5e Dimanche de Carême - A 

 Dieu voit-il nos larmes ?

 Cet évangile nous parle de maladie, de mort, de larmes. Comment ne pas y voir comme un écho de ce que nous vivons dans cette période de pandémie ? Soudainement, nous nous trouvons fragilisés, forcés d’admettre notre vulnérabilité. La maladie, la mort, les larmes, nous n’en voulons pas. Et pourtant, cette réalité est là. Elle fait partie de la vie. Il n’y a pas de génération qui en soit exemptée. 


Dans le contexte actuel, Jésus vient nous troubler avec cette affirmation : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié ». Peut-on percevoir la gloire de Dieu dans un drame humain ? Comme Marthe, comme Marie, on voudrait dire à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère, mon voisin, mon collègue, mon époux, mon enfant, mon ami ne serait pas mort ». Où étais-tu donc ?


Jésus ne vient pas aujourd’hui dire plus que ce qu’il a dit hier. Il n’explique pas le pourquoi du mal à l’œuvre dans le monde. Mais il nous dit qu’il est là dans ce drame. Il est là comme le Sauveur. Il est là pour nous mettre en route et ouvrir pour nous le chemin de la foi. 


Les disciples en premier sont partis à la suite de Jésus. « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! ». Thomas, notre jumeau, était-il conscient de ce qu’il disait ? Cette fougue de départ perdra de sa substance au fur et à mesure que Jésus s’avancera librement vers la Croix. La foi est une aventure de démaîtrise de soi, elle nous conduit là où nous ne voudrions pas aller.


Et puis, il y a la figure de Marthe. D’elle-même, elle est partie à la rencontre de Jésus. Un pressentiment la pousse à oser cette affirmation audacieuse : « Maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera ». Elle sait de la foi reçue de ses pères que la résurrection des morts viendra au dernier jour. Et Jésus l’appelle à passer du « je sais » au « je crois ». « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde ». La résurrection n’est plus l’objet d’un savoir. Elle est une personne à rencontrer, à aimer : « Je suis la résurrection et la vie », lui dit Jésus. La résurrection, c’est pour aujourd’hui si j’accueille Jésus qui vient me visiter.


La sœur de Marthe, Marie, agit différemment. Elle aussi se met en route à l’appel du Maître. Elle se jette à ses pieds et elle pleure. Elle exprime sa souffrance et la remet à Jésus. Et ce qu’elle attendait de lui se produit. Jésus compatit à ses souffrances. Il en est saisi aux entrailles au point que lui aussi se met à pleurer sur son ami Lazare. « Voyez comme il l’aimait ! », entend-on dans la foule rassemblée. Et cet amour va réaliser l’inimaginable. La pierre du tombeau va être roulée et le mort va sortir vivant. La foi, c’est l’expérience de la proximité de Dieu dans le drame de notre vie. C’est une porte qui s’ouvre sur un neuf qui advient. C’est Jésus qui est là en prière pour moi et avec moi : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé ».


Et Lazare est là devant tous, les pieds et les mains encore liés par les bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. L’apparence extérieure de la mort demeure. Mais derrière, il y a un vivant. Il s’est relevé à l’appel de l’ami : « Lazare, viens dehors ! ». La voix du bien-aimé l’a réveillé et mis debout. La foi, c’est cette familiarité avec la voix du bien-aimé, cette parole vivante qui nous éveille chaque jour pour choisir la vie.


Non, dans cet évangile, Jésus n’a pas expliqué le pourquoi du mal, de la maladie, de la mort. Mais il a mis des personnes en route, il a déposé la foi dans leur cœur, il leur a donné d’expérimenter que la vie est plus forte que la mort. Oui, la gloire de Dieu s’est manifestée car le Fils de Dieu confessé comme Sauveur et Seigneur a enfanté des enfants de Dieu. Il a rendu la dignité et la joie à ceux qui étaient perdus dans la souffrance et la mort.


Et Jésus a repris sa route vers Jérusalem, vers l’offrande de sa vie. Sa croix sera le mémorial éternel de son amour des hommes, de ses larmes de compassion, de son combat victorieux contre le mal et la mort. Si nous ne pouvons aujourd’hui sortir dehors comme Lazare, car confinés dans nos maisons et nos appartements, sortons spirituellement de la mort à la rencontre de Jésus, sortons par l’amour partagé, par la joie propagée, par la parole vécue en actes et en vérité, par la vie dans le Saint-Esprit. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né, ne le voyez-vous pas ?

 

Méditer la Parole

29 mars 2020

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Ezchiel 37,12-14

Psaume 129

Romains 8,8-11

Jean 11,1-45