Fête de la Sainte Famille - Année B

Depuis Noël c’est la première fois aujourd’hui que notre regard ne se fixe pas que sur l’enfant Jésus, l’Incarnation du Fils de Dieu, mais s’élargit à une réalité plus large qui est celle de sa famille. Bien sûr, Marie et Joseph étaient déjà présents dès la nuit de Noël dans les textes de la liturgie, mais ils restaient comme au second plan, parce que le centre de notre contemplation et le cœur de la fête de Noël étaient justement Jésus, dans son unicité humano-divine, alors qu’aujourd’hui, cette singularité du Fils unique nous voulons la contempler dans sa dimension relationnelle ; et quelle est la première forme de relation que le Christ a vécue sur la terre ? Elle est, évidemment, celle avec et dans sa famille.


Mais nous ne pouvons pas méditer cet évangile sans nous arrêter d’abord sur les deux premiers textes qui nous sont proposés pour cette célébration, les deux qui concernent la vie, l’histoire d’une autre famille, celle de Abraham et de Sarah. Pourquoi ce couple, si significatif pour les origines, les premiers pas de l’histoire du salut, est-il également porteur d’un message tout particulier pour la famille chrétienne ? Parce que dans ces deux textes ressortent deux aspects ou deux thèmes qui nous permettent de contempler la réalité de la famille de Nazareth ainsi que de toute famille chrétienne, dans toute sa profondeur ; et ces deux réalités sont la foi et la descendance.


La foi d’Abraham est un thème classique dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament, et on le voit bien dans les deux passages de la Genèse (« Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste ») et dans l’Épître aux Hébreux (« grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu ») qui nous sont proposés. On remarque aussi, dans ces deux passages, que la foi d’Abraham est ce qui marque, ce qui distingue, sa relation personnelle avec le Seigneur comme réponse à l’alliance divine.


Mais les textes de ce jour attirent notre attention sur un autre aspect, et c’est pour cela que, probablement, les figures d’Abraham et de Sarah ont été choisies pour nous introduire à l’évangile de cette fête. C’est que la foi, en même temps qu’elle caractérisait leur relation, leur adhésion à la parole, à l’appel du Seigneur, est devenue pour eux aussi source de fécondité. Et quelle fécondité ! « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… (...) Telle sera ta descendance ! ». Chez Abraham et Sarah, l’alliance, la vocation, l’appel, est pour eux strictement lié à la dimension de la foi et de la descendance, donc il s’agit, finalement, d’un mystère de fécondité. Par conséquent, on ne peut pas ignorer qu’au cœur de la promesse faite à Abraham s’inscrit déjà une dimension familiale (« il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais » Lc 1,54b-55), et tout le souci de l’auteur biblique, dans le texte de la Genèse aussi bien que dans la relecture qu’en donne Hébreux 11, c’est de montrer que la fécondité et donc la postérité d’Abraham ne viendront pas que de la chair (Abraham aura, entre temps, un autre enfant, qui pourtant ne sera pas l’enfant de la promesse ; cf. Gen 16), mais elle viendront, aussi, de la foi. On voit bien, donc, combien le thème de la famille, et tout spécialement celui de la fécondité, dans l’histoire d’Abraham, sont strictement unis à la foi, inséparablement. Au point que la lettre aux Hébreux nous rappelle qu’Abraham était même prêt à sacrifier son enfant. Pourquoi ? Parce qu’ « il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts », comme pour dire, que la fécondité de la foi, celle qui vient de Dieu est plus puissante de la fécondité physique.


Maintenant passons à la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. En eux tout ce qu’on vient de voir se manifeste au degré le plus haut, il suffit de penser à Marie qui conçoit grâce à l’adhésion totale de sa foi, de sa personne, à la Parole de Dieu. Donc, c’est l’exemple le plus haut de fécondité de la foi, jusqu’au point qu’on peut affirmer, sans trop de difficulté, que sans la foi, au moins de Marie, il n’y aurait eu aucune sainte famille, parce que ce n’était pas assez d’avoir la fécondité humaine (cf. Lc 1,34b « je ne connais pas d'homme »). Or, aujourd’hui, l’Église nous donne cette sainte famille de Nazareth, comme modèle de la famille chrétienne. Cela veut dire qu’une famille chrétienne, en regardant la sainte famille, doit se dire : nous voulons être comme ça, voilà notre icône. Donc une famille qui non seulement a foi, mais plus encore, une famille qui trouve dans sa foi son origine (passé), sa fécondité (présent), et par conséquent sa descendance (futur). Cela veut dire que dans la famille de Nazareth, malgré son unicité, nous sont montrées, révélées, des réalités dont toute famille chrétienne doit se sentir porteuse, ou qu’elle est, du moins, appelée à manifester. Parce que si les familles chrétiennes renonçaient à cette mission prophétique d’être dans le monde le signe visible de la fécondité de la foi, alors quelle serait la différence entre la famille naturelle et la famille sacrement ? Justement saint Paul nous dit : « l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église ». Donc, il y a un mystère, et donc une prophétie qui est confiée aux familles chrétiennes : celle d’être signe visible dans le monde, visible même d’un point de vue physique, de l’amour et de la fécondité de l’union du Christ et de l’Église. C’est pour cela que le mariage est un sacrement. Ce que nous croyons, nous pouvons le voir réellement dans les familles, et on pourrait développer, à partir de là, la parenthèse concernant aussi les fils comme don de Dieu et pas comme, simplement, instrument ou moyen de réalisation personnel à tout prix.



Si la sainte famille est la première cellule de l’Église, si elle est, en quelque sorte, comme l’embryon de l’Église, alors cela veut dire que l’Église naît comme famille et donc qu’elle a besoin des familles non seulement pour retrouver quelque chose de ses origines, mais aussi pour continuer à vivre comme famille. Et cela d’un point de vue théologique, comme on l’a vu, pour ce qui concerne la fécondité de la foi, mais aussi d’un point de vue humain, en ce qui concerne les sentiments, l’amour quotidien, simple, direct. L’Église apprend des familles à vivre comme une famille.



Ce que j’espère et ce que nous pouvons demander au Seigneur aujourd’hui c’est que toutes les familles se sentent profondément chargées et donc responsabilisées par cette mission prophétique que le Seigneur leur a confiées, et qu’elle n’aient jamais peur d’affirmer, de promouvoir, et de défendre contre toute perversion, la beauté de la famille, du mariage chrétien et de la vie humaine, comme le Seigneur nous les a données.

Méditer la Parole

31 décembre 2017

Saint-Gervais, Paris

Frère Giovanni Battista

 

Frère Giovanni Battista

Lectures bibliques

Genèse 15,1...21,3

Psaume 104

Hébreux 1,8...19

Luc 2,22-40

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