Vendredi Saint

 Que fait Dieu? Il patiente...

 Que fait Dieu ? Bien des fois dans l’histoire de l’humanité cette question s’est posée. Dieu peut-il se taire, ne rien faire face à la souffrance et à l’injustice ? Aujourd’hui encore la question est posée. Trois milliards d’hommes et de femmes sont actuellement confinés pour lutter contre l’expansion d’une épidémie planétaire. Et que fait Dieu ?

Il nous donne son Fils sur la Croix. La Croix est la seule réponse, l’unique déjà donnée il y a deux mille ans et incessamment actuelle. Il n’y a pas d’autres réponses et aujourd’hui encore, face à notre désarroi et à nos incompréhensions, il nous donne la Croix de son Fils à contempler et à vénérer. La Croix est le cri d’amour de Dieu lancé aux hommes de toutes générations. Dieu nous aime au point d’être là avec nous dans ce que nous vivons aujourd’hui.

Dieu est amour mais le croyons-nous vraiment ? Les siens l’ont rejeté et le Fils Bien-aimé a été crucifié. Et nous aujourd’hui, que répondons-nous à son amour ? Refuserons-nous Celui qui, connaissant notre misère et notre péché, nous a aimés en s’abaissant jusqu’à nous ? Nous détournerons-nous de Celui qui, par avance, a consenti à ne pas être aimé en retour ? L’enfer ne commence-t-il pas quand, sachant à quel point nous sommes aimés, nous refusons de prêter l’oreille à Celui qui nous dit : « Mon ami, ce n’est pas pour rire que je t’ai aimé » (cf. Angèle de Foligno) ?

Frères et sœurs, dans cette épreuve planétaire, Dieu nous redit en son Fils : « Je t’aime ». Cet amour, il est en nous. Le confinement peut être finalement une bonne chose : une invitation à chercher non plus à l’extérieur mais en soi la source de notre être. Nous sommes aimés ! Et c’est sur cet amour que nous pouvons bâtir un monde plus juste, plus respectueux, plus fraternel. Ne refusons pas le don que Dieu nous fait en ce jour. Ne détournons pas notre regard de la Croix.

Tout a été dit en quelques heures. De la dernière Cène à l’agonie de Gethsémani. De la geôle du Grand-prêtre au prétoire de Pilate. Des rues de Jérusalem au Golgotha. Il n’a fallu que quelques heures pour nous dire la déclaration d’amour la plus vraie que la terre n’ait entendue. « Pendant ces quelques heures atroces, Jésus nous a dit qu’il souffrirait le temps qu’il faut pour que l’on comprenne enfin, pour que l’on accueille son amour » (Martin Steffens, méditation du 20 mars 2020). Certains se demandent si ce que nous vivons annonce la fin des temps. Mais Dieu prend tout le temps qu’il faut pour que ces quelques heures de la Passion viennent pénétrer notre vie, rentrer chez nous, en nous. C’est à une transformation intérieure que nous sommes appelés. « Alors Dieu nous donne du temps. En réponse à notre absence de réponse, il patiente. (…) La miséricorde, c’est Dieu qui laisse à l’homme le temps de répondre » (idem). Ne gaspillons pas le temps qui nous est donné en ce moment ! C’est un temps à relier aux heures sombres de la Passion. C’est un temps favorable pour transformer le temps qui passe en une rencontre avec Celui qui nous a aimés le premier. Ne perdons pas notre temps et que celui-ci devienne prière.

« Dieu nous laisse un peu méditer. Je ne dis pas qu’Il voulait ce virus ni cette épidémie. Mais Il veut que nous l’accueillions, comme toute chose, comme la joie ou la maladie, comme l’enfant qui naît et le jour qui vient, en vue d’un accroissement de son Royaume. Ce n’est pas nous qui, dans cette épreuve, devons prendre patience. Mais Dieu qui nous rappelle combien grande est la sienne.

Dieu a dit ‘Je t’aime’ et nous nous taisons, parce que, d’ordinaire, il y a tant à faire. Il n’y a plus rien à faire, seulement à entendre et, quand le monde recommencera, il y aura à ne pas faire comme s’il ne s’était rien passé » (idem).

 

Méditer la Parole

10 avril 2020

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaie 52,13-53,12

Psaume 30

Hbreux 4,14-5,9

Jean 18,1-19,42