Pentecôte

 L'Église, Épiphanie du Saint-Esprit

Jésus avait bien dit qu’il ne nous laisserait pas orphelins. (Jn 14,18)
Il ne nous a pas laissés seuls en effet, sans défense,
livrés au doute ou à la crainte.
Je prierai le Père et il vous donnera un autre défenseur,
l’Esprit de Vérité, pour être avec vous à jamais…
Vous, vous le connaissez,
parce qu’il demeure en vous et qu’il est en vous.
Oui, frères et sœurs, l’Esprit Saint nous a été donné
et nous le connaissons.
Mais le monde, lui, le connaît-il ?      
Aux premiers chrétiens de Corinthe, Paul, un jour,
posa cette question : ‘Avez-vous reçu l’Esprit Saint
quand vous avez embrassé la foi ?’
Ils lui répondirent : ‘Nous n’avons même pas entendu dire
qu’il y avait un Esprit Saint !’

*

L’Esprit Saint ! Que pouvons-nous en dire ?
Si vous le voulez bien, je vais laisser la parole
à frère Pierre-Marie qui, pour la fête de Pentecôte de 1977,
il y a donc 40 ans, avait donné ici même
une belle catéchèse sur le Saint Esprit.
L’Église entière en ce jour de la fête de Pentecôte, disait-il,
médite et contemple le Mystère de l’Esprit Saint !

Au commencement, Dieu-Créateur, insuffla dans l’homme
un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. (Gn 2, 7)
A la plénitude des temps, Jésus ressuscité, Nouvel Adam,
apparaissant à ses disciples, souffla sur eux et leur dit :
Recevez l’Esprit Saint.
Ce grand vent de vie qu’Ézéchiel vit un jour, dans sa vision,
souffler sur la vallée remplie d’ossements desséchés. (Ez 37)
Cette brise légère, dont Élie apprit qu’elle révèle Dieu,
plus encore que l’ouragan et la tempête. (1R 19, 12)
Ce vent qui souffle où il veut, dont on ne sait ni d’où il vient
ni où il va et dont Nicodème, une nuit, entendit parler. (Jn 3, 8)
Ce souffle, frères et sœurs, qui en notre être
est notre propre source de vie.
Cette Présence qui nous a fait devenir, avec Adam âme vivante
et avec le Christ Esprit donateur de Vie. (1Co 15, 45)
Ce souffle de Dieu, imperceptible, insaisissable, mystérieux,
partout présent, capable de tout animer, rafraîchir, emporter ;
ce souffle qui vivifie, inspire, stimule, conduit,
c’est l’Esprit Saint.

*

Un jour, lors de la première alliance, Abraham vit passer
entre les victimes partagées comme une flamme
et des brandons de feu. (Gn 15, 17)
Le jour de Pentecôte, dans la maison où les frères
se trouvaient tous réunis, apparut
comme une sorte de feu, qui se divisa sur chacun d’eux.
Ce feu que Jésus est venu répandre sur la terre
et dans lequel il veut nous baptiser.
Ce feu révélé dans la colonne lumineuse
accompagnant le peuple au désert.
Ce feu entrevu par les prophètes pour désigner
la Gloire de Dieu qui est comme un fleuve de feu (Dn 7, 10),
un feu dévorant (He 12, 29).
Ce feu de lumière qui resplendit sur la face du Christ. (Vêpres)
Ce feu qui éclaire, purifie, épure, éprouve, brûle, irradie,
c’est encore l’Esprit Saint.

*

Quand pour la première fois, des hommes,
parlant tous la même langue, voulurent s’unir, sans Dieu,
pour construire, à Babel, une tour,
la confusion tomba sur leur langage,
et ils furent tous dispersés. (Gn 11)
Mais à Jérusalem, la même Parole fut entendue
dans la diversité des langues de tous les auditeurs rassemblés
pour la première des «nouvelles Pentecôtes» (Jean XXIII),
– qui tant que le monde durera, ne finiront jamais.
Cette langue issue de la bouche du Seigneur Sabaoth.
Cette parole vivante, missionnaire, créatrice. (Is 55, 11)
Ce prolongement de la langue paternelle qui a pris chair,
en la Personne du Verbe,
unifiant les foules de Jérusalem
dans la compréhension de la langue maternelle.
Cette  Parole de Force et de Tendresse,
à la fois «paternelle et maternelle».
Cette langue qui relie, fait communiquer, exprime l’amour, unifie,
c’est toujours l’Esprit Saint.

Souffle, langue et Feu ! – Mystère de Dieu –

*

Nous ne saurons jamais rendre compte
de l’invisible et de l’insaisissable.
Mais le Christ a fait un jour cette confidence
à une femme de Samarie qui, par Jean, nous l’a transmise :
Dieu est Esprit. (Jn 4,24)
Et nous sentons bien qu’une source de Vie est là
qui sourd et jaillit en nous,
disant et comme gémissant,
«plus encore au cœur de nous que nous-mêmes» (St Augustin) :
«viens vers le Père !» (St Ignace d’Antioche)
Invisible, il est présent. Silencieux, il murmure.
Lumière qui nous éclaire, amour qui nous attire,
douceur qui nous console.
Sans que nous sachions dire comment, nous savons que Dieu,
par l’Esprit Saint, s’est comme inscrit en nous,
de cette trace ineffaçable qui est la marque de son sceau. (Ep 1, 13)
Comme le chante la liturgie :
« Dans le labeur, sois le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, notre réconfort.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride.
Guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide.
Réchauffe ce qui est froid. Rends droit ce qui est faussé ».

Lui seul est capable de nous conduire à la vérité tout entière,
tant en ce qui concerne l’homme qu’en ce qui concerne Dieu :
Qui connaît les secrets de l’homme,
si ce n’est l’Esprit de Dieu qui est en lui ?
De même, nul ne connaît les secrets de Dieu,
sinon l’Esprit de Dieu. (1Co 2, 11)

C’est lui qui nous redonne chaque jour un cœur d’enfant,
façonne en nous la stature de l’homme adulte
et renouvelle même la face de cette terre !

Si nous le laissions faire, la terre redeviendrait
comme au premier jour,
où il planait sur les eaux, un Paradis !
Car les fruits de l’Esprit sont : Charité, Paix, Serviabilité, Bonté,
Confiance dans les autres, Douceur, Maîtrise de soi. (Ga 5)
Contre de telles choses, quelle autre loi y aurait-il…
que celle du bonheur rendu !!!
Si nous le laissions agir !

Entre l’Épiphanie de Jésus déjà révélée dans son passage sur terre
et l’Épiphanie glorieuse de sa Rencontre dans les cieux,
nous vivons donc «le temps de l’Église
qui est l’Épiphanie du Saint Esprit» (Jean XXIII).

Dans ce lent enfantement, qui pas à pas donne naissance
au monde et à chacun d’entre nous qui possédons
les prémices de l’Esprit (Rm 8, 22-23),
doit se tisser peu à peu le visage du monde, tel que Dieu le veut.
Il s’agit de devenir une créature nouvelle (Ga 6, 15),
de préparer une terre nouvelle où la justice habitera (2P 3, 13).
Telle est notre œuvre par la grâce de l’Esprit Saint.
Il ne peut en être de plus belle !
À la fois de plus élevée et de plus incarnée !
Faire germer sur la terre des hommes, la justice, la vérité,
l’amour, la joie, la paix !

C’est dans l’Église Corps du Christ que se réalise
cette Épiphanie d’Amour.
Si nous nous aimons les uns les autres – promet Jean –,
Dieu demeure en nous !
En nous, son amour est accompli.
Et nous connaissons que nous demeurons en Lui et Lui en nous
en ce qu’il nous donne de son Esprit. (1Jn 4, 12-13)

L’Église en laquelle un tel amour devient manifeste,
non pas seulement «vrai», mais manifeste,
– car il faut que le monde le sache et que cette Lumière ne soit
point cachée –, est alors vraiment l’Épiphanie du Saint-Esprit.

Et l’Église et l’Esprit, ensemble, disent au Christ de «venir».
Et il vient ! revient ! Maintenant.

Tout à l’heure, encore, il va «se manifester parmi nous».
Celui qui était, qui demeure et qui vient. (Ap 1,8)
L’Époux est là.
À la lumière de l’Esprit, nous pouvons sortir à sa rencontre.
«C’est la Pâque du Seigneur, clame l’Esprit,
c’est la Pâque du Seigneur, en vérité».
L’unité parfaite qui sera la nôtre un jour,
dans la grande communion du Royaume de Dieu, est anticipée !
« La Gloire du Père, c’est l’Esprit Saint !» (Saint Augustin).
Aujourd’hui le Fils nous l’a donnée.
Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donnée
pour qu’ils soient parfaits dans l’unité (Jn 17, 22-23).

Méditer la Parole

4 juin 2017

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 2,1-11

Psaume 103

1 Corinthiens 12,3...13

Jean 20,19-23