7e Dimanche du temps pascal - B 

Dans le monde sans être du monde 

«Père, je ne prie pas pour que tu les retires du monde,


mais pour que tu les gardes du Mauvais.»


À l’heure de son ultime combat dans ce monde,
Jésus a prié pour ses disciples,
pour ceux qui ont reçu sa parole
et qui seront témoins de sa Résurrection.
Jésus a prié pour nous qui avons cru
au témoignage de foi de ceux
qu’il a envoyés dans le monde.
Dieu ne s’est pas retiré du monde
après l’Ascension de son Fils.
Il demeure dans le monde
et plus encore dans l’homme
qu’il a  «créé à son image
et comme à sa ressemblance». (Gn 1,26)
Dieu sera dans le monde tant qu’il y aura
des hommes qui gardent sa Parole de vérité
et qui confessent son nom.
Dieu ne retire donc pas ses disciples du monde.
Au contraire, il les y envoie en messagers de la Bonne Nouvelle,
en témoins du Christ vivant, présent avec eux
tous les jours jusqu’à la fin du monde.
Le monde est donc le lieu de la Révélation de Dieu.
C’est dans le monde qu’il s’est incarné en Jésus-Christ,
qu’il a souffert sa Passion
donnant sa vie pour le salut du monde.
Le monde a changé de visage
depuis que la croix du Christ y a été plantée.
Désormais le monde converge
vers Celui qu’on a transpercé.
Même si des voiles cachent cette croix ignominieuse,
même si des ténèbres veulent s’emparer
de la lumière véritable,
même si des nourritures éphémères veulent
étouffer le désir du Pain de Vie,
Dieu est là au cœur du monde,
menant le monde à son achèvement.
Dieu n’appartient pas au monde
mais il est le Sauveur du monde.
Lui qui maintient l’univers par sa Parole,
il tient le monde, et chacune de nos vies, dans sa main.
Le monde peut s’éloigner de lui, l’ignorer, le bafouer,
son amour pour le monde ne faiblira pas.
Car Dieu a tant aimé le monde
qu’en son Fils Jésus, il s’est livré pour lui.
La croix sauvera le monde.
Dieu ne reprend pas sa promesse.

Si nous sommes donc appelés par Jésus lui-même
à vivre dans la réalité du monde
pour y demeurer en sa présence,
Jésus rajoute que ses disciples
ne sont pourtant pas du monde.
Ils n’appartiennent pas à ce monde dont la figure passe.
«Si nous sommes de Dieu,
nous ne pouvons être en même temps du monde».
(cf. Livre de Vie n° 137)

Saint Jean précise : «Si quelqu’un aime le monde,
l’amour du Père n’est pas en lui.
Car le monde tout entier gît au pouvoir du Mauvais» (1 Jn 2,15).
Il faut donc suivre le conseil de l’apôtre Paul :
«User du monde comme n’en usant pas» (1Co 7,31).
Suivre le Christ nous oblige à une nécessaire rupture
avec l’esprit du monde,
quitte à subir l’incompréhension et le rejet.
«Si vous étiez du monde, dit Jésus,
le monde vous aimerait bien.
Mais parce que vous n’êtes pas du monde,
puisque mon choix vous a tirés du monde,
le monde vous hait.
Rappelez-vous la parole que je vous ai dite :
le serviteur n’est pas au-dessus de son maître» (Jn 15,19-20).
Le disciple du Christ cherche donc à fuir l’esprit du monde
mais en vivant pleinement dans la réalité du monde,
à se garder du monde mais sans s’en couper.
(Livre de Vie n° 138)
 
«Au contraire, dit l’Apôtre Paul, agissez en tout
sans murmure ni contestation
afin de vous rendre irréprochables et purs
au sein d’une génération dévoyée et pervertie,
d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière
en lui présentant la parole de vie» (Ph 2,15-16).
Etre tout à Dieu ne veut pas dire fuir les hommes
mais plutôt ouvrir son cœur au divin Maître.
Les disciples du Christ vivent la vie ordinaire
des hommes mais autrement,
c’est-à-dire en se laissant mener
par l’Esprit de Dieu et non par celui du monde.
Le projet de Dieu, c’est que le monde créé tout entier
devienne lieu d’amour et de vérité.
Les croyants coopèrent à cette lente transformation du monde.
Ils y travaillent de l’intérieur
en mettant de l’amour là où il y a la haine,
en mettant le pardon là où il y a l’offense,
en mettant la communion là où il y a la discorde,
en vivant selon les mœurs du Royaume
et non selon les conduites du monde.
Il ne s’agit donc pas de mépriser le monde,
notre vie quotidienne, les gens que nous rencontrons,
les soucis matériels, l’argent et toutes les réalités humaines.
Il s’agit au contraire d’habiter ce monde
pour le transformer de l’intérieur.
C’est l’amour et non la haine
qui nous distinguera du monde.
La manière la plus juste de vivre dans le monde,
c’est de le rejoindre en Dieu.
Car au cœur de Dieu qui a créé,
racheté et tant aimé le monde,
nous retrouvons l’univers tout entier.
On ne saurait donc être davantage
présent au monde qu’en vivant constamment
en présence du créateur du monde,
dit notre Livre de Vie (n° 140).
Au cœur de Dieu, on vit au cœur du monde
et au cœur du monde, on peut vivre au cœur de Dieu.

En plein monde, notre mission
est donc d’annoncer l’Évangile
au nom de l’amour de Dieu.
Il y a, pour chacun et chacune d’entre nous,
un petit coin du monde où nous avons à être,
simplement, au nom de l’amour,
la lampe qui brille,
le sel qui donne sens et goût,
la parole qui éclaire,
l’exemple qui parle.

«De même que tu m’as envoyé dans le monde,
moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux, je me sanctifie moi-même,
afin qu’ils soient, eux aussi,
sanctifiés dans la vérité.» (Jn 17,19)
Nous qui avons la liberté et la possibilité
de lire, d’écouter, de méditer, de partager cet Évangile,
nous ne pouvons pas enfouir la grâce
qui nous est ainsi faite !
«On n’enchaîne pas la parole de Dieu !»
À nous de ne pas la laisser sous le boisseau (Mt 5,15).
Sanctifiés, consacrés dans la vérité,
nous sommes appelés à participer à la sainteté de Dieu.
C’est la Parole de Dieu qui nous rend saints
car elle libère l’amour en nos cœurs,
elle nous garde dans l’unité,
et nous donne en partage la joie.
 

«Maintenant, Père, que je viens à toi, je parle ainsi
dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie,
et qu’ils en soient comblés». (Jn 17,12)
Seigneur, donne-nous toujours cette joie-là !
Qu’en vivant au cœur du monde,
nous vivions pleinement en toi !

Méditer la Parole

13 mai 2018

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 1,15-26

Psaume 102

1 Jean 4,11-16

Jean 17,11-19