Solennité de Toussaint 

La sainteté : un itinéraire spirituel

Notre vocation commune, c’est de devenir des saints.
La sainteté est un don de Dieu.
Lui seul est saint, dit l’Écriture,
mais sa joie, c’est de nous donner part à sa sainteté.
Car plus on est saint, plus on se rapproche de Dieu.
Le désir de sainteté nous met donc en mouvement.
C’est un élan qui nous éveille aux réalités divines.
C’est une attirance vers ce qu’il y a de plus beau,
de plus vrai, de plus pur.
Certains sont déjà arrivés au terme
de ce chemin intérieur vers Dieu.
On les appelle les bienheureux et les saints.
La vision de saint Jean dans l’Apocalypse
nous les présente comme marqués
d’un «sceau qui imprime la marque
du Dieu vivant».
Ils ne sont plus de ce monde qui passe.
Ils en ont été tirés pour appartenir désormais au monde de Dieu.

Et puis saint Jean continue de décrire sa vision
en nous révélant une deuxième foule,
une foule immense que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.
C’est l’humanité en attente d’être sauvée,
de rejoindre ce ciel où il n’y aura plus
de larmes mais un bonheur sans fin.
Cette foule sait que son salut appartient
à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau.
On ne se sauve pas soi-même.
Seul Dieu par l’offrande de son Fils Jésus sauve l’humanité.
Or saint Jean voit déjà l’humanité vêtue
de robes blanches avec des palmes à la main.
Il voit par anticipation la victoire acquise pour tous.
Les saints qui ont déjà lavé leurs robes nuptiales,
qui les ont blanchies par le sang de l’Agneau,
attirent toute l’humanité vers la sainteté.
Les souffrances qu’ils ont endurées,
et parfois par le martyre, participent
à l’œuvre du salut réalisé par Dieu.
La sainteté est contagieuse.
«Sang des martyrs, semence de chrétiens»,
disait Tertullien.

La ré-évangélisation actuelle de notre continent
passe par notre propre sanctification.
Nos efforts de conversion ne seront jamais perdus.
Ils sèment des graines de sainteté
dans ceux qui sont encore loin du Christ.
La sainteté nous rend solidaires les uns des autres,
non plus du péché mais de la grâce.
Elle est un langage qui n’est pas celui du monde.
Il se comprend par le cœur.
La sainteté cultive la meilleure part de nous-mêmes.
Elle est un chemin de transformation intérieure
qui nous rend peu à peu conformes
à l’image que Dieu a imprimée en nous.
«Et nous tous qui, le visage découvert,
réfléchissons comme en un miroir
la gloire du Seigneur, nous sommes transformés
en cette même image, dit l’apôtre Paul,
allant de gloire en gloire,
comme de par le Seigneur qui est Esprit» (2 Co 3,18).

Devenir saints, c’est suivre le Christ sur un itinéraire spirituel
qui engage tout notre être, corps, âme et esprit.
Essayons, frères et sœurs, d’identifier
les étapes de ce cheminement vers la sainteté
telles que l’Écriture nous les révèle.

La première étape est celle de la connaissance du Christ.
Tout commence par une rencontre,
celle de Jésus, l’Envoyé du Père.
Non pas pour une connaissance intellectuelle,
affective de Jésus, si nécessaire soit-elle,
mais pour le connaître, Lui,
avec la puissance de sa Résurrection
et la communion à ses souffrances (Ph 3,10).
Connaître Jésus comme Sauveur,
comme «mon Seigneur et mon Dieu»,
confessé par un apôtre Thomas, ou encore
par un Augustin d’Hippone ou un Charles de Foucauld,
après des années d’errance et de dévergondage.
Une connaissance qui engage notre vie
au point de la retourner, de l’orienter désormais
vers le Bien, le Beau, le Vrai.

La deuxième étape est celle de l’imitation.
Après avoir lavé les pieds de ses disciples
au soir de la dernière Cène, Jésus leur dit :
«C’est un exemple que je vous ai donné
pour que vous fassiez, vous aussi,
comme moi j’ai fait pour vous» (Jn 13,15).
Jésus nous a laissé par sa vie un modèle à suivre.
François d’Assise a puisé dans cet exemple
la joie de vivre pauvre,
Dominique le zèle d’annoncer l’Évangile,
Mère Teresa la soif de soigner les blessés,
les oubliés, les plus petits.
Imiter Jésus, c’est croire que l’amour est plus fort
que le péché qui veut nous salir, nous défigurer,
nous faire douter de nous-mêmes, de Dieu et des autres.
C’est croire à la force de la grâce.

Troisième étape : l’identification.
Le disciple n’est pas plus grand que son maître, dit Jésus.
Il est «comme» son maître.
Devenir comme Jésus paraît impossible.
«Aux hommes, oui. Mais tout est possible à Dieu !» (Mt 19,26).
Et «à celui qui croit» (Mc 9,23), répond Jésus.
«Méfions-nous de la statuaire de l’Occident
ou de l’iconographie de l’Orient, nous présentant
d’emblée les saints sous une auréole ou sur un piédestal !
Méfions-nous des simplifications et des raccourcis
où n’apparaît plus leur lent devenir (…)
Les saints sont des gens ordinaires
qui ont accepté de se «laisser saisir» (Ph 3,12)
par la Vraie Vie ; des pécheurs, que la grâce,
au fil des jours, a burinés» (fr. Pierre-Marie, SV n° 39, p.36).
Pensons à Thérèse de Lisieux sur son chemin d’abandon,
à Silouane donnant spirituellement son sang
pour recevoir l’Esprit,
à Vincent de Paul en prise avec les doutes,
Jérôme avec ses colères,
Bernard avec son caractère impossible.
La perfection est une aventure
qui n’est promise qu’à des imparfaits.

Quatrième étape : l’incorporation.
C’est l’expérience de Paul, le persécuteur
devenu évangélisateur : «Ce n’est plus moi qui vis,
c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2,20).
Les sentiments du Christ deviennent nos propres sentiments.
Nous formons avec lui un seul corps,
une seule âme, un seul esprit,
au point de pouvoir dire :
Le Christ et moi, nous sommes uns.
«Notre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu» (Col 3,3).
Padre Pio l’a vécu jusqu’à porter en sa chair
les marques de la Passion du Christ.
Bernadette Soubirous et Catherine Labouré
par une vie humble et cachée.
Élisabeth de la Trinité en s’offrant comme une humanité
de surcroît en laquelle se renouvelle
le mystère de l’Incarnation.
Les saints sont des hommes et des femmes
qui ont laissé librement le Seigneur
envahir leur existence, occuper leur temps,
séduire leur cœur (Jr 20,7).

Ultime étape : la divinisation.
«Que le Christ habite en vos cœurs par la foi, dit Paul,
et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour. (…)
Vous entrerez par votre plénitude
dans toute la Plénitude de Dieu» (Ep 3,16-19).
Rien de moins ! Dieu veut nous rendre
participants de sa nature divine.
Il veut que nous soyons glorifiés en lui.
C’est ce terme de lumière qui fait s’écrier
«Dieu seul suffit» à Thérèse d’Avila,
qui a donné au Père Jerzy Popiełuszko de ne pas perdre
son âme de pasteur malgré les dangers encourus,
à Louis et Zélie Martin d’élever leurs filles
dans l’amour de Dieu et du prochain.
Chacun, à sa place et à sa façon,
Revient, comme le dit l’Apocalypse, «de la grande épreuve»,
c’est-à-dire de la traversée de cette vie,
avec ses joies et ses larmes, ses naissances et ses deuils,
ses réussites et ses échecs.
Et chacun avec la grâce de Dieu, remporte la victoire (Ap 21,7).

Et nous, frères et sœurs, que nous reste-t-il à faire ?
À entendre nous aussi l’appel du Seigneur,
à prendre la route des Béatitudes.
Malgré nos retards, notre médiocrité, nos lâchetés,
nos refus, nous sommes appelés.
«Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné
le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu
et nous le sommes» (…)
Un jour, «nous lui serons semblables
car nous le verrons tel qu’il est.
Et quiconque met en lui une telle espérance
se rend pur comme lui-même est pur» (1 Jn 3,1-3).
Ensemble, frère et sœurs, stimulons-nous
mutuellement à devenir des saints.
Le Père nous voit déjà revêtus de la robe nuptiale
et avec la palme à la main.
Allons-nous décevoir son attente ?

Méditer la Parole

1er novembre 2017

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Apocalypse 7, 2-14

Psaume 23

1 Jean 3, 1-3

Matthieu 5, 1-12