4e Dimanche de Pâques - A

 Une porte ouverte sur la lumière

 Moi, je suis la porte, dit Jésus.

En ce temps de Pâques où le Christ veut nous faire participer à sa résurrection,

nous devons accueillir cette image dans toute sa force.


Une porte est faite pour s'ouvrir ou se fermer sur un ailleurs,

elle sépare un dedans et un dehors.

Si Jésus est la porte, quel est le passage auquel il nous ouvre ?

À quelle réalité veut-il nous faire accéder ?


Pour saisir l'ouverture que Jésus apporte par sa résurrection,

il faut sans doute commencer par regarder en face les enfermements qui nous emprisonnent.


S'il est bien une situation que nous pouvons tous éprouver,

c'est celle qui consiste à nous heurter à des murs intérieurs,

à butter sur des murailles infranchissables

qui font de nous des êtres empêtrés dans les liens de nos contradictions.


Combien de fois avons-nous pu voir des personnes incapables de dépasser des obstacles

dont nous savons, nous, qu'ils ne sont que de la fumée ?

Et combien de fois la personne arrêtée par un fil à la patte, c'est moi.

Un fil qui ne ralentirait pas un autre, mais qui me tient prisonnier moi-même ?


Il peut s'agir d'une personne qui me paralyse de peur,

une parole à oser qu'il m'est impossible de prononcer,

une regard lucide sur une partie de mon histoire dont je suis incapable,

ou simplement la paix dans laquelle il m'est impossible d'entrer 

alors que j'aurais tout pour être heureux...

On pourrait décliner à l'infini ces riens qui suffisent pourtant à nous tenir en prison.


En prison à perpétuité ?

Qui nous délivrera de ces peurs qui nous tiennent bien fermement en dehors de la liberté,

de ces ornières desquelles nous ne pouvons sortir les roues ?


Jésus est la porte.

Par sa résurrection, il ouvre nos cachots pour les inonder de lumière.

Il libère nos enfermements comme on laisserait un oiseau s'envoler hors de la cage.

Il est le libérateur de nos vies.


Comment fait-il pour nous libérer ?

D'abord, il nous a rejoint dans notre prison :

il s'est fait homme, il a partagé en tout notre condition, il a pris sur lui nos contingences.


Ensuite, par sa mort et sa résurrection, il a percé le mur de la prison.

Par son côté transpercé, par les clous de ses mains et de ses pieds,

il a ouvert une porte.


Et c'est bien là où nous voyons en lui la puissance divine.

En effet, quand elles atteignent nos propres vies, la souffrance et les blessures nous enferment,

elles nous replient et nous tiennent prisonniers.

Jésus, lui, les a endossées, et il les a retournées : 

bien loin de se laisser enfermer par le mal, il en a fait une porte ouverte sur l'abondance de la vie.


Dès lors qu'il est la porte, 

qu'il s'est fait passage à travers la mer Rouge de notre emprisonnement,

maintenant, il nous appelle.


L'évangile d'aujourd'hui nous parle en effet de sa voix,

une voix unique qui a le pouvoir de nous mettre en mouvement.


Remarquons bien qu'il y a quelque chose de radicalement unique dans l'appel de Jésus.

Les chefs ou les gourous d'ici bas utilisent le pouvoir ou la persuasion,

l'autoritarisme ou la pression.

Le Bon Berger, lui, rejoint chacun dans la délicatesse et dans l'intimité du cœur.

Il appelle chaque brebis par son nom, la rencontre dans la vérité de son histoire.

Et chacune reconnaît sa voix,

chacune le suit comme par instinct, par connaissance intérieure.


Jésus souligne combien sa venue est familière, même à ceux qui ne le connaissaient pas.

Sa voix trouve un écho dans le fond du cœur, 

comme une évidence de toujours.

Et par contraste, les autres voix sont celles d'étrangers, d'intrus et de voleurs.

Car il y a une différence fondamentale entre la voix des usurpateurs

et celle du Bon Berger.


Dans le premier cas, on va y trouver de la séduction,

ou encore l'utilisation des ressorts psychologiques tels que l'envie, le plaisir, 

les désirs clinquants, l'emprise affective, les idéologies de tout genre...


La voix du Bon Pasteur n'est comparable à aucune autre.

Elle atteint les brebis en plein cœur,

et ce glaive qui transperce, loin de provoquer la mort,

vient au contraire séparer ce qui est malade de ce qui est sain ;

son irruption vient restaurer la vie, la susciter et la faire croître.


Le flair des brebis qui choisissent la vie ne s'y trompe pas :

elles sentent immédiatement que cette voix qui les appelle 

est aussi celle qui les a créées, 

celle qui ne cesse de les faire advenir.

La voix du Bon Berger est Vérité,

et sa vérité rend libre, elle restaure la dignité et dispose à l'engagement.


Il y a un instinct de la vie que Jésus réveille et fait vibrer : 

car celui qui est la Vie dynamise en nous la vie ;

comme il est aussi le Chemin, il provoque le désir de se mettre en route ;

il est aussi la Vérité, si bien que les brouillards qui obscurcissaient nos yeux se dissipent,

ils tombent et laissent la place à la clarté, 

à la claire vision de ce qu'on doit faire.


Jésus est la porte, donc ;

et dès lors, la perspective de notre vie s'ouvre et se dévoile.

Il est la voix qui réveille nos vrais désirs, qui nous appelle à sortir et à aller.

Mais quels sont les contours de ces contrées nouvelles,

de ces pâturages vers lesquels le Bon Berger conduit son troupeau ?


Ces verts pâturages, dont parle le psaume, sont la figure du chemin

qui aboutit au Royaume des cieux, à la maison du Seigneur.

Ce sont des pâturages de transhumance, 

en route vers une nouvelle terre, en route vers le ciel.


Si nous avons passé la porte,

si nous sommes sortis et avons pris la route,

n'ayons pas peur de devoir encore passer par les ravins de la mort :

Jésus a traversé la mort et il en a pris sur lui toutes les conséquences,

afin qu'en lui, les brebis n'aient plus à craindre le mal ni ses pièges.


Désormais, chaque brebis est dans sa main et sous sa protection.

Il connaît chacune plus intimement qu'elle se connaît elle-même,

il en prend soin et il la guide, elle n'est plus seule.


Plus seule, non pas d'abord parce qu'elle est agrégée au troupeau,

mais parce qu'elle a été introduite dans l'intimité du Berger.


Pour autant, cette intimité donne à chacun la joie d'être aussi uni aux autres croyants.

Le troupeau est donc rassemblé 

non d'abord par une règle commune ou un idéal commun,

mais parce que chacun a été appelé par le même Berger.


C'est ainsi que tout le troupeau avance ensemble,

un troupeau qui pourrait paraître hétéroclite tant les brebis sont diverses,

tant les histoires personnelles et les expériences sont différentes.

Tous, pourtant, ont en commun d'avoir entendu la voix qui donne la Vie

et de l'avoir suivie.


C'est de ce lien vivant avec Jésus que naît une liberté étonnante et sans limite.

Si quelqu'un entre en passant par moi, dit Jésus,

il pourra aller et venir, il trouvera un pâturage.

Au sein du troupeau, chaque brebis découvre donc une liberté incomparable :

la liberté d'aller et venir sous la houlette de l'unique Berger.

La liberté de devenir vraiment lui-même, 

de s'engager pleinement en déployant la pleine stature de son appel ;

la liberté de devenir fils ou fille de Dieu, 

de devenir ce que le Seigneur désire en nous créant : 

un coopérateur libre, créatif et rayonnant d'amour pour tous les hommes.


Frères et sœurs, 

on est bien loin d'une vie ratatinée et frileuse, 

repliée sur la préoccupation anxieuse de sa sécurité et de ses intérêts.


Le Bon Berger ouvre la porte afin que tous puissent se mettre en route,

tous puissent se libérer de leur peur,

tous puissent vivre dans son intimité pour découvrir la merveille qui est en eux

et qui n'aspire qu'à se déployer pour se mettre au service des plus pauvres et des plus blessés.


Le désir de Dieu, c'est qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau dans le Christ,

et que le troupeau arrive jusqu'en sa demeure pour toujours.

En cela, la mondialisation que nous vivons est certes pervertie, 

car elle manque encore tellement de cette fraternité universelle à laquelle appelle l'évangile,

mais elle n'en demeure pas moins les prémices du Royaume 

où Dieu veut rassembler tous les hommes dans la paix et l'amour mutuel.


Jésus est le Berger de tous les hommes. 

Et un berger bien étonnant !

Un Berger qui donne sa vie pour ses brebis.

Un Berger qui prend la place de ses brebis pour être immolé lui-même en sacrifice.


Au cours de cette eucharistie 

où l'Agneau de Dieu s'offre en nourriture à la table de ses noces,

demandons-lui qu'il fortifie en notre vie ce lien fondamental avec lui :

il est mon Berger,

et il a scellé son alliance avec moi dans le sang de sa croix pour me libérer et me faire aller ;

afin que je n'ai plus peur,

afin que j'ai la vie, la vie en abondance.


Une vie de ressuscité !

 

Méditer la Parole

7 mai 2017

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 2,14.36-41

Psaume 22

1 Pierre 2,20-25

Jean 10,1-10