12e Dimanche du Temps Ordinaire B

«Passons sur l’autre rive
Une seule parole est adressée aux disciples.
Un envoi en mission en quelque sorte.
En fait, le programme de toute une vie.
Mais pour l’heure, «passer sur l’autre rive»
n’est pour les disciples qu’un appel à conclure cette journée.
Après ce temps d’enseignements donnés aux foules,
voici l’heure de se retirer.
Passer sur l’autre rive, c’est passer du tumulte de cette foule à l’intimité de la barque,
c’est passer de ce jour qui s’achève au jour nouveau que Dieu a préparé,
c’est se retrouver seuls avec Jésus, heureux de le suivre, de l’écouter, d’être son disciple.


«Passons sur l’autre rive
Voici que tout d’un coup, cette parole prend un goût amer dans le cœur des disciples.
Il faut passer par la nuit pour voir le jour nouveau de Dieu.
Il faut passer par la mer avec ses eaux tumultueuses
pour atteindre la rive de cette terre nouvelle.
Il faut accepter de se laisser ballotter par les flots et les vents
qui viennent comme à la dérobée troubler le grand calme de ce passage, de cette pâque.
Et qui plus est, le Maître dort !
Plus de paroles qui réconfortent, encouragent, illuminent.
Jésus est tout silence au milieu du grondement de la tempête.


«Passons sur l’autre rive
Et c’est la nuit de la foi.
Dieu qui retient la mer avec des portes, qui arrêtent l’orgueil de ses flots (cf Jb 38,1-11),
nous aurait-il abandonnés, s’interrogent les disciples.
Résonne la complainte du psalmiste :
«les eaux de la mort m’ont assailli jusqu’à l’âme
Alors chacun dans la barque s’active pour lutter contre cette eau de malheur.
On écope comme on peut les eaux qui pénètrent de partout,
mais tout effort semble vain devant une mer déchaînée.
Et le Maître qui dort…
Mais n’est-ce pas plutôt la foi des disciples qui sommeille ?
On s’agite, on lutte comme on peut mais est-ce bien là que se situe le vrai combat ?


«Passons sur l’autre rive
Les disciples n’avaient pas compris que Jésus voulait les mener
vers ce monde nouveau, dont parle Paul. (2 Co 5,17)
Au milieu de la nuit, de la peur et du doute, ils ne tiennent plus et lâchent un cri de désespoir :
«Maître, nous sommes perdus : cela ne te fait rien ?»
Autrement dit, viens donc nous aider.
Deux bras de plus ne seront pas de trop pour écoper cette eau qui nous engloutit.
Fais donc comme nous, ne reste pas impassible.


Mais que fait Jésus ?
Il n’a que faire des bons conseils.
Comme s’il ne savait pas ce qu’il avait à faire !
Il se lève. Il se tient debout.
Non pas les mains jointes en creux pour écoper cette eau de malheur,
mais les bras étendus, comme il le fera sur la croix, où c’est tout son être qui se videra,
qui sera comme un grand creux pour prendre sur lui, en lui
toutes les eaux du péché et de la mort.
Il interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : «Silence, tais-toi
Jésus n’épuise pas ses forces comme les disciples en luttant contre les eaux.
Il va directement à la source du mal.
Il sait où se situe le vrai combat à mener.
Un jour il dira : «Qu’est-ce qui est le plus facile ? De dire : tes péchés sont pardonnés ou bien de dire : lève-toi et marche
Mais si ce lien originel du péché est détruit,
la mort n’a plus d’emprise sur l’homme.
Il est vivant, un homme debout.


«Passons sur l’autre rive
Cette expérience qu’ont vécue les disciples
est d’une grande richesse pour notre vie spirituelle.
C’est Jésus, et uniquement lui, qui est notre sauveur.
Il faut le laisser faire.
Ne laissons jamais la peur demeurer en nous.
Dès que je suis troublé, que je perds la paix, je descends au fond de mon cœur au lieu de m’agiter et d’user en vain mes forces dans un faux combat.
Je vais à Jésus avec humilité et je lui demande la lumière pour voir la source du mal qui me blesse : peut-être mon orgueil ou un manque de confiance, ma jalousie, une rancœur, un pardon refusé, …
Seigneur, viens faire taire l’origine de ce mal, va à la source.
Parle au vent et la mer qui sont en moi.
Moi, je ne vois que la surface des eaux qui s’agitent.
Jésus, Lui, voit la cause cachée de tout ce trouble.
Oui, fais taire le vent et la mer.
Dans cette attitude d’intériorité, tout s’apaise
car Jésus devient le Maître du vrai combat à mener.
Ce qui me trouble à la surface ne m’intéresse plus,
car Jésus agit en profondeur, en vérité.
Nous voudrions dire à Jésus ce qu’il doit faire mais lui, il fait le centuple !


Frères et sœurs, nous sommes déjà passés sur l’autre rive.
Car comme nous l’a rappelé l’apôtre Paul, «tous ont passé par la mort.» (2 Co 5,14-17)
«Si donc quelqu’un est en Jésus-Christ, il est une créature nouvelle.»
Cela signifie que notre vie n’a plus à être centrée sur nous-mêmes,
«mais sur Lui, qui est mort et ressuscité pour nous


La foi, c’est vivre dans cette certitude que je suis sauvé,
c’est louer le Seigneur pour la vie que j’ai déjà reçue en héritage,
c’est actualiser la victoire du Christ dans ma vie,
c’est m’émerveiller avec confiance de la présence aimante de Dieu.


Oui, «avance en eaux profondes»,
«passe sur l’autre rive»,
la rive de la vie nouvelle,
la rive de la foi, la rive de la confiance.
 

Méditer la Parole

21 juin 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Job 38,1.8-11

Psaume 106

2 Corinthiens 5,14-17

Marc 4,35-41