4e Dimanche du Temps Ordinaire - B

La liturgie de ce dimanche, un des premiers du temps ordinaire, nous donne de jeter un regard nouveau sur le Christ et sur sa mission, à travers la lecture de ce texte d’évangile, tiré du premier chapitre de l’évangile selon saint Marc, donc d’un texte qui nous montre comment et par quels actes Jésus s’est fait connaître, s’est manifesté, au début de son ministère public, après ce qu’on appelle "sa vie cachée". Et comment les gens ont réagi à cette nouvelle manière de Jésus de se présenter au monde, lui qui, auparavant, aux yeux des gens, était quelqu’un comme les autres, quelqu’un donc qui, comme les autres, le jour du sabbat, prenait part au culte de la synagogue, quelqu’un qui, comme les autres, proclamait un texte de l’Écriture Sainte et après en faisait le commentaire (cf. Lc 4).


Or, en cette apparente normalité, Marc souligne des aspects anormaux, des aspects que, justement, les gens remarquent :
    •    premier aspect anormal : Jésus, comme les autres, prend la parole, mais il ne parle pas comme les autres : « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes ». Première remarque d’anormalité.
    •    La deuxième : Jésus libère un homme d’un esprit impur, c’est-à-dire du démon. Donc, sa parole produit des effets immédiats.
    •    Conclusion du texte : les gens retiennent de Jésus exactement ces deux éléments : l’autorité de son enseignement et la stupeur de gens : «Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux 'Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent'».

On voit donc bien quels sont les signes qui révélaient la présence d’une personne spéciale, d’un envoyé de Dieu, au milieu de son peuple : l’autorité de sa parole et la stupeur de ceux qui le rencontraient. Et c’est bien sur ces deux aspects que je voudrais m’arrêter un peu plus.
 

D’abord sur l’autorité : en quoi consiste-t-elle exactement ? Dans ce texte on peut saisir au moins deux raisons pour lesquelles la parole de Jésus a autorité : « voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité » disaient les gens ; et avant : « il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes ». Cela veut dire que la parole de Jésus ne dépend d’aucune autre parole antérieure pour justifier sa valeur et son autorité, mais elle est une parole originaire, une parole nouvelle que Dieu adresse à son peuple.
 

Et, en outre, l’autorité de la parole de Jésus, c’est qu’elle réalise ce qu’elle dit, et en cela elle accomplit pleinement la caractéristique de la parole prophétique selon le texte du Deutéronome que nous avons écouté dans la première lecture. Et la preuve de cela, nous l’avons dans la libération de l’homme possédé. Ce que Jésus dit arrive vraiment ; effectivement cela s’accomplit.
 

Or, pourquoi la parole de Jésus possède-t-elle cette puissance ? Serait-elle une sorte de fluide magique qui sort de lui pour arriver à produire les effets de sa volonté ? La question est beaucoup plus profonde. C’est que Jésus, quand il parle et quand il fait quelque chose, ne réalise pas simplement la communication d’un message, d’un contenu ou d’une volonté (par exemple par une action qui réalise sa volonté), mais, d’une manière ou d’une autre, quand Jésus parle ou quand il adresse un geste à quelqu’un, il se donne lui-même à son interlocuteur. Et cela veut dire que les paroles et les actions de Jésus sont toujours en lien avec son être, on peut dire qu’elle sont un prolongement, une transparence de son être, à un tel point que Jésus peut même se donner lui-même dans ses paroles et dans ses actes. Et c’est bien pour cela que la parole de Jésus a autorité, parce qu’elle transmet quelque chose de son être, de sa présence, et elle n’est pas simplement la communication d’un message. Et, chose étonnante, si vous prenez le mot autorité, en grec, et si vous allez le chercher dans tout l’évangile de Marc, vous allez découvrir une chose très intéressante. C’est que dans tout l’évangile, quand il est question d’autorité ou de pouvoir, ce terme est toujours en référence à Jésus, avec deux seules exceptions :
1.    le pouvoir donné aux Douze de chasser les démons (cf. 3,15 ;  6,7) ;
2.    et, dans la mini-parabole du maître qui part pour un voyage, « laisse sa maison, remet l'autorité à ses serviteurs, indique à chacun sa tâche, et ordonne au portier de veiller » (13,34).
 

Donc, l’autorité vient du Christ, est son autorité à lui, mais il est capable de la communiquer. Et dans les sacrements de l’Église nous avons exactement ce pouvoir du Christ qui se transmet. Le Christ continue à se donner dans son corps ecclésial ; c’est pour cela que dans les sacrements on est toujours touché par l’être même du Christ, et pas seulement par quelque chose qui vient de lui. Voilà la puissance, l’autorité de la Parole du Seigneur, qui, dans l’Église, devient aussi sacrement : c’est qu’elle transmet le Christ, elle nous configure au Christ. Et elle est toujours une autorité ou un pouvoir pour la libération de l’homme (Cf. Card. Caffarra, Omelia a san Cristoforo – 1 febbraio 2015 ; cf. http://www.caffarra.it/omelia010215.php (page consultée le 28 janvier 2018), comme on le voit dans le cas de l’homme possédé par l’esprit impur. L’autorité du Christ est pour la liberté, jamais pour l’esclavage, comme cela peut arriver pour l’autorité humaine.

 

L’autre aspect, sur lequel je vais être beaucoup plus bref, est celui de la stupeur. La parole et les gestes de Jésus suscitent des questions sur sa personne. Tous se posent des questions, même le diable : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? ». Quant aux gens, eux aussi s’en vont avec cette question sur le Christ : « Qu’est-ce que cela veut dire ? ». Jésus, au début de son ministère, ne se soucie pas tout simplement de se faire connaître, mais plus encore de susciter le désir de le connaître. Le désir est un espace qui s’ouvre dans notre vie intérieure, et qui demande une recherche, qui exprime une soif d’où jaillit un chemin.
 

Souvent pour nous aussi, le Seigneur, au lieu de nous donner de réponses, suscite des questions nouvelles qui nous font avancer. Et cela est tout à fait normal, parce que vouloir connaître le Seigneur consiste à accepter d’entrer dans un dépassement perpétuel qui, selon Grégoire de Nysse, ne s’arrêtera même pas au ciel, parce qu’au ciel on ira de dépassement en dépassement.
 

Comme notre temps a besoin de cette forme de prophétie, à la fois nouvelle et primordiale, parce qu’elle a été la première que Jésus a utilisée dans son ministère publique : dévoiler la soif qu’il y a dans le cœur de l’homme et l’orienter vers lui pour entrer dans ce chemin perpétuel, qui est dépassement sans fin. On n’aura jamais fini de connaître et de se laisser transfigurer, d’une manière toujours plus parfaite, dans le Fils de Dieu, sans jamais atteindre définitivement cette perfection, parce qu’elle est infinie. L’infini de Dieu ne peut que susciter un dépassement perpétuel dont nous trouvons une trace en ce questionnement des gens de Capharnaüm. Donc, les questions qui nous inquiètent, les demandes de sens qui demeurent, peut-être, dans nos cœurs, sachons les considérer d’une manière nouvelle, sachons les comprendre comme ce dépassement en cours dans notre vie.
 

Autorité et stupeur, la puissance de Dieu qui rencontre la soif de l’homme. Voilà le don merveilleux que le Seigneur nous fait en ce dimanche.

Méditer la Parole

28 janvier 2018

Saint-Gervais, Paris

Frère Giovanni Battista

 

Frère Giovanni Battista

Lectures bibliques

Deutronome 18,15-20

Psaume 94

1 Corinthiens 7,32-35

Marc 1,21-28

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