22e Dimanche du Temps Ordinaire - A

Perdre sa vie

En parcourant les Évangiles, nous découvrons peu à peu 
le visage de Jésus, celui dont Pierre a dit :
«Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant».
Nous découvrons sa force quand il relève,
guérit, fait des miracles.
Nous nous émerveillons de ses paroles
qui sont «esprit et vie».
Nous devinons un peu quelle peut être
son intimité avec le Père quand on le contemple
en prière ou transfiguré sur la montagne.
À travers son humanité pleinement assumée,
Jésus nous révèle quelque chose de sa divinité.

Dans le passage que nous entendons en ce jour,
un pas décisif nous est donné de faire
dans notre connaissance de Jésus.
Quelque chose de son intériorité nous est révélée.
Le récit que nous venons de lire n’est pas sans rappeler
les tentations de Jésus au désert.
Le récit de ces tentations,
placé au début des Évangiles, juste après le baptême,
est  emblématique de toutes les tentations
rencontrées par Jésus au fil de sa vie publique.
«Dieu t’en garde Seigneur !
Cela ne t’arrivera pas», dit Pierre.
«Passe derrière moi, Satan», lui répond Jésus.
À travers cet échange si étonnant,
alors que Jésus venait de dire à Pierre :
«Tu es heureux, Simon fils de Jonas,
car cette révélation t’est venue,
non de la chair et du sang,
mais de mon Père qui est dans les cieux» (Mt 16,17),
nous saisissons la réalité très concrète
de ces tentations de Jésus.

Comme en saint Jean, où après la multiplication
des pains, Jésus doit se retirer
car les foules veulent le faire roi (Jn 6,15),
tandis que beaucoup murmurent contre lui (Jn 6,41)
et que les disciples songent à le quitter (Jn 6,60).
C’est au cœur de ces situations qu’une porte semble s’entrouvrir
nous permettant de pénétrer dans le cœur de Jésus.
Un cœur déjà crucifié, en réalité.
Un cœur totalement attaché au Père
dans une fidélité inconditionnelle
et sans cesse tenté par les pensées des hommes
qui ne sont pas celles de Dieu.
La Passion de Jésus vécue en son corps
au terme de sa vie terrestre
est en fait commencée depuis bien longtemps
au plus profond de son cœur.
Jésus choisit sans cesse les pensées de Dieu
dont le prix à payer est celui de la croix.

Jérémie le prophète annonçait
cet écartèlement intérieur de Jésus,
lui qui s’est laissé séduire par Dieu,
assumant moqueries et railleries qui le poussaient à dire :
«Je ne penserai plus à lui,
je ne parlerai plus en son nom».
Mais il y avait au plus profond de son être
comme un feu dévorant.
S’il voulait le maîtriser, alors il s’épuisait.
Jésus n’a rien cherché à maîtriser,
il s’est fait totale offrande au Père.
Ce feu dévorant qui l’habitait,
il l’a partagé à ses disciples :
«Je suis venu jeter un feu sur la terre».
Jésus est le modèle parfait de celui qui perd sa vie.

Perdre sa vie, ce n’est pas la gâcher,
c’est s’en dessaisir, c’est la remettre
à Celui de qui nous la tenons.
Jésus appelle ses disciples à marcher à sa suite
sur ce chemin d’abandon,
de dessaisissement de soi.
Celui qui perd sa vie à cause de Jésus,
c’est celui qui reste tourné vers le Père,
qui choisit ce qui conduit au bien,
qui refuse de se glorifier de ses propres œuvres :
«Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous,
mais à ton nom rapporte ta gloire»,
chante le psalmiste (Ps 115, 1).

Perdre sa vie, c’est glorifier Dieu de tout notre être,
c’est assumer toutes les tentations d’ici-bas
en y entendant l’appel à choisir de nouveau le Seigneur
comme le maître de notre vie.
Que notre oui soit oui,
que notre non soit non.
C’est bien à la sainteté que nous sommes appelés !
L’apôtre Paul l’exprime en ces mots :
«Offrez votre personne et votre vie
en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu :
c’est là pour vous l’adoration véritable. (…)
Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser
pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu :
ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire,
ce qui est parfait» (Rm 12,1-2).
Croyons, frères et sœurs, en ce travail de la grâce
qui nous transforme intérieurement.

Se tenir en présence de Dieu dans la prière,
méditer sa Parole, se nourrir des sacrements,
aimer en actes et en vérité,
tout ceci nous rend plus malléable
à l’action de l’Esprit Saint.
Notre façon de penser peut alors se renouveler
car elle n’est plus le fruit d’un simple ressenti superficiel
mais plutôt d’un discernement spirituel
dans lequel Dieu nous conduit vers ce qui élève l’âme,
vers ce qui crée la communion entre les hommes,
vers la joie qui dilate le cœur.

«La pensée du Christ, nous l’avons !», dit Paul aux Corinthiens.
Elle ne demande qu’à prendre le dessus
sur toutes les pensées futiles, mondaines, terrestres
qui nous envahissent.
La pensée du Christ, elle libère la vie,
elle crée du lien,
elle fait désirer les réalités d’en haut
car «c’est là qu’est le Christ» (Col 3,1).
Que nos vies humaines sont courtes et éphémères
alors que le plan de Dieu pour nous,
c’est la vision de sa gloire !
«Je veux voir Dieu», disait Thérèse d’Avila.
Cette pensée nous oriente tout entier
vers le Ciel où Jésus nous a préparé
une place pour l’éternité.
C’est une naissance nouvelle qui nous est promise.

Quel chemin prendre pour y arriver ?
Il n’y en a qu’un, celui que le Christ a emprunté.
Il passe par la croix.
Non pas une croix mortifère qui nous écrase
mais une croix pour la vie qui nous élève.
Le Christ a pris sur lui le venin du mal et de la mort.
Et nous, nous avons à prendre la croix avec lui
comme un lien d’amour
qui nous fait expérimenter sa douceur,
sa tendresse, sa miséricorde, son pardon.
En consentant à la croix, on se libère de son poids
car c’est Lui qui porte tout,
qui transforme tout en chemin de vie.
Le Christ a porté la croix pour nous par Amour (Jn 15,13)
pour que nous puissions la porter chaque jour (Lc 9,23).
C’est donc avec lui, comme lui et en lui
que nous vivons le passage, la «Pâque»,
de notre mort à nous-mêmes
pour naître à la vie en Lui (Rm 6,5-8).
«Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ
qui vit en moi» (Ga 2,20).

Frères et sœurs, désirons nous perdre
de plus en plus en Jésus.
Recevons de lui cet amour unique et surabondant
qui, seul, peut nous épanouir.
C’est en mourant ainsi dans les bras du Christ,
que nous serons déifiés en Lui.

Méditer la Parole

3 septembre 2017

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Jrmie 20,7-9

Psaume 62

Romains 12,1-2

Matthieu 16, 21-27