31e Dimanche du Temps Ordinaire - A

Les lectures de ce dimanche interrogent 
notre rapport à la Parole de Dieu.
Nous croyons en un Dieu qui parle,
qui nous parle à chacun personnellement ;
en un Dieu qui est Parole,
parole de vie et de liberté ;
en un Dieu qui nous laisse sa Parole en héritage
pour la faire fructifier.
La Parole divine établit un lien
que l’Écriture appelle Alliance
entre Celui qui parle - Dieu -
et ceux et celles à qui cette parole s’adresse -
nous les hommes.
Or ce lien, cette Alliance sont sans cesse
à reprendre, à purifier, à renouer.
Toute la Bible en témoigne.
Ce dimanche peut être pour nous aussi l’occasion
de renouveler notre alliance avec le Seigneur
en nous positionnant avec justesse
par rapport à sa Parole.

Tout d’abord, regardons d’où nous vient la Parole de Dieu.
Qui est-il Celui qui la proclame ?
Il est Père, nous enseigne l’Écriture.
«Et nous, n’avons-nous pas tous un seul Père ?
N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ?»
dit le prophète Malachie.
Dieu crée en donnant une parole.
«Il parle et cela est.
Il commande et cela existe.
Nul ne résiste à sa Parole.»
En soi, seul Dieu est Père
car il est incréé et source de vie.
Il est l’origine de toute vie
alors que tous ceux qui sont pères
charnellement et spirituellement dans notre lignée humaine
ne sont que des transmetteurs de vie.
Jésus a bien raison de dire :
«Vous n’avez qu’un seul Père,
celui qui est aux cieux.»
Et l’Écriture va plus loin.
«Dieu est tout à la fois Père et Mère,
puisque l’Évangile lui-même nous enseigne
que le Fils unique est dans le sein du Père (Jn 1,18). »
(Homélie de fr. Pierre-Marie, Saint-Gervais, 3 novembre 1996)
La puissance paternelle de Dieu n’altère pas
une tendresse divine qui est toute maternelle.
Dieu prend soin de nous comme la mère de son nourrisson (cf. Ps 130).
«C’est en lui que nous avons la vie,
la croissance et l’être» (Ac 17,28).
Voici vraiment un Père aussi réel qu’universel
et aussi saint qu’éternel.
Lire, écouter, méditer la Parole de Dieu,
c’est donc pour nous un acte filial.
C’est entendre Dieu nous dire :
«Tu es mon fils bien aimé.
Moi aujourd’hui, je t’engendre.»
La Parole nous met en relation avec notre origine,
avec Celui de qui toute paternité,
au ciel et sur la terre, tire son nom (Ep 3,14).
Vivre de la Parole divine, c’est vivre en enfants de Dieu,
à la suite du Fils unique devenu comme un frère aîné
dont nous sommes prédestinés à reproduire l’image (Rm 8,29).
Nous sommes donc «tous des frères,» comme dit Jésus.
Et nous pouvons, en lui, avec lui et par lui, oser,
comme nous le ferons tout à l’heure,
lui dire : Notre Père !

Une fois tournés avec justesse vers Celui qui nous parle,
qu’allons-nous faire de cette Parole reçue ?
Cette Parole n’est pas comme nos paroles humaines.
Elle est un enseignement, une parole qui éduque
car Dieu parle comme un Maître.
Plus encore, cette Parole est une révélation (Ga 1,12 ; 1 P 1,13).
Elle nous fait découvrir qui nous sommes et qui est Dieu.
Cette Parole divine a même pris visage d’homme
car le Verbe s’est fait chair
et il a demeuré parmi nous. (Jn 1,14)
Lire la Parole, c’est contempler ce Visage,
celui de Jésus, le plus beau des enfants des hommes.
C’est écouter celui qui fait ce qu’il dit
à la différence des scribes et des pharisiens,
qui légifèrent et n’observent pas, qui paraissent et ne sont pas.
Ses paroles sont  esprit et elles sont vie».
Elles ne sont pas des préceptes moralisants.
Elles travaillent en profondeur les cœurs
de ceux qui les méditent
et elles les rendent malléables à la grâce.
Comme nous prenons soin de ne pas perdre
une miette de l’hostie consacrée,
soyons attentifs à ne pas perdre
une seule parole qui sort de la bouche du Très-Haut.
Celui qui garde sa Parole ne verra pas la mort, dit Jésus.
Car la Parole sème en nous des graines d’éternité.
Elle éclaire notre route, elle ouvre des chemins de vie,
elle nous transforme intérieurement en disciples du Christ.
Saint Paul résume bien ce que doit être
notre juste rapport à la Parole de Dieu :
«l’accueillir pour ce qu’elle est réellement,
non pas une parole d’hommes,
mais la Parole de Dieu qui est à l’œuvre
en vous, les croyants» (1 Th 2,13).

Engendrés par la Parole du Père,
nourris par la Parole du Fils,
que devons-nous faire désormais ?
Nous mettre au service de la Parole de Dieu
avec la grâce de l’Esprit.
Paul n’a pas ménagé peines et fatigues,
jusqu’à donner sa propre vie,
pour annoncer l’Évangile de Dieu.
Il a accepté de n’être à la charge de personne
pour donner gratuitement la Parole.
Pour les apôtres, il y a urgence à annoncer la Parole.
«Annoncer l’Évangile n’est pas pour moi
un motif d’orgueil, dit Paul, c’est une nécessité
qui s’impose à moi : malheur à moi
si je n’annonce pas l’Évangile !» (1 Co 9,16).
Mais il y a des pièges dans lesquels peuvent tomber
ceux qui reçoivent un ministère particulier de prédication.
Jésus les énumère dans l’évangile de ce jour.
Premièrement, dire et ne pas faire.
Deuxièmement, pratiquer l’autorité comme une domination
et non comme un service.
Au lieu de servir humblement la Parole,
on s’en sert pour asseoir son pouvoir.
Troisièmement, vouloir paraître.
Au lieu de conduire à Dieu, on conduit à soi-même.
Quatrième piège : se croire important,
avoir le goût des honneurs.
Il est bon de se rappeler que nous ne sommes
que des serviteurs inutiles, ne faisant que notre devoir (Lc 17,10).
«Qui s’élèvera sera abaissé,
qui s’abaissera sera élevé», dit Jésus.
Si nous sommes tous frères,
nous n’avons pas à rivaliser entre nous.
Notre seule richesse, c’est la grâce de Dieu
que nous transmet la Parole de Dieu.
«Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?» interroge Paul.
Tous, nous marchons comme à tâtons
et notre vie tout entière est en quête de sens.
Mais Dieu ne cesse de nous donner sa Parole
qui est une lampe pour nos pas.
N’enchaînons pas la Parole de Dieu
en la laissant dormir sur les étagères
de notre bibliothèque.
Ouvrons nos Bibles, méditons la Parole,
annonçons-la par notre vie
qui se laisse convertir, transformer
par l’Esprit qui œuvre par la Parole.
Puissions-nous dire comme l’Apôtre Pierre :
«À qui irions-nous Seigneur ?
Tu as les paroles de la vie éternelle !» (Jn 6,69).

Méditer la Parole

5 novembre 2017

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Malachie 1,14-2,10

Psaume 130

1 Thessaloniciens 2,7-13

Matthieu 23,1-12