Fête du Christ Roi - A

Christ, roi et juge

L’année liturgique se clôture par la contemplation de Jésus,


Christ et Roi de l’Univers.


Et pour accompagner notre méditation, il nous est donné


d’entendre cet évangile dit du Jugement dernier.


L’accent est mis sur un des attributs du divin Roi :


il est juge.


Mais il ne faut pas limiter son jugement


à notre jugement terrestre sinon on appauvrirait


le mystère de la royauté du Christ.


On lui enlèverait toute sa singularité.


Oui, le Christ-Roi est juge,


mais pas n’importe quel juge.


Essayons de creuser ce que nous dit cette parabole


sur Celui qui «jugera les vivants et les morts»


et dont «le règne n’aura pas de fin»,


comme nous le confessons dans le Credo.



La première remarque est d’ordre temporel.


L’Évangile se situe d’emblée à l’heure ultime


du face-à-face entre Dieu et l’homme


La royauté de Jésus transcende donc le temps.


Elle «n’est pas de ce monde», comme Jésus le dira à Pilate.


Les rois de la terre sont des juges à échelle humaine.


Jésus, lui, est le juge suprême,


lui «par qui tout a été fait et par qui, sans lui, rien ne fut» (Jn 1,3).


Il est «l’alpha et l’oméga, celui qui est, qui était et qui vient,
le Maître de tout
» (Ap 1,8).


Grande est donc la royauté de Jésus.



Mais plus encore, cette royauté est éternelle.


Car si Jésus est bien «Maître de tout»,


il est surtout devenu le Maître du pire ennemi qui soit,


le Maître de la puissance contre laquelle


aucun homme ne peut rien.


Et «ce dernier ennemi détruit, c’est la mort».


Nous l’avons entendu de la bouche de l’Apôtre Paul (1Co 15,26).


Par sa victoire sur la mort et sa Résurrection,


Jésus a étendu sa Royauté pour l’éternité.


Suivre un tel Roi, c’est marcher à la suite


de Celui qui est «la Résurrection et la Vie» (Jn 11,25).


Son jugement est un jugement de vie puisque la mort est morte.


Il est communion à sa vie divine.



Non seulement la Royauté du Christ est grande et éternelle,


mais plus encore elle est universelle.


Ceux qui sont en effet présents devant ce juge


ne sont pas uniquement ceux


qui «ont suivi l’Agneau partout où il va» (Ap 14,4).


Ce sont les hommes de toutes les nations


qui sont ici rassemblés.


Que l’on ait ou non rencontré le Christ sur cette terre,


Chaque homme vivra au ciel cette rencontre ultime


avec «le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs».


Jésus est le juge de tous, croyants et incroyants.


Il est «la Porte des brebis» (Jn 10,7).


Tout homme meurt en Lui


et passe par Lui pour aller au Père.


Cette universalité de la royauté du Christ


nous invite ici-bas à élargir notre regard,


à ouvrir notre cœur, comme Jésus le fait.



Dans cette royauté universelle,


nous pouvons aussi mettre en lumière


la bonté de ce juge qui appelle à lui tous les hommes


car il «veut que tous les hommes soient sauvés» (1Tm 2,4).


Dans la parabole de ce jour,


Jésus se compare lui-même à un pasteur.


«J’irai moi-même à la recherche de mes brebis
et je veillerai sur elles
», annonçait déjà le Seigneur


à travers la prophétie d’Ezéchiel (Ez 34,16).


«Je suis le Bon Berger», reprend donc le Christ (Jn 10,11).


«Et moi, élevé de terre, j’attirerai tout à moi» (Jn 12,31).


Lui qui «fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants»,


Lui qui «ne fait acception de personne»,


dans sa bonté, il est descendu


pour rechercher la brebis perdue,


c’est-à-dire toute l’humanité


égarée par le péché, coupée de la Maison du Père.


«Dieu n’a pas envoyé son Fils pour condamner le monde,
mais pour que le monde soit sauvé
» (Jn 3,17).


Avant d’être un juge qui récompense les uns et rejette les autres,


ce Christ-Roi est un rassembleur,


et plus encore le «Sauveur du monde» (Jn 4,42).



Mais faisons encore un pas de plus.


Si Jésus est juge de toute l’humanité


d’hier, d’aujourd’hui et de demain,


quel est-il son jugement ?


Remarquez que le juge, dans la parabole,


n’interroge pas les hommes sur la foi ou la morale évangélique.


Il les juge, oui,


mais il ne les juge que sur l’amour.


Chacun porte en lui une capacité à aimer :


Mais qu’as-tu donc fait de ce talent ?


Et chacun est digne d’être aimé :


Mais qu’as-tu fait du pardon de ton frère ?


Ce Roi nous appelle à être les pierres vivantes


de son Royaume d’amour.


C’est un mystère de nuptialité qui est célébré.


«Là où est l’amour, là est Dieu» (1 Jn 4,7).


Si tout passe, «l’amour, lui, ne passera jamais» (1 Co 13,8).


Lui seul est capable de tous nous rassembler.



Mais qu’a-t-il fait ce Juge pour se permettre


de nous juger sur l’amour ?


Tout simplement, il nous a aimés le premier.


Avant d’être Roi, Jésus s’est fait serviteur aimant.


Avant d’être juge de notre amour,


il nous a laissé un modèle en donnant sa vie par amour.


Il a aimé «jusqu’à la fin»,


et même «jusqu’à l’extrême» (Jn 13,1),


ceux qui avaient faim et soif,


ceux qui étaient nus et étrangers,


malades et prisonniers.


Il nous a tous nourris de son Corps


et abreuvés de son Sang.


Il nous a revêtus de sa grâce


en faisant de nous des hommes nouveaux.


Nous qui étions étrangers sur cette terre,


il nous a conduits vers son Église


pour faire de nous un seul peuple.


Il a guéri nos âmes malades


et libéré nos vies emprisonnées (Lc 4,18 ; Mt 11,5).


Qui donc, frères et sœurs, a aimé les hommes,


tous les hommes, sur cette terre,


sinon Lui et Lui seul ?



Mais il a fait davantage encore.


Il est allé au plus bas.


Oui, pour nous, il a eu faim et soif.


Il a été rejeté comme un étranger,


mis à nu comme un esclave.


Il s’est chargé de la lèpre de nos péchés


et Il s’est laissé emprisonner.


«Voici l’homme ! – Voici votre roi !» (Jn 19,5-14)


Le Très-Haut est devenu le Très-Bas.



Finalement, qui est le juge véritable


sinon Jésus-Christ qui nous a rejoints


au plus bas dans notre humanité ?


Mieux que quiconque il nous connaît.


Il ne contraint personne à aimer… mais qui peut se résoudre,


devant la fécondité infinie de cet amour ainsi révélé,


à ne pas aimer son frère ?


Heureux serons-nous si le Christ-Roi


nous accueille dans son Royaume avec cette parole :


«Venez les bénis de mon Père.
Recevez en héritage le Royaume
qui a été préparé pour vous
depuis la fondation du monde
» (Mt 25,34).



Méditer la Parole

20 novembre 2011

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Ezchiel 34,11-17

Psaume 22

1 Corinthiens 15,20-28

Matthieu 25,31-46