Dimanche de la Trinité - B

Du mystère caché au mystère révélé

On pourrait penser que la révélation
de ce que nous aimons appeler le mystère de la Trinité
apparaît seulement avec l’Évangile de Jésus-Christ (2 Co 10,14; 2 Th 1,8).
En vérité, la Bible entière en porte déjà les traces.
Discrètement mais clairement, elle en offre les prémices.
À travers la Loi, les Psaumes, les Prophètes et les Sapientiaux,
nous pouvons en relever un peu partout
de significatives et bien belles préfigurations.
Non, l’Évangile n’a rien inventé
qui soit en opposition essentielle avec le Premier Testament.


Interroge les temps anciens qui t’ont précédé,
nous déclare Moïse, à travers le livre du Deutéronome,
depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre (4,32).
Simplement, pour mémoire, quelques brèves notations
relevées, ici ou là, parmi tant d’autres.


Bereshit bara Elohim. Nous connaissons tous ces trois premiers mots de la Bible.
N’est-il pas étonnant, dès l’abord, que Dieu Elohim
soit bien le Dieu unique, mais avec un nom pluriel ?
Un Dieu unique mais qui crée par sa parole,
sa parole vivante, elle-même créatrice (Debar YHWH),
comme distincte de lui et pourtant ne faisant qu’un avec lui (Pr 8,22-31) ?
Et n’est-ce pas surprenant de voir aussitôt, conjointement,
l’Esprit de Dieu, Ruah Elohim, planer sur les eaux
pour leur transmettre en quelque sorte la fécondité de toute vie (Gn 1,1-2) ?


On ne peut manquer de s’interroger également
en entendant ce Dieu créateur
se dire à lui-même, qui est Un, mais en parlant toujours au pluriel :
Faisons l’homme à notre image et comme notre ressemblance (Gn 1,26).
Et de voir l’homme, l’homme donc image et ressemblance de Dieu,
apparaître dans l’unicité de la même humanité,
l’Adam terrien tiré de la terre Adamah,
mais pour se manifester aussitôt dans la dualité
du masculin et du féminin (1,27),
en vue du troisième terme qui est celui de l’enfantement (1,28).


Si nous savions regarder avec les yeux de la foi et de la contemplation
les merveilles et les splendeurs de la création (Rm 1,19-22),
comme elles nous ouvriraient déjà à la lumière trinitaire !
Et à la contemplation de ce Dieu, un et trine à la fois,
qui a créé l’univers, non pas seulement parce qu’il est le Tout-Puissant,
mais parce qu’il est le Tout Aimant.


Tout au long de l’Histoire sainte
et plus particulièrement dans les cinq livres du Pentateuque ou Torah,
on voit, on entend et on ressent partout
le Dieu Très haut se manifester par sa parole sur terre (Ps 33,9 ; 107,9 ; Is 55,10-11)
et rejoindre l’homme par son Esprit au plus profond des cœurs (Dt 30,11s).


À l’évidence, il se révèle à nous comme un Père :
C’est toi Yahweh qui est notre père… tel est ton nom (Is 63,6).
Sa Parole en personne nous rejoint :
Il envoie son verbe sur terre, rapide court sa parole (Ps 147,4).
Et son Esprit lui-même descend jusqu’à nous :
Je mettrai en vous mon Esprit
pour que vous marchiez selon mes voies (Ez 36,27).
Manifestement, ce Dieu n’est pas un sublime solitaire !
Mais un Dieu d’amour qui donne et se donne comme un père ;
qui nous rejoint et nous accompagne comme un frère ;
et qui vient habiter en nous comme un Esprit de Vie.


Certes ce ne sont encore que de pâles et lointains prémices.
Mais leur clartés, successivement, nous élèvent peu à peu
vers la pleine lumière du mystère.


Celle-ci grandit encore avec les psaumes.
Le Seigneur m’a dit : Tu es mon fils,
moi, je t’engendre aujourd’hui (Ps 2,8).
Quel est donc ce Fils dont Dieu décrète ainsi l’éternel aujourd’hui ?
Il m’appellera : Toi mon Père, mon Dieu et le rocher de mon salut,
si bien que j’en ferai l’aîné, le Très Haut sur les rois de la terre (Ps 89,27-27).
Quel est ce Fils qui peut dire à Dieu : mon Père
et devenir, en, même temps, l’aîné et le Très Haut sur les peuples de la terre ?
Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite (Ps 110,1).
Si David l’appelle son Seigneur, comment peut-il être son fils ? (Mt 22,45),
lui dont Dieu déclare : Avant l’aurore des temps, je t’ai engendré,
et : Tu es prêtre à jamais (Ps 110,3-4) ?


Et que dire des prophètes où l’Esprit Saint, clairement nommé,
surgit de partout, inspire, conduit, renouvelle les cœurs (Is 61,1) ;
et va jusqu’à souffler sur ces morts pour qu’ils vivent (Ez 37,11-14) ?
Et de cette Sagesse créatrice dont parle si mystérieusement le livre des Proverbes,
engendrée par Dieu de toute éternité (Pr 8,22-31) ?
On n’en finirait pas de relever dans le Premier Testament,
toutes ces lueurs qui, mises bout à bout, finissent
par-delà les explications qu’on peut donner ou les objections qu’on peut faire,
par tracer un étonnant chemin de lumière.
Vers le jour de la plénitude des temps où éclate enfin
avec le Fils co-éternel au Père, manifesté par l’Esprit Saint,
la vérité tout entière (Jn 16,3).


Nous savons ce que nous a révélé le Christ, lumière et vie,
de ce mystère de la Sainte Trinité
qui est au cœur de notre foi chrétienne,
nous qui avons été baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,
comme Jésus nous le rappelle lui-même dans l’Évangile de ce jour (Mt 28,19).


Que pouvons-nous en conclure à la lumière de la Révélation biblique ?
Une première vérité de base :
C’est que, si Dieu est Dieu, il est unique.
Il est unique et Un.
Par définition, la Trinité est Plénitude, Perfection, Absolu.
Or il ne peut y avoir plusieurs plénitudes : cela ne voudrait rien dire ;
ni plusieurs perfections, ni plusieurs absolus : ce serait aberrant.
Le mystère de la Trinité est donc le mystère d’un Dieu unique
en qui tout est un. Le christianisme est un monothéisme.


Si Dieu est Dieu ensuite, il est Amour.
Seul un Dieu d’Amour peut créer, racheter, sanctifier.
Or l’amour se traduit par le dialogue, la relation, le partage.
Il y a donc nécessairement en ce Dieu qui reste unique,
pluralité pour ce dialogue, cette relation et ce partage d’amour ;
en même temps qu’unité la plus complète et la plus parfaite.
Le christianisme est la religion de l’amour.


Si Dieu est Dieu enfin, lui seul peut nous parler de lui.
Aucun homme, fût-il le plus grand saint ou le plus pur prophète
ne peut révéler Celui qui est, par définition, le Très Haut et le Tout Autre.
Or le Christ Jésus est venu, est descendu jusqu’à nous.
Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme.
Il est celui que toutes les Écritures ont annoncé
et celui qui les éclaire et les accomplit.
Révélé par la théophanie du Baptême et de la Transfiguration,
il libère, guérit, relève, marche sur les eaux,
multiplie les pains et ressuscite les morts.
Nul n’a vécu, nul n’a parlé et nul n’est mort
comme cet homme !
Voyant comment il avait expiré, le centurion déclara :
Vraiment cet homme était le Fils de Dieu (Mc 15,39).
Ressuscité le troisième jour, donateur de l’Esprit, il est assis à la droite du Père.
Vraiment celui qui est allé jusqu’à donner sa vie pour nous,
lui le plus droit des justes et le plus saint des innocents,
ne saurait nous tromper.
Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! (Mc 9,7).


Que nous dit-il donc, lui, de Celui qu’il appelle le seul et véritable Dieu (Jn 17,3) ?
Il n’emploie pas le terme de Trinité, ni de personnes divines.
Mais il nous dit, nous montre, nous révèle
de la façon la plus simple, mais aussi la plus profonde et la plus belle
que Dieu est Père, qu’il est Fils et qu’il est Esprit.


Il est Père, c’est-à-dire l’amour qui donne et se donne,
Source de vie, plein de miséricorde, débordant de tendresse.
Tout entier dans le Fils et si donné à lui qu’il n’est plus qu’un en lui.
Sachez une bonne fois que le Père est en moi et moi, dans le Père.
Le Père et moi, nous sommes un ! (Jn 10,30.38).
Pas seulement unis, mais Un (17,21-23).
Il n’y a qu’un seul Dieu ! Mais il est Trinité de Vie.


Il est Fils, c’est-à-dire l’amour qui reçoit, accueille, accomplit.
Le Père aime le Fils, il a tout remis dans sa main.
Qui croit au Fils a la vie éternelle (Jn 3,35-36).
Comment peux-tu dire, Philippe : montre-nous le Père ?
Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? (Jn 14,7.10).
Il n’y a qu’un seul Dieu ! Mais il est Trinité de Lumière.


Et Dieu est Esprit (Jn 4,24).
C’est-à-dire immatériel, éminemment libre, insaisissable,
et cependant toujours là, invisible mais combien présent.
Plus intime à nous-mêmes que nous, puisque se joignant à notre esprit
et scrutant tout jusqu’en nos profondeurs divines (1 Co 2,10).
Par lui nous osons dire : Abba ; nous nous sentons cohéritiers du Christ ;
et véritablement devenus enfants de Dieu (Rm 8,14.17).
Il n’y a qu’un seul Dieu ! Mais il est Trinité d’Amour.


Sachant cela, il est sûr que nous ne faisons qu’approcher
de l’immensité éblouissante de ce mystère de vie et d’amour.
Mais cela n’a plus rien d’obscur ni d’incompréhensible et moins encore d’absurde.
Nous sommes, simplement, au seuil d’un ciel d’infinie lumière.


N’est-ce pas déjà assez, pour ici-bas,
que de pouvoir nous tenir devant la splendeur d’une telle vérité ?
 

Méditer la Parole

10 juin 2006

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Deutéronome 4, 32-34.39-40

Psaume 32

Romains 8, 14-17

Matthieu 28,16-20

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf