15e dimanche du Temps Ordinaire - B 

L'évangélisation : mode d'emploi ou plutôt manière d'être

Jésus vient d’enseigner à la synagogue de Capharnaüm. 
Alors qu’il est en route avec ses disciples, «il appelle à lui les Douze
et il commença à les envoyer deux par deux en mission».
C’est le commencement de l’évangélisation au-delà de la personne du Christ,
c’est le commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu agissant à travers ses apôtres.
De commencement en commencement, cet évangile nous a rejoints aujourd’hui
et il nous engage, il nous envoie à notre tour !
Alors frères et sœurs, que devons-nous faire ?
Comment vivre cette mission dans la ville ?
Comment allez-vous vivre l’évangélisation durant cet été 2018 ?
Loin d’être une technique de communication,
la mission, l’évangélisation procède du cœur et elle nous conduit avec le Christ à la rencontre du frère.
Dans ce mouvement Jésus nous accompagne, il nous guide, il nous précède par sa manière d’être.
Loin de nous dire ce qu’il faut faire, il nous révèle des attitudes intérieures, il nous montre des manières extérieures faites de pauvreté et de simplicité.

Évangéliser, c’est vivre un combat spirituel, c’est commencer par suivre le Christ au désert.
En envoyant les Douze deux par deux,

«Jésus leur donna autorité sur les esprits impurs». Pour la première mission,
Jésus ne commence pas par une consigne de communication ou une quelconque méthode d’évangélisation,
il commence par déposer sa propre autorité dans le cœur des Douze.
En quelque sorte, il a déposé dans leur cœur sa propre expérience du désert et des tentations,
sa manière unique d’affronter le Mal et de vaincre les esprits impurs.
Pour évangéliser, frères et sœurs, il faut passer par le désert.
Non pas le désert géographique, mais le désert spirituel.
Non pas un désert extérieur, mais un désert intérieur
qui commence souvent par notre propre cœur.
Le combat spirituel commence dans nos lieux d’athéisme, dans nos passions, nos déviances où le mal s’insinue silencieusement mais réellement.
Vivre le combat spirituel, c’est faire l’expérience de Dieu et de son salut, c’est vivre dans la force de l’Esprit Saint au cœur d’un désert.
Ainsi la mission commence avec notre propre conversion,
elle commence par cette grâce de l’Esprit, cette expérience de miséricorde qui purifie et fortifie l’homme intérieur.
Comme le dira Charles de Foucauld,
«il faut passer par le désert, et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu».
Comme l’expérimentera frère Pierre-Marie, fondateur de nos Fraternités,
il faut passer par le désert pour y recevoir la grâce de l’évangélisation et la force de la mission.
La première évangélisation est celle de notre cœur. C’est là que le Christ veut régner pour pouvoir ensuite nous envoyer pour évangéliser.

Évangéliser, c’est ensuite vivre en pèlerin, c’est vivre un exode de simplicité et de pauvreté, c’est suivre le Christ en chemin.
Après avoir déposé son autorité dans les cœurs, Jésus délivre une prescription : «ne rien prendre pour la route ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans la ceinture». Chaussé de sandale et muni d’un bâton, le missionnaire est un pèlerin,
il est engagé dans un exode de simplicité, il sait qu’il ne pourra s’installer.
Pour durer il devra apprendre à marcher ; les consignes sont claires :
Pas de pain, car c’est le Seigneur qui pourvoira et qui le nourrira
Pas de sac, car c’est le Seigneur qui portera et le supportera dans l’épreuve
Pas de pièce de monnaie, car c’est le Seigneur qui le rachètera dans ses erreurs ou son péché.
Pas de tunique de rechange, car c’est le Seigneur qui le revêtira dans sa fragilité ou sa nudité.
Chaussé de sandales, l’apôtre se souvient qu’il a été libéré. Muni d’un bâton, il sait sur qui s’appuyer, il sait en qui se confier. Entre la mémoire du salut et la prophétie de sa liberté, le missionnaire est un homme en chemin, un homme de la grâce présente, un homme qui avance au rythme de l’Esprit.
La mission n’est pas un état sédentaire ; c’est un chemin prophétique, c’est un appel divin qui saisit et qui envoie : «Je n’étais pas prophète ni fils de prophète, confesse Amos ; j’étais bouvier. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’».
Paul reprendra ce choix dans son hymne de bénédiction : «Dieu nous a choisis, chacun, dans le Christ avant la fondation du monde. En lui nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu».
En lui, nous sommes faits pèlerins, nous sommes faits frères et témoins pour tout un monde en chemin vers le Père.

Évangéliser, c’est enfin vivre en étranger, c’est vivre l’hospitalité et le témoignage.
Après les prescriptions, Jésus précise quelques modalités. Il évoque sa conception logistique pour la mission : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ ».
La première demeure du missionnaire, c’est celle de l’homme rencontré.
Par une proximité partagée, Jésus invite les Douze à découvrir une intériorité, une intimité. Vivre en étranger, c’est reconnaitre le monde intérieur qui vibre en l’autre,
c’est connaitre sa culture, acquérir son langage, écouter son histoire,
c’est partager ses émotions pour y discerner
les motions de l’Esprit dans sa vie et les semences du Verbe dans son cœur.
Pour déposer Dieu dans les cœurs,
pour installer la Trinité dans les familles et les communautés,
pour distiller les sentiments du Fils dans les relations,
l’apôtre doit commencer par rencontrer l’homme d’aujourd’hui.
Il ne doit pas d’abord donner, il doit surtout apprendre à recevoir,
il doit se laisser accueillir, il doit vivre en étranger.
L’espace de notre évangélisation, le lieu de notre mission, n’est pas d’abord dans la rue
mais il commence dans la demeure de l’homme rencontré, dans son cœur, dans cette petite maison de l’âme.
Dans cette intériorité ouverte et partagée, nous trouverons la mesure de notre don et les contours de notre évangélisation. Le cœur de l’homme, sa disponibilité, sa capacité à écouter et à nous accueillir nous indiqueront la route à suivre.
Loin de ramener l’autre à soi, l’évangélisation consistera à demeurer chez l’autre avec chasteté, à descendre avec lui avec humilité jusqu’à la porte de son cœur. Elle se vivra dans la pauvreté d’une hospitalité et la disponibilité d’un cœur ouvert.
Cette manière d’être, cette fragilité assumée sera pour le monde un témoignage. L’apôtre ne parlera pas d’abord en parole. Car ce que le monde attend aujourd’hui ce n’est pas tant un message ou une prédication, c’est davantage une expérience à partager, une rencontre à vivre dans la durée, dans l’intimité.

Ainsi le missionnaire, l’évangélisateur, n’est pas loin de nous, il est probablement en nous. Il n’est pas ce témoin hors du commun ! Ce missionnaire, c’est nous, c’est vous et moi, frères et sœurs, et comme le dit Paul : «Malheur à moi si je n’évangélise pas !»
Dès lors que vous vivez ce combat spirituel, ce pèlerinage ou cette rencontre hospitalière de l’assoiffé dans notre cité, vous devenez missionnaire, vous devenez ce que vous êtes : des envoyés, des apôtres de l’évangile. L’envoi du Christ n’est pas pour demain et réservé à certains, il est pour aujourd’hui et demandé à tous !

Seigneur,
Toi le Christ, le Fils de Dieu, donne-nous ta grâce, accorde-nous de passer par le désert pour y recueillir la grâce de notre évangélisation.
Toi le Pèlerin, apprends-nous à marcher dans la cité, apprends-nous à durer dans ce pèlerinage avec la ville ; garde-nous de nous installer mais viens toi-même nous entraîner dans cet exode vers Jérusalem.
Toi l’Étranger qui viens nous visiter, apprends-nous à vivre l’hospitalité. Donne-nous de rencontrer l’assoiffé, donne-nous de le regarder, de le visiter en vérité, donne-nous de l’aimer pour demeurer avec lui auprès de toi.

Méditer la Parole

15 juillet 2018

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles

 

Frère Charles

Lectures bibliques

Amos 7,12-15

Psaume 85

Ephsiens 1,3-14

Marc 6,7-13