Fête du Christ Roi de l'univers - B

À l’intérieur du prétoire, Pilate, le procurateur, fait face à Jésus et l’interroge : «Es-tu le roi des Juifs ?». La question restera sans réponse directe de la part de Jésus. Mais pourtant, à la croix, Pilate a tranché. Sur un écriteau, il a écrit au-dessus du condamné à la tête couronnée d’épines : «Jésus de Nazareth, le roi des Juifs» (Jn 19,19). Malgré son scepticisme, voire son cynisme, le magistrat romain scelle de l’autorité impériale l’intronisation royale du Messie crucifié : «Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit» (Jn 19,22). Entre la question de départ de Pilate et la réponse finale, un cheminement s’est fait sur la figure de ce Roi-Messie. «Qui est ce Roi, ce Roi de Gloire ?», chante le psalmiste (Ps 24,8). Essayons nous aussi de cheminer pour découvrir qui est ce Roi que nous magnifions en ce jour. Mettons-nous à l’écoute des Écritures.
 
Ce que nous pouvons noter tout d’abord, c’est que Jésus est refusé comme Roi par les Juifs eux-mêmes. Pourtant à cette époque, l’attente du Roi-Messie était ardente. Opprimé par l’envahisseur, le peuple aspirait à voir surgir en son sein le Libérateur, qui, avec ses combattants, chasserait les romains. Il y aura quelques tentatives de faire de Jésus un roi, comme à l’occasion de la multiplication des pains, mais Jésus refusera ce messianisme politique (Jn 6,15). Par la suite, lors de son entrée à Jérusalem, Jésus sera acclamé par la foule : «Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d’Israël» (Jn 12,13). Mais accomplissant la prophétie de Zacharie (Za 9,9-10), Jésus se présentera humblement sur le petit d’une ânesse contrastant par sa non-violence avec les souverains de ce monde. Jésus n’a pas répondu à l’attente du peuple et, comble du paradoxe, Jésus, refusé comme roi d’Israël, sera finalement accusé par le pouvoir religieux de prétentions monarchiques incompatibles avec la souveraineté impériale. On retrouvera le motif d’accusation dans les protestations de fidélité au pouvoir romain. «Quiconque se fait roi s’oppose à César» (Jn 19,12). «Nous n’avons pas d’autre roi que César», confesseront les grands prêtres (Jn 19,15). Eux-mêmes trahiront le Créateur en faisant allégeance à l’empereur.
 
Refusé comme roi par les Juifs, Jésus n’en sera pas moins reconnu comme tel par Pilate, un païen. «Es-tu le roi des Juifs ?». «Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’on dit à mon sujet ?». Jésus voit bien que Pilate ne s’engage pas sur une opinion personnelle mais ne fait que reprendre le motif d’accusation soufflé par les Juifs. Pilate convient de son ignorance en la matière : «Est-ce que je suis juif, moi ?». Peu après, Pilate reformulera sa question de départ : «Alors, tu es roi ?». Un déplacement s’est effectué. Du roi des Juifs, on est passé au roi tout court. Pilate, qui représente le monde païen, est prêt à reconnaître en Jésus une royauté d’ordre spirituel. «Ma royauté n’est pas de ce monde», vient de lui dire Jésus. Cette fois-ci, Pilate assume la responsabilité de son jugement et Jésus le confirme dans son opinion : «C’est toi-même qui dis que je suis roi» (Jn 18,37). Pilate reconnaît Jésus comme roi, tout comme les païens de Samarie avaient reconnu en Jésus «le Sauveur du monde» (Jn 4,42). Jésus est le roi universel qui apporte le salut à tous les hommes, et pas seulement aux Juifs. Un autre païen reconnaîtra en lui, le crucifié, «Le Fils de Dieu», qui est un titre royal (Mc 15,39). Et le larron, qui n’a plus personne en qui mettre son espérance, tant sa faute le condamne, affirmera la royauté d’amour et de miséricorde de Jésus : «Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume» (Lc 23,42).
Refusée par les Juifs, reconnue par les païens, la royauté de Jésus sera attestée par les disciples. Le disciple, que Jésus aimait, a vu et a cru et il rend témoignage «afin que nous croyions que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu» (Jn 19,35 ; 20-31). Les titres messianiques ont été purifiés par l’épreuve de la croix. Ils ne désignent plus tant le Roi d’Israël que le Rédempteur de l’homme. Pilate, sans le savoir, avait visé juste, lorsque, désignant le roi aux outrages, il avait simplement dit : «Voici l’homme» (Jn 19,5). Rejeté par les siens, le Messie n’est plus le chef d’un peuple particulier. Il exerce sur tout homme une royauté d’amour et de service. Son Règne, c’est au-dedans de l’homme, au plus profond de son cœur, que Jésus veut l’inaugurer. Jésus veut régner en l’homme pour l’élever avec lui au plus haut des cieux. Nathanaël avait confessé au début de l’Évangile : «Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d’Israël» (Jn 1,49). Mais par sa mort et sa résurrection, Jésus réalise ce qu’il avait promis à Nathanaël : «Tu verras mieux encore» que cette royauté temporelle. «Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme» (Jn 1,50-51). Plus qu’un roi terrestre, Jésus est le roi de l’univers. «Il fallait qu’il obtînt en tout la primauté et que Dieu fasse habiter en lui toute plénitude» (Col 1,18-19). Descendu au plus bas sur la croix dont il a fait son trône, notre roi a voulu rejoindre le plus perdu des hommes. Mais relevé comme premier né d’entre les morts, il attire en vérité tous les hommes vers lui (Jn 12,32). Ce que le péché a dispersé, abîmé, divisé, son amour royal le pacifie, l’unifie, le divinise. Il nous entraîne à sa suite jusqu’au partage de sa gloire éternelle. Il «fait de nous un Royaume et des prêtres pour son Dieu et Père» (Ap 1,6). Il nous rend «capables d’avoir part dans la lumière à l’héritage des saints» (Col 1,12). Baptisés en lui, nous sommes oints comme lui. Marqués de ce sceau indélébile de l’onction royale, nous avons en héritage la vie éternelle (Ep 1,13-14). Si Jésus est roi, c’est pour que sa royauté soit universellement partagée. «Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons ; si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons» (2 Tm 2,11-12).
 
Israël a refusé la royauté de Jésus. Pilate et d’autres païens l’ont reconnue. Et nous qui écoutons le témoignage de vérité que le Christ proclame (Jn 18,37), nous attestons qu’il est roi, notre roi, un roi d’amour et de paix. Heureux sommes-nous d’être invités aux noces royales de l’Agneau. Que son Règne vienne en nos vies.
 
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Méditer la Parole

25 novembre 2018

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Jean 18,33-37