Mercredi des Cendres

Revenez au Seigneur votre Dieu

«Revenez à moi de tout votre cœur, […] revenez au Seigneur votre Dieu» (Jl 2,12.13). Le Seigneur crie vers son peuple. C’est un cri d’amour, le cri d’un père qui appelle ses enfants. Non, Dieu ne peut se résigner à nous voir si loin de lui. Aussi en ce début de carême, il nous dit à chacun : Reviens !


Revenir, c’est d’abord consentir au fait que nous nous sommes éloignés. Nos yeux se sont détournés de la lumière, nos cœurs endurcis, nos mains fermées… Nous avons cessé de respirer le souffle de l’Esprit Saint en nous laissant asphyxier par l’esprit du monde, par l’air vicié de l’égoïsme, de l’ambition, de l’indifférence... Revenir, c’est reprendre son souffle au Souffle de l’Esprit de Dieu. «Le souffle de la vie de Dieu nous sauve de cette asphyxie qui éteint notre foi, refroidit notre charité et détruit notre espérance. Vivre le Carême, c’est désirer ardemment ce souffle de vie que notre Père ne cesse de nous offrir dans la fange de notre histoire» (pape François, Cendres 2017).


Revenir, c’est faire demi-tour, c’est revenir sur nos pas avec un cœur repentant, avec le désir de tomber dans les bras du Père qui nous attend sur le pas de la porte de notre cœur. Car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment (Jl 2,13). Ne revient que celui qui sait qu’un amour l’attend, qu’une main le relèvera, qu’un regard lui rendra sa dignité de fils. Revient celui qui sait contempler l’œuvre de Dieu dans sa vie, sa fidélité, sa consolation. Ne revient que celui qui désire faire l’expérience de l’amour du Père qui ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il vive.
Revenir, c’est changer de vie, c’est se convertir à la pensée du Christ qui veut habiter nos propres pensées, c’est sortir d’une vie «normalisée» où le combat spirituel s’est éteint pour choisir désormais d’avoir les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus. «Le Carême est le temps pour dire non ; non à l’asphyxie d’une prière qui nous tranquillise la conscience, d’une aumône qui nous rend satisfaits, d’un jeûne qui nous fait nous sentir bien» (idem). Que notre cœur puisse battre au rythme du cœur de Jésus. Que nos mains puissent se joindre à d’autres mains pour bâtir la fraternité. Que nos lèvres puissent proclamer les merveilles de Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.
Revenir, c’est consentir à laisser la croix du Christ se planter dans nos vies. Il n’y a pas de vie renouvelée en Dieu sans adhésion à la croix qui détruit le vieil homme en nous et engendre la création nouvelle vouée à vivre toujours en Dieu. Embrasser la croix, c’est présenter nos plaies, nos souffrances, nos tristesses au Christ qui est l’unique Sauveur de nos vies. C’est choisir la vie pleine, débordante, bondissante qui jaillit du côté transpercé du Christ, de l’amour donné jusqu’à l’immolation.


Revenir, c’est être dans la gratitude et la reconnaissance. «Le Carême est le temps de la mémoire, c’est le temps pour penser et nous demander : qu’en serait-il de nous si Dieu nous avait fermé la porte. Qu’en serait-il de nous sans sa miséricorde qui ne s’est pas lassée de pardonner et qui nous a toujours donné l’occasion de recommencer à nouveau ? Le Carême est le temps pour nous demander : où serions-nous sans l’aide de tant de visages silencieux qui, de mille manières, nous ont tendu la main et qui, par des gestes très concrets, nous ont redonné l’espérance et nous ont aidé à recommencer ?» (…) «Le Carême est un chemin : il nous conduit à la victoire de la miséricorde sur tout ce qui cherche à nous écraser ou à nous réduire à quelque chose qui ne convient pas à la dignité des fils de Dieu. Le Carême est la route de l’esclavage à la liberté, de la souffrance à la joie, de la mort à la vie» (idem).


Frères et sœurs, prions les uns pour les autres en ce Carême qui commence. Que chacun de nous puisse redécouvrir ce qu’il est, la réalité divine qui est en lui, pour accomplir plus facilement ce que l’Evangile nous demande, ne plus l’accomplir par force, mais par gratitude ; non plus par crainte, mais par amour.

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Méditer la Parole

6 mars 2019

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Jol 2,12-18

Psaume 50

2 Corinthiens 5,20-6,2

Matthieu 6,1-18