Pentecôte

Pour une nouvelle effusion de l'Esprit 

Ce matin, les douze apôtres ne sont pas au Temple de Jérusalem.
C’est pourtant le jour de Pentecôte,
l’antique fête de la moisson
devenue le jour solennel où l’on se souvient du don de la Loi
dans les tonnerres et le feu du Mont Sinaï.

Les apôtres sont au Cénacle sur le Mont Sion ;
nous sommes à la 3e heure du jour.
Ils sont avec Marie, la Toute-Pure,
celle qui s’est associée comme nul autre à la Pâques de Jésus,
la Vierge des douleurs devenue notre Mère au pied de la Croix.

Ces douze apôtres de Jésus,
je les contemple volontiers ce matin-là,
faisant lectio divina avec la Mère de Jésus.
Marie, Trône de la Sagesse, lisant les Psaumes et les Prophètes,
ceux-là mêmes qui ont annoncé la venue du Saint-Esprit de Dieu.
« En ces jours-là, pouvait-elle lire,
je répandrai mon Esprit sur toute chair » (Jl 2,28).

Tandis que Marie leur porte le Verbe,
leurs cœurs s’ouvrent à la promesse du Père,
promesse d’un nouveau baptême.
Ce n’est plus le baptême de conversion de Jean ;
ce n’est plus le seul baptême d’eau de Jésus
anticipé pour eux par
le lavement des pieds au soir du Jeudi Saint ;
c’est le baptême de Feu, le Feu de l’Esprit.

Déjà au soir de Pâques, ils avaient été consacrés dans l’Esprit
quand le Ressuscité avait soufflé sur eux,
purifiant et consacrant leurs cœurs
pour en faire des apôtres de la Miséricorde.
Mais ce premier don fut comme caché, discret, intériorisé.
Les apôtres restent encore apeurés.
Ils portent en eux la divine Miséricorde,
mais ils ne peuvent pas encore l’annoncer
au-delà du cercle des disciples de l’Agneau.
Il faut que le Feu vienne sur eux
pour que leurs vies deviennent
une proclamation de la miséricorde
jusqu’aux confins de la terre.
Il faut que vienne le Feu qui n’est autre
que le Feu du sacrifice pascal.

Il n’y avait pas de sacrifice au Temple sans le feu.
C’est par le feu que les victimes
devenaient offrandes au Dieu d’Israël.
C’est aussi par le Feu que la victime de la nouvelle Pâque, Jésus,
s’offre au Père sur l’autel de la Croix.
Non plus un feu matériel,
mais le Feu de l’Amour.

C’est de ce même Feu dont les apôtres ont besoin
pour offrir leurs vies à l’annonce de l’Évangile.
Le Feu qui descend du ciel,
qui ne vient plus sur les offrandes de Gédéon
ou sur le sacrifice d’Élie,
mais qui désormais vient dans les cœurs.

*

C’est cela qu’ont vécu les apôtres au Cénacle.
Le Feu de l’Amour divin les a embrasés,
les poussant d’emblée à sortir pour proclamer
les merveilles de la divine Miséricorde.

C’est ce même Feu que nous demandons et recevons en ce jour,
un Feu dont nous avons tellement besoin
pour que toutes nos peurs, toutes nos résistances,
soient consumées,
et que notre vie se mette à proclamer
la tendresse de Dieu à notre monde malade.
C’est un Feu puissant.
C’est le Feu de Dieu.
C’est le Feu qui transforme notre vie en mission.
Une fois accueilli,
nous continuons sans doute à mener nos mêmes activités
familiales, sociales ou professionnelles,
mais nous les vivons différemment.
Tout devient mission.
Nous ne pouvons plus perdre notre temps :
tout est orienté par le désir d’aimer Jésus,
et de le faire aimer.

Notre vie devient un buisson ardent !
Buisson parce que nous restons pauvres et vulnérables
comme un buisson en terre aride ;
mais Buisson ardent parce que le Feu de l’Amour
nous donne le désir inextinguible d’aimer.
Il nous brûle du désir de donner notre vie,
de la perdre pour que les autres aient la vie.

«Jésus, écrivait frère André,
donne l’Esprit Saint promis par le Père
qui est l’Amour divin en personne,
l’amour sanctifiant, l’amour vivifiant,
faisant de ceux qui L’accueillent des créatures nouvelles,
des enfants du Royaume,
des fils et des filles de Dieu rendus aptes par son Esprit
à étendre son Règne comme de nouveaux Christs,
ou mieux, comme le Christ Lui-même présent
en ses membres vivants» (Sources Vives, n°78, p. 79).
«Étendre le Règne comme de nouveaux Christs…»

De fait, quelle est la première expérience
que font les douze apôtres au jour de Pentecôte ?
Ils voient leurs cœurs s’élargir aux dimensions du monde entier.
Les langues, énumérées par l’auteur des Actes
et si merveilleusement représentées sur le tympan de la basilique,
tracent les frontières de l’Empire romain d’alors.
C’est le monde entier qui, soudain,
entre dans le cœur des hommes de Galilée.
Impossible de garder pour eux,
impossible de garder pour leur peuple,
les richesses du cœur du Christ !
Et les voici qui, libérés de toute peur,
deviennent des témoins incroyablement audacieux
du Christ vivant.
Les grandes mains du Christ de Gloire
ont envoyées sur eux l’Esprit
et les voici déjà en route au souffle de l’Esprit.

Voilà la merveille de ce Feu qui dérange nos vies… Non !
Qui bouleverse nos vies !
Laissons-nous déranger !
Laissons-nous bouleverser !
Notre vie chrétienne doit prendre feu
pour ne pas s’éteindre inondée par les eaux trompeuses
de la culture de mort dans laquelle nous baignons.

L’Esprit s’offre à nous et c’est une grande merveille !
L’Esprit Saint qui est Dieu,
habite dans la pauvre créature que je suis, que tu es.
Mais il demande que nous lui fassions de la place,
que nous le laissions nous aimer,
nous animer, nous transgresser.

Frère André soulignait la situation,
aussi étonnante que douloureuse,
qui est celle de notre temps.
Il parlait de «la désertification de l’Église
au moment où surabonde la générosité de la Source» (id. p.81).

C’est tellement vrai !
Dieu n’est pas avare de ses dons en notre temps.
L’Esprit Saint se manifeste
avec une force et une tendresse étonnante.
Et en même temps, la Vierge Marie
se rend présente à notre temps,
dévoilant la mission toute particulière que la Sagesse lui a confiée
pour venir au secours des âmes qui se perdent
dans le brouillard de notre monde sans Dieu.

Nous ne sommes pas abandonnés, mais bien choyés.
Cependant, il nous appartient de dire «oui» à l’effusion de l’Esprit,
à ce Feu qui transforme notre vie en mission.
Et que nous demande pour cela l’Esprit ?
Simplement notre silence.
Il attend et désire notre silence
pour devenir la Lumière et la Joie de notre vie.

Et il nous appartient de dire «oui»
au ministère extraordinaire de la Mère de Dieu
qui prend soin et prendra soin de nous,
ne nous abandonnant jamais aux heures de persécution,
mais, au contraire, nous associant à son œuvre d’amour
et de miséricorde qui sans cesse nous conduit
à son Rédempteur et notre Rédempteur : Jésus !

*

Frères et sœurs, que viennent sur nous, sur le monde,
à la prière de la Vierge et de Marie-Madeleine,
une nouvelle effusion de l’Esprit,
une nouvelle Pentecôte d’Amour
pour que, par nous, par notre vie, notre prière, notre souffrance,
de nombreuses âmes soient arrachées à Satan
et trouvent le chemin du Ciel,
parce que le désir de Dieu est que tous soient sauvés,
que tous connaissent les profondeurs de son Amour.

Méditer la Parole

4 juin 2017

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Actes 2,1-11

Psaume 103

1 Corinthiens 12,3-7.12-13

Jean 20,19-23