32e semaine du Temps Ordinaire - A

Tiens ta lampe allumée !

La grande question de notre vie sur cette terre
est de savoir où elle nous conduit.
Pourquoi et en vue de quoi sommes-nous ici-bas ?
Ce ne peut être pour rien et en vue de nulle part !


Quel est donc le but de notre existence ?
Sans en savoir précisément la durée,
nous en connaissons le terme.
Qu’y aura-t-il donc, à l’heure inéluctable de la mort ?
Et, plus encore, qu’y aura-t-il après ?
Nous aimerions tant le savoir et nous y préparer !


Nous avons tôt fait de constater
que personne, sur terre, ici ou là, hier et aujourd’hui,
n’a jamais pu répondre à une question pareille.
Et pour cause : pour nous dire ce qu’est «l’au-delà»,
nul ne peut en parler en n’étant qu’un homme d’ici-bas.


C’est dire la grâce insigne que nous avons
avec la lumière de la Révélation chrétienne !
Avec la descente jusqu’à nous de celui qui vient d’en haut :
le Christ Jésus, le Fils de Dieu qui s’est fait homme,
pour faire de nous de vrais enfants de Dieu (Rm 9,14-17 ; Jn 1,11 ; 1 Jn 3,1-3).
Nous ne pouvons oublier cet aveu fait de nuit à Nicodème :
Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel,
le Fils de l’homme qui est au ciel (Jn 3,13).


Or, voici qu’en ce jour, ce même Jésus (Ac 1,11)
nous parle de ce qu’il nomme lui-même son retour ou sa venue
et que la liturgie appelle magnifiquement : son Avènement .
Et c’est l’admirable parabole, qui vient d’être chantée,
des dix vierges allant à la rencontre de l’Époux.
C’est-à-dire de l’entrée de l’Église dans le Royaume des cieux
et de l’invitation faite à toute l’humanité
de s’unir un jour, et pour toujours, à la Divinité !


Alors il en sera du Royaume des cieux
comme de ces dix vierges qui s’en allèrent
munies de leurs lampes, à la rencontre de l’Époux (Mt 25,1).
Quelle lumière d’aube éternelle, au crépuscule de cette vie mortelle !
Nous connaissons bien la symbolique de cette parabole
qui reprend les thèmes de l’alliance d’amour
que Dieu veut établir avec les hommes.
Elle traverse toute l’Écriture et vingt siècles de christianisme
y ont puisé la sève de toute une richesse mystique.


Dieu nous aime plus encore que nous ne saurions le penser ;
et, en Jésus Christ, il s’est vraiment fait notre Époux
qui veut tellement s’unir à nous qu’il s’est fait semblable à nous
afin que nous demeurions en lui
comme lui-même demeure en nous (Jn 6,51-58).
Nous avons toute la vie pour nous approcher peu à peu,
de cette sublime vérité. De cette vérité de l’amour du Christ
qui surpasse toute connaissance (Ep 3,19) ;
et toute l’éternité pour la goûter dans l’allégresse.


Si nous croyons vraiment à l’affirmation
d’une telle promesse de bonheur en plénitude (Jn 1,16 ; Col 2,9)
(et pourquoi n’y croirions-nous pas, quand celui qui la pose,
est allé jusqu’à mourir d’amour pour nous
avant de ressusciter pour nous partager sa gloire ? Jn 17,22-24),
la grande question qui devient la nôtre est simplement celle-ci :
comment faire pour nous y préparer ?


Jésus nous fait, sans l’ombre d’une démagogie,
une seule réponse, dont la simplicité
n’a d’égale que l’exigence :
Il faut garder sa lampe allumée !
Si tel est le cas, l’entrée est assurée dans la salle des noces.
Sinon… le Seigneur ne nous cache pas le risque
d’une porte claquée sur les ténèbres extérieures (Mt 25,13) !
Qu’est-ce donc que tenir sa lampe allumée ?


Jésus lui-même nous enseigne que c’est tout d’abord
avancer à la lumière de la foi, puisqu’il nous dit
que celui qui croira et sera baptisé sera sauvé (Mc 16,16).
La foi ancre, éclaire et dynamise notre vie.
Elle nous donne de tenir et de marcher à sa suite.
Croyez en la lumière et vous deviendrez fils de lumière (Jn 12,36 ; Ep 5,8).


La foi nous permet de rester unis au Seigneur ;
d’adhérer à lui sans le voir ni l’entendre ;
de sentir sa présence par-delà le silence et l’absence
de ce Dieu qui n’est cependant muet et caché
que pour mieux nous inviter à le chercher,
et nous donner la joie et la fierté de le trouver.
Plus encore avec le cœur que par la seule force de la raison.
La foi devient alors littéralement,
une lampe pour nos pas, une lumière pour notre route ;
car elle est toute nourrie de Celui qui est la voie, la vérité et la vie (Jn 14,6).
Quand viendra l’Époux, au milieu de la nuit,
comment ne pas reconnaître sa voix si nous avons vécu
toute la vie à l’écoute de sa Parole ?


Nous avons bien entendu la proclamation de saint Paul tout à l’heure :
Puisque, nous le croyons, Jésus est mort et ressuscité,
de même ceux qui se sont endormis en Jésus,
Dieu les amènera avec lui.
Et l’Apôtre continue : Au signal donné par la voix de l’archange,
à l’appel de Dieu — le fameux cri dont parle Jésus dans l’Évangile —,
le Seigneur lui-même descendra du ciel…
et nous serons emportés à la rencontre de Dieu.
Ainsi, conclut-il, nous serons pour toujours avec le Seigneur (1 Th 4,14-18).


Comment ne pas vouloir cheminer toute la vie
avec la lampe de la foi, pour goûter la joie d’une telle rencontre !


Pour marcher vers lui cependant, la foi ne suffit pas.
Elle passe en effet souvent, comme saint Jean de la Croix l’enseigne,
à travers «la triple nuit» des sens, de l’intelligence et de l’esprit.
Dieu est tellement saint, très haut et grand
qu’il faut sans cesse aller plus profond, plus loin et encore au-delà.
«Garde-toi de l’esprit de découragement,
dit saint Seraphim de Sarov, car tout mal vient de là.»
C’est ici que l’espérance prend le relais de la foi.


Car voilà justement, comme dit la parabole de l’Évangile,
que l’Époux tarde à venir. La nuit dure. Il se tait.
On pourrait dire qu’il «se cache» !
Et c’est lui qui, à l’évidence, a choisi de se faire attendre.
Ce ne peut être pour nous punir ou parce qu’il nous oublie.
Alors, pourquoi tarde-t-il ?


Essentiellement pour nous provoquer à l’espérance.
Car notre salut est objet d’espérance ;
et voir ce qu’on espère, ce n’est plus l’espérer.
Ce qu’on voit, comment pourrait-on l’espérer encore ?
Mais espérer ce que nous ne voyons pas,
c’est l’attendre avec constance (Rm 8,24-25).


Qu’attendons-nous avec constance
que nous ne voyons pas encore, mais que nous espérons ?
Le retour du Christ qui sera comme la venue de l’Époux.
Frères et sœurs, Dieu nous a donné la durée de toute une vie
pour que nous puissions nous préparer, au long des jours (Sg 6,14-16),
au bonheur de cette rencontre, en tenant à la main,
la petite flamme inextinguible de la Sainte Espérance.
N’est-elle pas en effet une vertu, c’est-à-dire une force théologale ?
Alors, si notre âme compte sur le Seigneur,
plus qu’un veilleur n’attend l’aurore (Ps 130,6),
comment ne pas nous réjouir sans cesse à la pensée de son Retour (Ap 22,20) ?


Disons, pour finir et aller jusqu’au bout de la parabole,
que cette lampe allumée qui va pouvoir nous permettre
de prendre part au festin du Royaume de cieux,
c’est encore et par-dessus tout la lampe de la charité.
Seule compte la foi, oui, et éclairée par l’espérance ;
mais est-il écrit : s’exerçant dans la charité (Ga 5,6).
Au seuil du Paradis, Jésus nous l’a dit clairement :
c’est sur l’amour que nous serons jugés (Mt 25,31-46).


Qui plus est, la parabole qu’il nous rapporte aujourd’hui,
est bel et bien une histoire d’amour
puisque c’est celle des noces éternelles.
Or on ne peut répondre à l’amour autrement que par amour.
Elle est donc là aussi, cette huile de nos lampes
sans laquelle nous ne pourrions pas entrer.
Cette «vive flamme d’amour» qui nous permettra
de venir nous asseoir à la table du Dieu de toute tendresse (Ex 34,6).


Nous savons, écrit saint Jean, que nous sommes passés de la mort à la vie
parce que nous aimons nos frères (1 Jn 3,14).
Et il continue :
Puisque l’amour est de Dieu, quiconque aime Dieu
est né de Dieu et connaît Dieu. Et il précise encore :
Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu
car Dieu est amour (4,7-8).


On comprend la réponse du Seigneur, aux cinq vierges
assez folles pour se présenter sans amour,
à la porte du royaume de tout amour,
malgré leur fervent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! :
Amen, je vous le dis, je ne vous connais pas !


Frères et sœurs, quand, au soir de notre existence,
nous entendrons, dans la nuit où nous nous serons endormis,
le cri : Voici l’Époux qui vient, allez à sa rencontre !,
puissions-nous nous relever en voyant, près de nous,
pour avoir su croire, espérer et aimer ici-bas,
la petite lampe toujours allumée à nos côtés.
Veuille alors le Seigneur nous donner en échange
de cette petite flamme de foi, d’espérance et d’amour,
comme promis, l’étoile radieuse du matin (2 P 1,19 ; Ap 22,9).
Pour entrer avec elle dans le Royaume de sa gloire.
 

Méditer la Parole

6 novembre 2005

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Sagesse 6, 12-16

Psaume 62

1 Thessaloniciens 4, 13-18

Matthieu 25,1-13

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