24e semaine du Temps Ordinaire - A

L’Écriture reflète bien ce qui est inscrit dans le cœur de l’homme. De lui-même l’homme pressent qu’on ne peut indéfiniment vivre avec une âme fermée, un esprit vengeur, des pensées rancunières, un cœur non réconcilié. Pierre comprend que le pardon est nécessaire même s’il coûte de le redonner plusieurs fois. Comment survivre en effet si l’on n’est pas sans cesse conduit à se réconcilier ? La vie ne serait alors qu’une foire d’empoigne, un enchaînement de règlements de comptes. Il n’y a pas une famille, une communauté, une fraternité où l’on n’ait besoin de se réconcilier de quelque manière que se soit chaque jour. Après les conflits, les guerres, seules les réconciliations permettent de franchir une nouvelle étape. Il n’y a pas de paix sans pardon, disait Jean-Paul II (message du 01/01/2002). Or l’homme est avide de cette paix qui lui échappe sans cesse. Seule la réconciliation vécue par le pardon permet de ramener  une paix profonde. Le pardon recrée l’espace d’amour entre les êtres. Il est un acte créateur. Peut-être est-ce le seul acte humain qui soit vraiment créateur. L’homme dit «je te pardonne» et le pardon est.
Il y eut un soir, la nuit du mal.
Il y eut un matin, le jour nouveau où la vie est renouvelée, recréée.


A quelqu’un qui demande : «Le pardon, à quoi cela sert-il quand le mal est fait ?», essayons, frères et sœurs, de répondre à la lumière de l’Évangile.


Pourquoi pardonner ?
Tout d’abord, parce que nous sommes nous-mêmes des pécheurs pardonnés. C’est ce que nous enseigne Jésus dans la parabole du débiteur impitoyable. Le Père nous aime. Nous avons une dette envers lui, celle de notre ingratitude. Tout vient de Lui et pourtant, nous l’oublions bien souvent. Dieu est blessé par notre mal, meurtri par l’injure, humilié par notre faute, mais comme Il ne peut cesser d’être ce qu’Il est, c’est-à-dire un Dieu d’amour, Il aime celui qui l’a offensé. Dieu n’aime pas le péché, mais il aime le pécheur que nous sommes. Il nous remet notre dette. Nous sachant ainsi aimés malgré nos fautes, nous ne pouvons qu’être miséricordieux face à notre frère.


Pourquoi pardonner ?
Parce que ce pardon, Jésus l’a vécu. A ceux qui le martyrisaient, Jésus ne rendit pas l’insulte. Sans un mot, sans un cri, Il s’est laissé clouer librement, par amour. «Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne». Il nous pardonne à nous qui le blessons : «Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font». Il appelle Judas «mon ami» et accepte son baiser de trahison. Il est abandonné par tous les siens, mais au Cénacle, après la Résurrection, Il souffle sur eux, leur donne l’Esprit-Saint, les envoie en mission, sans un mot de reproche : «Que la paix soit avec vous». Jésus a vaincu la haine par l’amour et Il nous invite à marcher sur ses traces.


Pourquoi pardonner ?
Parce que c’est une nécessité. Etant tous offensants, nous sommes tous offensés. Etant tous blessants, nous sommes tous blessés. Soit on accepte de se pardonner mutuellement, non pas sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois (Mt 18,22), soit on laisse régner l’affrontement, la jalousie, la discorde. Le pardon brise le cercle de la violence. Jésus, lui, nous invite à bénir et à ne point maudire, à pardonner sans compter, à tendre la main à qui vient quémander et l’autre joue à qui a déjà frappé, pour finir par aimer même ses ennemis.
Pourquoi pardonner ?
Parce que le pardon est une force. La violence ne l’emporte jamais. Les êtres blessés puis dévorés de rancunes se font une vie misérable. En eux se perpétue l’action corrosive du mal qui leur a été fait. La souffrance du non-pardon est beaucoup plus douloureuse que la souffrance due à la blessure de l’offense. Si le pardon jaillit, cette souffrance originelle est toute transfigurée de l’intérieur. La blessure ne disparaît pas, comme les plaies de Jésus qui demeurent après la Résurrection, mais le mal qui est en elle s’éteint, le feu de la souffrance se change alors en puissance d’amour et de compassion.


Pourquoi pardonner ?
Parce que le pardon libère la joie et l’humilité. Jésus nous dit qu’il y a de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent. Désormais, tout peut repartir dans l’espérance et l’allégresse. De plus, par le pardon, je désire que l’autre grandisse et que moi, je diminue. Jamais un homme n’est aussi grand que lorsqu’il sait s’élever par l’abaissement du pardon donné, demandé et partagé. La reconnaissance du monde entier envers Jean-Paul II au soir de sa vie ne vient-elle pas de ce pardon qu’il a su donner à celui qui a voulu le tuer ? Le pardon est chemin de sainteté. Il est plus puissant que tous nos actes et nos discours sur le cours du monde.


Enfin, pourquoi pardonner ?
Parce que le pardon libère du poids de nos fautes et nous lave de nos torts. Nous restons liés par les pardons que nous n’avons pas donnés. «En vérité, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel» (Mt 18,18). Quand on a compris combien nous allège, nous réjouit, nous fortifie le pardon reçu, donné ou demandé, on ne peut plus s’en passer. Quoiqu’il se soit passé, on ne laisse plus le soleil se coucher sur sa colère (Ep 4,26). Ce qui laisse entendre que l’on peut avoir parfois occasion de se mettre en colère, mais que rien ni personne, jamais, ne doivent empêcher l’amour, en final, de triompher. «L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. Il ne se lasse jamais !» (1 Co 13,7).


Voilà, frères et sœurs, quelques raisons qui ne peuvent que nous inciter à mettre le pardon au cœur de nos vies. Le pardon est un visage à contempler, celui de Jésus.


Seigneur Jésus, toi qui viens demeurer en nous dans cette Eucharistie, apprends-nous à pardonner, apprends-nous à aimer.
 

Méditer la Parole

11 septembre 2005

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Ecclésiastique 27, 30-28

Psaume 102

Romains 14, 7-9

Matthieu 18,21-35

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