Solennité de la Pentecôte 

La Pentecôte aujourd'hui 

Frères et sœurs, nous venons d’entendre 
le récit de la Pentecôte rapporté par saint Luc
dans les Actes des Apôtres
et qu’est-ce que cela change pour nous ?
Gardons-nous ce récit dans notre mémoire
comme une pièce de musée
ou sommes-nous prêts à nous laisser transformer par lui ?
Croyons-nous que la Pentecôte est achevée depuis 2000 ans ?
Non, ce récit continue aujourd’hui.
Le Cénacle est toujours ouvert.
À nous aujourd’hui de faire l’expérience de l’Esprit Saint.

«Quand arriva le jour de la Pentecôte,
au terme des cinquante jours après Pâques,
ils se trouvaient réunis tous ensemble.»
Pour nous aujourd’hui, c’est la même réalité temporelle
– 50 jours après Pâques – et la même réalité spatiale :
nous voici tous réunis ensemble.
Mais vous allez me dire : oui, mais…
je n’entends ni coup de vent et ne vois ni langues de feu.
Mais que signifiaient ces signes pour les disciples
et tous les croyants au Dieu d’Abraham qui se trouvaient là ?
Le vent et le feu, ils savaient à quoi cela les renvoyait :
à la manifestation de Dieu à Moïse sur le mont Sinaï.
Dans le feu du Buisson ardent,
Dieu s’est révélé comme Celui qui est.
Au sein de la nuée, Dieu est apparu
comme une flamme dévorante.
Au Cénacle, ces mêmes signes disent la même réalité :
Dieu est là ! Dieu descend au milieu de son peuple.
Ce qui est essentiel pour nous aujourd’hui,
ce ne sont pas les signes mais la réalité.
Réunis au nom de Jésus, Dieu est là au milieu de nous.
La Pentecôte pour nous aujourd’hui,
c’est une mise en présence,
un plongeon en Dieu dans la foi.
Le croyons-nous vraiment ?
Oui, Dieu est là pour chacun de nous aujourd’hui,
personnellement, comme ces langues de feu
sur chacun des Apôtres.
«Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole,
mon Père l’aimera et nous viendrons chez lui
et nous ferons chez lui notre demeure» (Jn 14,23).
Ce que nous lisons dans la Parole de Dieu
arrive pour nous aujourd’hui.
Le récit de la Pentecôte se transforme
en présence de Dieu si la foi brûle notre cœur.
Oui, viens, Esprit Saint, hôte très doux de notre âme,
viens souffler sur ce qui est mort en nous,
réchauffe ce qui est froid, assouplis ce qui est raide,
réveille ce qui est endormi.
Viens, Esprit Saint, bienveillant consolateur,
tendresse du Père, pénètre nos cœurs.

«Tous furent remplis d’Esprit Saint», continue notre récit.
C’est une expérience transformante.
Les Apôtres deviennent des êtres nouveaux,
éblouis de la gloire de Dieu, pleins de zèle.
Accueillir Dieu dans sa vie,
c’est se laisser transformer par son amour.
«L’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs
par l’Esprit Saint qui nous a été donné»,
dit l’apôtre Paul (Rm 5,5).
C’est cela la Pentecôte,
faire l’expérience transformante de l’amour du Père.
Les Apôtres sont immergés dans ce feu, dans cet amour.
C’est l’accomplissement de tous les desseins de Dieu.
Dieu nous rend participants de sa nature divine
qui n’est qu’amour.
Jésus est venu jeter un feu sur la terre ;
c’est le feu de l’amour.
Ce n’est pas un sentiment.
C’est un principe dynamique.
Se laisser remplir du Saint-Esprit,
c’est se laisser mouvoir par la force de vie
qui attire le Fils vers le Père et le Père vers le Fils.
Les Apôtres sont changés car à l’intérieur d’eux-mêmes
une force les attire vers la vie, le bien, le bon, le vrai.
Ils font l’expérience que le Christ ressuscité,
qu’ils ont vu remonter aux cieux,
est désormais vivant en eux.
La peur tombe, les portes du Cénacle s’ouvrent
et ils annoncent que le Christ est mort et qu’il est ressuscité.
Cette victoire du Christ sur la mort
devient une expérience intérieure
qui terrasse les peurs, les doutes, les tristesses.
La vie dans le Saint-Esprit,
c’est l’acquiescement à la victoire du Christ
mort et ressuscité dans notre propre vie.
C’est la participation à cette victoire
qui nous donne de croire à un salut toujours possible.
L’espérance s’ouvre alors devant nous
jusque dans l’au-delà de la mort
qui n’est pas un anéantissement
mais un accomplissement de ce que nous sommes
par notre glorification en Dieu.
Oui, viens, Esprit Saint, nous mettre en mouvement
de la mort à la vie, de l’Ancien Testament
au Nouveau Testament, de la loi ancienne
à l’Esprit de Jésus ressuscité.

«Tous, nous les entendons parler dans nos langues
des merveilles de Dieu», continue notre récit.
L’Esprit Saint transforme les Apôtres en témoins.
Et si chacun de nous rencontrait aujourd’hui
une personne pour lui dire le Christ est mort pour elle
et qu’il est vivant car il a vaincu la mort.
C’est cela qui apporterait
la paix dans les cœurs divisés
par les rivalités, les jalousies, les convoitises.
C’est cela qui répandrait l’espérance
dont le monde a tant besoin.
Le témoin ne se croit pas meilleur que les autres
mais il sait que la grâce de Dieu lui suffit,
que la force de Dieu se déploie dans sa faiblesse.
Comme les auditeurs qui comprennent
dans leur propre langue ce que disent les Apôtres,
tout homme peut se sentir rejoint par l’Évangile du Christ.
«Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile»
dit saint Paul.
Ce n’est pas un choix ;
C’est une manière de vivre
en demeurant connecté, relié au Christ vivant.

Aujourd’hui, nos frères Alban et Jozef choisissent
de relier toute leur vie, dans toutes ses dimensions
– corps, âme, esprit – à la vie de Jésus.
Leur profession monastique est une Pentecôte
qui va les transformer intérieurement.
Ils choisissent la vie dans l’Esprit
plutôt que la vie selon la chair.
Ce choix est une réponse à un appel
et la grâce de Dieu l’accompagne.
Mais il sera aussi un combat
pour choisir chaque jour de marcher
sous la conduite de l’Esprit.
Saint Paul en donne le fruit : amour, joie, paix,
patience, bonté, bienveillance, fidélité,
douceur et maîtrise de soi.
Qui ne désirerait pas un tel fruit dans sa vie ?
Nous tous, nous pouvons choisir de faire de l’Esprit Saint
notre ami et notre guide,
et recevoir ces fruits en abondance.
N’éteignons pas l’Esprit en nous !
Oui, viens, Esprit Saint, répandre ton onction sur nous,
donne-nous la force de te choisir, libère en nous tes dons,
fais de nous des témoins de ton amour
et de ta vie qui est éternelle.

Méditer la Parole

20 mai 2018

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

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