau
et les gardes terrassés au sol comme morts.
Les deux Marie, debout, voient tout cela et restent en éveil.
Les forts s’écroulent et les faibles sont relevés.
Les deux femmes sont les prémisses de la création nouvelle
qui jaillit de la Résurrection du Christ.
Les femmes savent reconnaître les merveilles
de la puissance de Dieu, les preuves de son amour,
les traces de sa présence. Intuition féminine oblige !
L’important n’est plus de chercher le Crucifié
mais de comprendre pourquoi il a voulu mourir en croix.
Celui qui est la Vie (Jn 14,6)
ne saurait être prisonnier de la mort.

La dimension féminine, maternelle de l’Église
est ouverture à la vie, à la nouveauté de l’Esprit.
Elle est discernement et accueil d’une présence,
de LA présence du Ressuscité qui fait toutes choses nouvelles.
Dans la Galilée de notre vie quotidienne,
au travail, en voyage, en famille, dans la rue,
en communauté, nous pouvons trouver le Vivant.
Invisible, il est présent.
En silence, il nous rejoint.
L’Église est le Corps du Christ ressuscité.
Par elle, nous pouvons toucher le Christ,
nous laisser enseigner, mourir, guérir par Lui.
*
«Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit :
‘Je vous salue’. Elles s’approchèrent
et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui.»
Divine surprise du matin de Pâques !
Le ressuscité a hâté la rencontre prévue par l’Ange en Galilée.
Pourquoi donc ?
Parce que le cœur de ces deux femmes
y était déjà tout préparé.
Ce qui est prévu pour demain peut déjà
se vivre aujourd’hui si la confiance habite notre cœur.
Les saintes femmes aspirent tant à voir Jésus
qu’elles ont déjà intégré, intériorisé
les nouvelles modalités de sa présence.
En cela, elles devancent les Apôtres qui sont plus lents à croire.
Comme Marie à Nazareth qui a pris au dépourvu
l’Ange Gabriel par sa question
«Comment cela va-t-il se faire (…) ?»
libérant instantanément l’œuvre de l’Esprit en elle,
les deux Marie du matin de Pâques,
dans leur empressement et leur joie d’aller annoncer
aux disciples la bonne nouvelle de la Résurrection,
précipitent la première apparition du Ressuscité.
Car Jésus se plaît à venir à la rencontre de qui l’attend,
de qui le cherche avec une affection sincère.

La part féminine, maternelle de l’Église,
c’est de hâter l’avènement du Christ glorieux
par la force de la foi et de la prière.
«L’Esprit et l’Épouse disent : ‘Viens’.
Que ce monde passe et tu seras tout en tous.»
*
«Alors Jésus leur dit : ‘Soyez sans crainte,
allez annoncer à mes frères
qu’ils doivent se rendre en Galilée :
c’est là qu’ils me verront’».
Ceux que l’Ange du Seigneur appelait «disciples»,
Jésus les nomme «frères».
La trahison, la fuite, le reniement,
tout est donc effacé, lavé, pardonné,
dans la mort et la Résurrection du Christ.
Prosternées aux pieds de Jésus,
les femmes trouvent la consolation et la miséricorde.
Marie-Madeleine reconnaît bien là le Seigneur,
elle qui a été libérée de sept démons par Jésus.
Elle sait ce que c’est que d’être graciée et relevée.

La mission féminine, maternelle de l’Église
est de ramener les enfants de Dieu
vers le Père de toute tendresse.
Cela passe par l’annonce de la victoire de Jésus sur la mort,
le partage de son pardon et la grâce de l’amitié.
L’Église est la fraternité nouvelle
engendrée par la Pâque du Christ.
Désormais ce que chacun fait à son frère,
c’est au Christ qu’il le fait
car «la fraternité, c’est le Christ» (Livre de Vie de Jérusalem).

Hommes et femmes, disciples du Christ Ressuscité,
nous faisons Église ensemble avec Jésus.
Chacun apporte sa couleur, sa singularité,
sa touche masculine ou féminine
qui font la richesse de l’Église, sa vitalité et sa force.
Qui que nous soyons, Jésus Ressuscité veut nous rencontrer.
Il ne renverse pas les cieux,
il n’abat pas les murs de Jérusalem ;
il vient simplement en touchant les cœurs
de ceux et celles qui le cherchent avec sincérité,
comme ces cinq catéchumènes qui vont être baptisés.
Il se révèle aux amis.
Notre crainte n’est pas qu’il ne soit plus là
mais qu’il ne soit pas mieux annoncé
pour être le plus possible connu, aimé et suivi.
Voilà pourquoi en cette nuit, nous sommes-là.
En retournant vers toutes nos Galilée, hommes et femmes,
Église du Christ, en route vers le Royaume,
c’est à nous désormais de proclamer
à nos frères que le Christ est ressuscité,
qu’il est vraiment ressuscité. Alleluia !

Méditer la Parole

15 avril 2017

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Romains 6,3-11

Matthieu 28,1-10