17e semaine du Temps Ordinaire - A

Trésor, perle et filet / Parole, présence et Église du Christ

Trois simples images.
Trois courtes paraboles.
Mais, en quelques petites phrases,
quel grand enseignement sur le Royaume des cieux !


La première parabole tient en un seul verset.
C'est celle du trésor caché dans un champ.
L'homme qui l'a découvert, le cache à nouveau.
Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède
et il achète ce champ (Mt 13,14).
Mais pourquoi chercher dans la terre
ce qui est une réalité concernant le Royaume des cieux ?
Et pour quelle raison celui qui a trouvé ce trésor
le recache-t-il aussitôt ?
Comment enfin, ce soudain ravissement de joie
peut-il être fort et vrai, s’il n’est pas davantage partagé ?

La Bible nous enseigne tout d'abord qu'il y a de faux trésors (Qo 2,4-8).
Il ne sert à rien de les accumuler.
Dans son réalisme abrupt, l’Écriture le clame de partout.
La rouille les consume (Jc 5,3).
Le ver et la mite les rongent (Mt 6,20).
Et, à sa mort, leur possesseur ne peut les emporter (Ps 49,18).

Le Trésor dont nous parle aujourd'hui Jésus est d'un autre ordre.
Il consiste tout d'abord
dans l'acquisition de ce que la Bible appelle,
avec un infini respect, la Sagesse divine (1 R 3,7-12 ; Si 1,11-20).
Si tu la cherches comme l'argent,
si tu creuses comme un chercheur de trésor...
alors, tu comprendras justice, équité et droiture,
tous les sentiers qui mènent au bonheur.
La Sagesse entrera dans ton cœur et le savoir fera tes délices (Pr 2,4-10).

C'est bien cela que l'apôtre Paul enseigne à son tour
quand il parle de cette intelligence des mystères de Dieu
dans lesquels se trouvent cachés
tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Col 2,3).
N'est-ce pas goûter déjà quelque chose du Royaume des cieux, en effet,
que d'entrer dans le secret de sa compréhension (Mt 13,23) ?
Cette intelligence du mystère, toute empreinte de divine sagesse,
nous fait alors pénétrer dans l'amitié de Dieu (He 11,26).
Telle est la vie divine, inscrite en nous,
et qu'un jour nous découvrons bouleversés, éblouis,
vivant, comme en secret, cachée, dit l'Évangile, au plus profond de notre cœur.

Car, cette découverte se fait effectivement au milieu même du champ.
Or nous sommes le champ de Dieu, proclame l’Apôtre (1 Co 3,9).
Et nous n'avons plus à redire :
Le Royaume de Dieu est ici, ou encore : il est là !
Car, sachez-le, nous enseigne encore Jésus,
le Royaume de Dieu est au-dedans de vous ! (Lc 17,21 ; 10,11).
Le Trésor est dans le champ
comme le Christ est dans le monde.
En choisissant donc le Christ,
nous achetons en quelque sorte toute la création
qu’il remplit de sa présence (Col 1,18-20).
Notre cœur contient alors – quel trésor ! –
le Créateur et el Sauveur du monde.

Comme on comprend, dès lors, le secret désir
de celui que saisit soudain une telle découverte !
Ayant trouvé en lui un tel trésor de vie, de lumière et d'amour,
il court se libérer de tout ce qui l'encombre
pour revenir payer, «du prix de tout lui-même»,
comme dit le grand mystique Syméon le Nouveau Théologien,
l'acquisition de ce champ.
Il fait alors, en quelque sorte, entrer déjà le ciel à venir
dans sa vie d'aujourd'hui (Rm 8,28-30).
Alors dans la terre de son cœur pousse un arbre de vie (Ap 22,2.14) !
Puissions-nous déjà nous convaincre
qu’au dedans de chacun de nous
un trésor est caché, qui n’attend
que d’être découvert et précieusement conservé.


La seconde parabole est celle de la perle de grand prix (Mt 13,45-46).
Celui qui la découvre n'est plus un laboureur cantonné dans son champ,
mais un négociant qui parcourt les routes et les marchés des villes.

Il importe, ici aussi, de bien discerner.
Car il y a des fausses perles !
Celles du prestige clinquant, de l’accumulation des avoirs,
de la renommée passagère.


La perle précieuse, que mentionne ici Jésus, est d'un autre ordre.
Elle est plus encore que la Sagesse
dont l'Ecriture dit qu'elle est plus désirable que tous les biens (Pr 3,15 ; 8,12).
Elle est plus encore que ces perles des conseils évangéliques
dont Jésus nous dit qu'il ne faut pas les donner aux pourceaux
car ils pourraient bien les piétiner
puis se retourner contre nous pour nous déchirer (Mt 7,6).

Cette perle de la parabole a quelque chose d'unique.
Elle n'est comparable à rien d'autre.
Elle vaut plus que tout au monde.
Elle est, à elle seule, ce Royaume des cieux
qu'il faut chercher d'abord, avec sa justice.
À partir de quoi tout le reste nous sera donné par surcroît (Mt 5,33).
Elle est cette passe étroite, cette pâque de vie,
qui conduit aux portes de la Jérusalem éternelle,
marquées par douze perles, chaque porte formée d'une seule perle (Ap 21,21).

Qu'est-elle donc ?
Elle est constituée par ce joyau qui étincelle en chacun de nous,
comme une pierre de grand prix
quand la grâce de Dieu vient illuminer l'âme rachetée
promise au partage de l'éternité (Ep 1,18 ; Ph 2,15).
Elle est le Christ en personne,
pierre angulaire, choisie et précieuse (1 P 2,4),
auprès de qui chacun devient alors
une pierre vivante qui a du prix aux yeux du Seigneur.
Une pierre qu'Il aime lui-même, tout particulièrement,
comme seul le Bien-Aimé peut aimer
la perle de son grand amour (Is 62,5).
Car il est allé pour cela jusqu’à donner sa vie pour nous !

Frères et sœurs,
tel est l'appel personnel que Dieu adresse à chacun
pour qu'il découvre en lui la meilleure part qui lui est offerte
et ne peut lui être enlevée.
Et qu'il vive ainsi, dans le cœur à cœur avec Dieu,
son lot d'amour et de sainteté, au creux de son âme immortelle
et de son esprit baigné de vie divine.
Car tu as du prix à mes yeux, dit le Seigneur,
et moi je t'aime (Is 43,4).

Puissions-nous découvrir, là aussi,
que rien ne saurait être plus précieux en nos vies que «la vie en Christ».
Car c’est à partir de lui que tout s’éclaire, s’apaise
et se vit dans une joie que nul ne peut ravir.


La troisième parabole est celle du filet (Mt 13,47-50).
Il ne s'agit plus ici de négociant ou de laboureur,
mais de pêcheur.
Après la quête dans le champ et la recherche dans les villes,
voici la pêche en pleine mer.
Le Seigneur nous invite à avancer nous aussi en eaux profondes (Lc 5,4).
Le Royaume de Dieu se quête partout.
Il est plus que la vigne qui étend ses pampres jusqu'à la mer (Ps 80,12).
Il étend ses mailles au-delà des mers.
Il ne s'agit plus ici du filet de l'oiseleur ou du chasseur (Ps 91,3 ; 124,7)
dont parlent si éloquemment les psaumes (35,7 ; 38,14 ; 130,6) ;
mais du filet des apôtres du Christ.
Leur premier (Mt 4,18) et dernier geste (Jn 21,1-14),
n'est-il pas, justement, de jeter le filet ?

Avec cette parabole, on passe de l'unique à l'universel.
Du secret du cœur à la pêche au grand large.
Et le Royaume des cieux se révèle, à présent,
non plus seulement dans sa profondeur intime,
mais dans son étendue sans limite.
C’est le filet de l’Église du Christ et des apôtres pêcheurs d’hommes (Mc 1,17).
Quel élargissement soudain !
Le filet de l'Église a une vocation «catholique», c’est-à-dire universelle.
Car Celui qui l'envoie ainsi jusqu'aux confins de la terre (Ac 1,8)
c'est Celui qui a étendu sur la croix les mailles de son amour
– les deux bras de sa miséricorde universelle (Ps 103,11-14) –
afin d'attirer tous les hommes à lui (Jn 12,32) ,
Orient, Occident, nord et midi (Ps 106,3).

Ainsi se révèle, non seulement la hauteur et la profondeur
mais encore la longueur et la largeur
de l'amour de Dieu pour nous (Ep 3,18).
Et, dans la diversité de nos races, langues, peuples et nations,
nous manifestons le mystère de ce Royaume des cieux
révélé même aux païens (Col 1,26-27).
Le Royaume dont la multiplicité des membres
forment le même corps (1 Co 12,12).
Et que l'Église Mère doit attirer, elle aussi,
dans ses bras compatissants.
Car Dieu veut, redisons-le encore et toujours,
que tous les hommes soient sauvés (1 Co 10,33 ; 1 Tm 2,4).
Et le Christ est vraiment l'aîné d'une multitude de frères (Rm 8,29).
Voilà aussi ce que nous révèle la parabole du filet.
N’est-ce pas à participer également à cette œuvre d’Église,
cette Église dont nous sommes tous partie prenante,
que le Seigneur nous invite en ce jour ?


Ainsi pouvons-nous nous comporter, conclut Jésus,
comme un scribe devenu disciple du Royaume des cieux (Mt 13,52).
C'est-à-dire en lecteurs dociles et assidus de la Parole de Dieu.
Car, nous dit saint Irénée, «le trésor caché dans le champ
et la perle enfouie restent cachés et enfouis
dans les Écritures où tout est signifié en figures et en paraboles».

Mais nous pouvons, en les lisant et en les méditant,
parvenir à les comprendre et à les actualiser (13,51).
Sur le roc de l'ancien qui ne vacille pas,
jaillit alors la fontaine de la nouveauté qui ne tarit jamais (13,52).
La force qui nous stabilise et la vie qui nous dynamise
nous sont ainsi données.
Et la Parole de Dieu en personne
qui reste vivante en nos cœurs (He 4,12),
continue son chemin, sur la terre,
à travers les villes et par-delà les mers.
Comme à cette heure et en ce lieu
où nous l'écoutons et la prions ensemble.

Frères et sœurs, quel trésor en notre champ !
Quelle perle en nos cœurs !
Quel filet entre nos mains !
L'Évangile du salut est vraiment la porte du Royaume des cieux !
C’est une telle grâce d’avoir la foi !

Merci, Seigneur pour le trésor, la perle et le filet révélés en paraboles.
Le filet de ton salut universel, la perle de ta présence quotidienne
et le trésor de ta Parole, qui est notre lumière et notre vie !
 

Méditer la Parole

24 juillet 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

1 Rois 3, 512

Psaume 118

Romains 8,28-30

Matthieu 13,44-52

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