Ascension du Seigneur - A

Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?

La solennité de l’Ascension du Seigneur 
actualise pour nous aujourd’hui et en ce lieu
cet événement unique qui marque le terme
des quarante jours d’apparition du Ressuscité
et son retour au ciel.
Comme les Apôtres, nous sommes réunis autour de Jésus
et nous entrons dans une nouvelle modalité
de sa présence divine.

Cette fête nous appelle à creuser en nous ce lien à Jésus,
à la fois absent à nos regards
et si présent dans nos cœurs.
Nous ne pouvons pas nous habituer à cette absence
physique et palpable sinon nous risquerions de réduire la foi
à des règles morales, à une simple sagesse.
Comme dit l’apôtre Pierre, «sans l’avoir vu, vous l’aimez ;
sans le voir encore, mais en croyant,
vous tressaillez d’une joie indicible
et pleine de gloire, sûrs d’obtenir
l’objet de votre foi : le salut des âmes» (1 P1,8-9).
Si le Seigneur ne se laisse plus voir,
son amour, lui, ne nous fait pas défaut
et notre amour envers lui ne peut qu’en être intensifié.

En disparaissant aux regards des apôtres,
Jésus les conduisait à une connaissance
plus profonde des réalités divines.
«Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur,
dit saint Paul, pour que vous sachiez
quelle espérance vous ouvre son appel» (Ep 1,18).

Le départ de Jésus de cette terre n’est pas un point final.
C’est une étape dans le chemin spirituel des Apôtres,
comme dans notre propre chemin,
pour entrer dans l’espérance car du neuf advient.
Jésus a préparé les apôtres à son départ
en leur disant qu’il était bon qu’il s’en aille
car eux-mêmes sont capables de porter désormais
beaucoup de fruits.
«En vérité, en vérité, je vous le dis,
celui qui croît en moi fera, lui aussi,
les œuvres que je fais ;
et il en fera même de plus grandes
parce que je vais vers le Père» (Jn 14,12).

Son Ascension inaugure l’expansion missionnaire
de la Bonne Nouvelle.
Les Apôtres sont appelés à devenir pèlerins,
à témoigner du Christ jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1,8).
Le ciel et la terre s’unissent
dans un même mouvement d’ouverture au Christ.
Le ciel accueille son corps dans la gloire.
La terre se laisse remplir par son Esprit
qui renouvelle toute la création.

Comme les Apôtres, nous pourrions être tentés
de rester là à regarder vers le ciel,
alors que désormais son Esprit est à l’œuvre
sur toute la face de la terre.
Celui qui est par nature invisible
devient perceptible par la «puissance incomparable
qu’il déploie pour nous, les croyants :
c’est l’énergie, la force, la vigueur
que [le Père] a mise en œuvre dans le Christ
quand il l’a ressuscité d’entre les morts
et qu’il a fait asseoir à sa droite dans les cieux» (Ep 1,19-20).

Le Christ ne nous laisse donc pas orphelins.
Il nous partage cette force d’en haut
qui terrasse la mort et donne la vie.
C’est par elle et en elle, qu’il peut dire :
«Je suis avec vous tous les jours
jusqu’à la fin du monde» (Mt 28,20).
Si le Christ est parti au ciel, c’est pour venir
d’une manière nouvelle sur notre terre.
Non plus dans les limites spatiales et temporelles
que lui imposait notre chair humaine
mais dans la plénitude de l’Esprit
qui remplit toutes choses hier, aujourd’hui et demain.

Cette ascension du Christ vers le ciel
n’est pas un éloignement mais une venue.
Oui, le Christ vient.
Tous nos sens spirituels s’éveillent et disent : «Viens !»
Ce que la chair ne pouvait réaliser, l’Esprit le fait.
Le Christ vient pour chacun de nous
personnellement, ici et maintenant.
Il vient à notre rencontre.

Il vient dans sa Parole qui devient vivante,
incisive comme un glaive à double tranchant,
nous pénétrant jusqu’au plus profond de l’âme.
Il vient dans l’Eucharistie où son corps livré
et son sang versé s’unissent sacramentellement
à notre propre humanité,
prémices de la glorification à venir.
Il vient dans le frère à aimer, à soutenir,
à pardonner car ce que nous faisons
au plus petit d’entre nos frères,
c’est au Christ que nous le faisons.
«L’Esprit et l’Épouse, que nous sommes devenus
par sa mort rédemptrice, disent : Viens !
Que celui qui entend dise : Viens !
Et que l’homme assoiffé s’approche,
que l’homme de désir reçoive
l’eau de la vie, gratuitement» (Ap 22,17).

Fêter l’Ascension du Seigneur,
c’est célébrer ce passage dans notre existence
vers la stature de l’Homme parfait (Ep 4,13)
où nous ne vivons plus pour nous-mêmes
mais pour Celui qui est mort
et ressuscité pour nous (cf. 2 Co 5,15).
Il devient la tête et nous, son corps, l’Église,
qui est l’accomplissement total du Christ,
lui que Dieu comble totalement de sa plénitude (Ep 1,23).
Notre rapport à nous-mêmes est donc changé.
Nous ne nous comprenons plus que dans cette relation
à Celui qui nous conduit à notre plein achèvement.

Regarder le Christ s’élever dans la gloire, c’est entrer
dans l’espérance de notre propre glorification en Lui.
Il est le premier de cordée qui nous entraîne tous à sa suite.
Notre marche sur cette terre
n’est donc pas une descente inexorable vers la tombe
mais plutôt une ascension vers un bonheur d’éternité.
C’est à partir de ce terme de lumière, là-haut,
que toute notre vie, ici-bas, prend sens.
«Pour nous, dit saint Paul, notre patrie se trouve
dans les cieux, d’où nous attendons ardemment
comme Sauveur le Seigneur Jésus Christ.
Il transformera notre corps de misère
pour le conformer à son corps de gloire,
avec cette puissance qu’il a
de se soumettre tout l’univers» (Ph 3,20).
Quelle promesse admirable et quelle joie pour nous
si cette foi prend vie en nous, chaque jour !
Demain, frères et sœurs, nous verrons Dieu !
«Nous savons que, lors de cette manifestation,
nous lui serons semblables parce que nous le verrons
tel qu’il est», nous dit saint Jean (1 Jn 3,1-3).
De tout notre être, nous pourrons l’aimer
et nous sentir aimés en entrant de toute notre plénitude
dans toute la Plénitude de Dieu (Ep 3,19).

Pour en arriver là, il nous reste à vivre sur cette terre
en recherchant les réalités d’en haut car notre vie
est désormais cachée avec le Christ en Dieu (Col 3,1-3).
À nous de faire des pas de chaque jour
des élévations dans la verticalité de notre salut.
«Si l’homme extérieur en nous tombe en ruine,
l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour» (2 Co 4,16).
Si «le monde passe, celui qui fait la volonté de Dieu
demeure éternellement» (1 Jn 2,17).

Par la conversion de chaque jour,
à travers des œuvres de justice, de paix,
de miséricorde, de charité,
nos engagements professionnels, sociaux,
familiaux, politiques, religieux,
par le bon combat de la foi, de la pureté, de la droiture,
nous cheminons au mieux
vers le Royaume des cieux (cf. Mt 5,1-12).
Notre âme s’élève intérieurement jour après jour
et nous pouvons expérimenter
combien la vie éternelle est déjà commencée.
Quelque chose de nous,
la part la plus profonde de notre être,
la part éternelle de nous-mêmes
est déjà inscrite dans le Christ
et comme «assise auprès de Lui» dans les cieux.
«Dieu qui est riche en miséricorde, nous dit l’Écriture,
à cause du grand amour dont il nous a aimés,
nous a faits revivre avec le Christ.
Avec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir
aux cieux dans le Christ Jésus» (Ep 2,6).

C’est cette espérance qui donne à l’Église,
Corps du Christ, la joie depuis 2000 ans
de célébrer l’ascension au ciel de Celui qui en est la tête.
Que l’espérance du corps de rejoindre la tête
ravive notre foi et nourrisse notre charité.
Vivons dans l’amour et nous l’approcherons
car Dieu est Amour (1 Jn 4,8).
Marchons dans la lumière et nous l’aborderons
car Dieu est Lumière (1 Jn 1,5).
Vivons à l’écoute de l’Esprit Saint et nous l’atteindrons
car Dieu est Esprit (Jn 4,24).

Méditer la Parole

25 mai 2017

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 1,1-11

Psaume 46

Ephsiens 1,17-23

Matthieu 28,16-20

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