14e dimanche du Temps Ordinaire - B

La Parole de Dieu résonne aujourd’hui comme un envoi :
«Fils d’homme, je t’envoie…» (Ez 2,2).
Comme une irruption de la Parole de Dieu
qui s’adresse à chacun de nous personnellement :
«Je t’envoie…» (Ez 2,2)

À qui était envoyé Ézéchiel ? À qui sommes-nous envoyés ?
«Ce n’est pas à des peuples nombreux, au parler obscur et à la langue difficile,
dont tu ne comprendrais pas les paroles, que tu es envoyé» (Ez 3,5-6).
Paradoxalement… «si je t’envoyais vers eux, (eux) ils t’écouteraient !» (Ez 3,6)
Non… je t’envoie vers ceux qui te sont proches, que tu fréquentes au quotidien.

Et comment vivre cet envoi ?
La réponse du Seigneur est claire, et tellement belle :
«Fils d’homme, toutes les paroles que je te dirai, reçois-les dans ton cœur,
écoute de toutes tes oreilles» (Ez 3,10).
Il nous faudra écouter «de toutes nos oreilles»
ce que le Seigneur nous demandera de dire.

Aie le courage d’être prophète, nous dit donc le Seigneur aujourd’hui.
Mais… ce n’est pas mon métier, ce n’est pas ma formation…
Oui, mais c’est ton appel.
C’est inscrit dans ton baptême !

Aujourd’hui, le Seigneur veut faire de nous des porteurs de Sa Parole.
Pour Ézéchiel, ce n’étaient pas des paroles bien agréables à dire :
La Parole, qu’il dut littéralement avaler, était remplie
«de lamentations, de plaintes et de clameurs» (cf. Ez 2,10).
De fait, la Parole de Dieu est toujours une Parole qui surprend, qui déconcerte,
une parole qui nous détrône…

Alors, quelle sera la parole que nous, nous aurons à dire ?
La Parole que tu ES,
le message de Dieu que tu ES.
Il s’agit d’aller chercher le plus vrai de nous-mêmes.
Ne pas nous en tenir à ce qui nous rassure ou ce qui rassure et plait aux autres.
Dépasser l’image négative que nous avons de nous-mêmes.
Aller au-delà de nos petites ambitions.
Et trouver – retrouver – la perle précieuse du Royaume qui est notre être profond.
Laisser jaillir la vérité de notre être.

Tout cela, c’est un chemin, le chemin de notre conversion.
Parce que la vraie conversion, ce n’est pas de devenir un autre,
mais de devenir fidèles à ce que nous sommes.

Ce n’est pas un chemin facile,
et c’est bien ce que Paul nous fait comprendre dans la deuxième lecture,
où il nous livre un témoignage très personnel.

Dans sa vie, dans son travail, dans ses relations, dans son ministère,
Paul se retrouve face à une grosse difficulté.
Un combat intérieur,
une bataille intérieure à même son humanité.

Il parle littéralement d’un messager de Satan qui l’agresse,
qui le frappe violemment.
Cela le fragilise, au point que par trois fois,
il a demandé au Seigneur d’en être libéré.
Pas pour être tranquille, mais pour pouvoir assumer sa vocation.

Qui d’entre nous n’a pas un - ou plusieurs - combats intérieurs cachés?
Ces lieux de fragilité, de honte,
que l’on ose à peine avouer à un confesseur ou à un ami très cher…
Un souvenir honteux qui revient violemment à la mémoire.
Des pensées sensuelles ou vaniteuses qui nous agressent.
Des bouffées de haine ou de révolte…
Des pensées de mort.
Toutes ces expériences de notre fragilité nous déstabilisent.
Elles nous mènent à croire que nous n’y arriverons jamais.
Et Satan, le grand spécialiste des fake news, cherche à nous convaincre
qu’il vaut mieux renoncer à aimer, renoncer à donner sa vie,
renoncer à la vie conjugale ou à la vie consacrée…
alors que c’est à nous-mêmes qu’il faut renoncer,
en nous ouvrant à la vraie news, à La Bonne Nouvelle, celle que Paul a entendu :
«Ma grâce te suffit,
car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse» (2 Co 12,9).

Notre faiblesse ne met pas en danger notre vie, notre vocation.
Au contraire, elle nous permet de nous ouvrir à la Puissance de Dieu.
Elle nous met à genoux, mais à genoux devant Dieu,
pour nous laisser revêtir de Sa force, de la puissance de Son amour.
Et parce que nous nous laissons revêtir de la Miséricorde divine,
nous pouvons être nous-mêmes !
Tant que nous portons un autre vêtement que la Miséricorde divine,
c’est impossible d’être vrais devant nous-mêmes et devant les autres.
Voila, oui, l’enjeu : nous ouvrir à la Miséricorde divine.
C’est-à-dire : faire vraiment de la place à Jésus en nous et entre nous.

Mais quelle place faisons-nous à Jésus ?
Ici, l’Évangile de ce jour va beaucoup nous aider.

Jésus vient dans Sa patrie.
En lisant ce titre, on se dit : «Magnifique : le fils du pays revient !»
On s’attend à la fête… et c’est le contraire.
Lisez l’Évangile de Luc… cela se termine très mal, avec une tentative d’assassinat.

Pourquoi ?
Parce que… Jésus charpentier ? Oui !
Jésus, fils de Marie que nous connaissons bien ? Oui !
Jésus qui a grandi avec ses cousins et cousines que nous connaissons? Oui !
Mais Jésus qui déploie une sagesse inattendue et qui guérit des malades ? Non !

Oui au Jésus que je connais et dont je peux deviner ce qu’il fera !
Non au Jésus qui parle d’une sagesse de la Croix et dont je ne sais pas ce qu’il va faire !

Je veux le Jésus que je connais…
Je veux l’Église que j’ai toujours connue…
Je veux la communauté que j’ai toujours connue…

Jésus qualifie cela d’«a-pistia», de non-confiance,
d’un refus intérieur de mettre notre confiance en Lui.
Jésus n’a pas de place dans notre cœur…
Il en a seulement un peu dans notre tête!

C’est étonnant mais il vaut mieux ressembler aux villes païennes de Tyr et de Sidon,
Que ressembler à la ville de Nazareth !
Mieux vaut une ville païenne qu’une ville qui ferme son cœur à Jésus.

Il faut passer par le moment douloureux où nous disons :
«En réalité, je ne connais pas bien Jésus…
C’est vrai : ma foi est figée…»

Il y a une in-connaissance qui est saine parce qu’elle est humble.
Et si elle nous mène à dire à Jésus ; « révèle-moi qui tu es »,
alors c’est un véritable naissance!
Mieux… nous demeurons dans cet état de naissance continuelle,
personnellement et ensemble.

Il ne s’agit pas de douter,
il s’agit d’être humbles dans notre foi.

Il y a une expérience de la fragilité de notre être qui est bonne,
et qui peut aller jusqu’au cri :
«Pourquoi m’as-tu abandonné ?»
«Pourquoi m’as-tu abandonné à cette vulnérabilité si profonde en moi ?»

C’est là que se noue la communion la plus profonde avec Jésus,
dans son abandon, dans sa mort et dans sa résurrection.
C’est là que nous naissons à la vraie Parole de Dieu que nous sommes.

Il faut passer par le désert.
Il faut y passer souvent.
Vider la petite maison de notre âme,
La vider même de nos convictions.
Par amour.
Pour nous faire tout accueil à Dieu et aux autres.
C’est comme cela que l’on se met à aimer et à nous laisser aimer
comme Jésus nous a aimés…
Et c’est alors que notre vie devient prophétie.

Il n’y a pas de plus grande prophétie ici-bas que celle de l’amour.
Là où il y a l’amour, là est Dieu.
Là où il y a l’amour réciproque comme Jésus nous a aimés,
là Dieu se dit pleinement.

Seigneur, reçois notre vie !
Reçois et bénis notre fragilité :
Reçois et bénis ce qui fait que nous pouvons être rompus comme une hostie !
Et que notre vie brisée par ton amour dise au monde ta tendresse et ta fidélité.

Méditer la Parole

8 juillet 2018

Saint-Gervais, Paris

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Ez 2,2-5

Psaume 122,1-4

2 Corinthiens 12,7-10

Marc 6,1-6