3e Dimanche de Pâques - A

 De la Parole à la Communion

 Nous pouvons lire ce passage 

de l’Évangile des disciples d’Emmaüs 

comme le récit d’une re-création. 

Par étapes successives, peu à peu, 

tout s’ouvre à une réalité nouvelle. 

L’Absent devient présent. 

L’Invisible se rend visible. 

La solitude se transforme en communion. 

La tristesse se change en joie. 

Faire l’expérience de la Résurrection, 

c’est s’ouvrir à une dynamique de vie, 

d’enfantement, de re-création.


Plein de désillusions, les deux disciples quittent Jérusalem

pour rentrer chez eux à Emmaüs. 

Le cœur amer, ils ne comprennent pas ce qui s’est passé, 

eux qui espéraient que leur maître serait le libérateur d’Israël.

Ils attendaient une libération et les voici liés, 

enchaînés à leur tristesse, à leur désespoir. 

Pourtant, à entendre leur témoignage, on se demande 

ce qui leur manque pour croire car tout y est : 

le récit de la Passion – Jésus livré, condamné, crucifié – 

et puis l’espérance du troisième jour – le tombeau vide, 

le témoignage des femmes, les anges disant qu’il est vivant,

la constatation des apôtres venus en courant jusqu’au tombeau. 


Tout y est mais il manque une lumière, 

la lumière qui donne sens à tous ces événements, 

qui les lie entre eux pour en faire 

ce que l’on appelle le kérygme, la proclamation de foi : 

«Christ est mort et il est ressuscité»


Les disciples sont encore enfermés dans leur conception étriquée 

du Messie tant espéré.

Ils attendaient le libérateur qui rétablirait la royauté, 

libèrerait le peuple de l’occupant, 

assurerait la paix et la justice… 

Or la libération qu’apporte le Ressuscité, 

c’est celle de la lumière qui éclaire les Écritures, 

qui donne de reconnaître le Christ présent, 

à l’œuvre dans nos vies. 

Sans le savoir, les disciples confessaient le kérygme 

qui va être le fondement 

des enseignements des apôtres et de Paul

mais ils étaient aveuglés. 

Ils leur manquaient la lumière 

de la rencontre avec le Ressuscité. 


Pourtant Jésus est là, à leurs côtés, marchant avec eux, 

les accompagnant dans leur travail de relecture. 

Il est la navette du tisserand qui maille les fils d’une histoire

qui s’arrête de façon abrupte : 

un tombeau vide et pas d’explications à donner. 

Le fil de la Passion doit se nouer au fil de la Résurrection :

«Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela 

pour entrer dans sa gloire ?» 

Pour les deux disciples, ce ‘ne fallait-il pas’ ne va pas de soi. 

Ils étaient aveuglés devant cette gloire 

et ne pouvaient voir en la souffrance de Jésus une nécessité.


Alors, Jésus, en partant de Moïse et de tous les Prophètes,

leur expliqua dans toute l’Écriture ce qui le concernait

Comme on aurait aimé entendre avec eux la leçon d’Écriture 

de la bouche même de Celui qui a les paroles de la vie éternelle

Jésus apporte la lumière qui manquait 

pour relier entre eux tous ces événements. 

«Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en briser les sept sceaux ?»,

s’écrie l’ange de l’Apocalypse (Ap 5,2).

Jésus est la clé qui donne sens à tout 

ce qui ne pouvait jusque-là être interprété.

Soudainement les figures des patriarches et des prophètes, 

des rois et des sages, se mettent à annoncer le Christ 

et à ne parler que de lui. 

Le tombeau vide devient alors signe, 

non plus d’une absence, mais d’une présence. 

Le cœur des disciples devient tout brûlant 

et, à la fraction du pain, ils reconnaissent leur maître. 


Cette lumière qu’apporte le Ressuscité 

et qui donne la vie à ce qui semblait mort,  

c’est l’Esprit Saint. 

Ce même Esprit, nous l’avons, frères et sœurs,

et il vient aussi répandre sa lumière sur notre histoire, 

jusque dans notre vie personnelle, 

donnant sens et poids à notre existence.

Car l’histoire de nos vies est elle aussi une histoire sainte. 

Elle a été saisie dans l’histoire du Christ 

comme celle des deux compagnons de route. 

Jésus nous invite à la relire à la lumière de sa pâque. 

Tous nos échecs, nos déceptions sont le lieu 

où Jésus nous attend pour l’expérience d’un relèvement. 

Bien souvent, le sens de notre histoire est comme voilé, 

mais comme dit Paul, «c’est quand on se tourne 

vers le Seigneur que le voile tombe» (2Co 3,16)

Alors la gloire du Ressuscité apparaît là où on ne l’attendait pas. 


En nous mettant nous aussi dans une attitude de prière, 

nous laissons la Parole de Dieu prendre la place 

de nos bavardages du dehors et de nos murmures intérieurs.

La Parole de Dieu est d’un autre ordre que toutes nos discussions.

«‘De quoi discutiez-vous en marchant ?’ 

Alors ils s’arrêtèrent tout tristes.»

L’entrée de Jésus et de sa Parole dans notre vie 

interrompent notre course vers la mort.

Lui seul dit les paroles qui ne passeront pas.

Notre cœur alors s’éclaire de l’intérieur.

Il se réchauffe à l’éveil de cette présence divine et aimante.

La Parole devient un message qui n’est plus seulement

une ‘lettre’ à suivre mais un ‘esprit’ 

dont on est appelé à se laisser imprégner.

La Parole devient enseignement qui conduit plus loin 

que ce que textuellement elle dit.

Elle s’actualise dans la nouveauté de l’Esprit 

tout en s’enracinant dans la richesse d’une Histoire Sainte

qui devient notre histoire.

Ainsi, nous dit Jésus, tout scribe 

devenu disciple du Royaume des cieux est semblable 

à un propriétaire qui tire de son trésor 

du neuf et de l’ancien. (Mt 13,52)

Quelle joie de sentir en nous ce même Esprit Saint, 

qui a inspiré les Saintes Écritures, 

illuminer les yeux de notre cœur 

pour nous faire voir quelle espérance nous ouvre son appel 

et quels trésors de gloire renferme 

son héritage parmi les saints (Ep 1,18).

Notre meilleure part, c’est bien de rester avec Jésus dans la prière 

pour manduquer sa Parole et se laisser transformer par elle. 

Elle nous ouvre alors au partage du Pain eucharistique 

où Jésus se rend réellement présent 

comme dans la demeure d’Emmaüs. 

La rencontre du Ressuscité devient communion.

La foi devient proclamation :

Oui, Christ est mort, mais il est ressuscité !

Il est venu me visiter, me tirer des ténèbres 

pour me conduire à son admirable lumière.


Heureux ceux et celles qui auront l’audace de dire : 

«Reste avec nous, Seigneur» (Lc 24,29).

Même si la ténèbre du soir est là, 

la lumière du matin jaillira et le deuil se changera en joie. 

Une joie qui est envoi en mission.

Une joie qui se partage entre frères. 

Une joie pascale qui ne passera pas.

 

Méditer la Parole

30 avril 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 2,14-33

Psaume 15

1 Pierre 1,17-21

Luc 24,13-35