Saint Joseph

Nous savons peu de choses sur Saint-Joseph et pourtant, à travers ce court récit évangélique, nous découvrons la profondeur de l’âme de Saint-Joseph, sa pureté, sa sainteté. L’évangéliste Matthieu nous dit que Joseph était un «homme juste». Dans l’Ancien Testament, le juste est celui qui obéit en tout à la loi de Dieu, non par rigorisme, mais par amour de la volonté du Seigneur. Joseph est véritablement cet homme qui veut vivre selon Dieu. Cela apparaît avec clarté dans notre récit.

En effet, il nous est dit tout d’abord que Joseph veut répudier en secret Marie son épouse. Il est donc tout à fait informé qu’elle est enceinte. Peut-être est-ce Marie qui a parlé la première, parce que son cœur éclatait de joie et qu’elle voulait tout naturellement la partager à Joseph. Peut-être est-ce Joseph, surpris par cette Marie semblable et sûrement si différente après l’annonce de l’Ange, qui a posé la question, fut-ce par un regard ou un silence. Toujours est-il que Marie a probablement révélé la nouvelle à Joseph. Un tel lien d’amour les unissait qu’on ne peut imaginer un silence froid et suspicieux entre eux. Devant cette révélation de la maternité divine de Marie, Joseph est tout bouleversé. En lui monte un chant de louange pour Marie, que le Seigneur a choisie pour être l’Arche de la Nouvelle Alliance qui porte le Messie attendu.

Joseph est un homme juste car il sait voir les merveilles de Dieu. Il est tellement ajusté à Dieu, qu’il reconnaît là, l’œuvre du Très-Haut. Mais à sa joie se mêle parallèlement une crainte qui est aussi une caractéristique de l’homme juste. En effet, Dieu a fait de Marie son bien, pour un dessein qui dépasse toute vue humaine. Devant Marie, devant l’œuvre de Dieu en Marie, Joseph a le recul sacré de tous ceux qui prennent conscience de leur indignité devant la grandeur de Dieu. Il réagit comme les justes de la Première Alliance. Pensons à Jacob après le songe de Béthél :
«En vérité, le Seigneur Dieu est en ce lieu et je ne le savais pas !» Il fut saisi de crainte et dit : «Que ce lieu est redoutable !
Ce n’est rien de moins qu’une maison de Dieu et la porte du ciel» (Gn 28, 16-17).
Combien Joseph peut en dire autant de Marie, la demeure de Dieu parmi les hommes. Cette bonne crainte de Joseph est aussi celle de l’Apôtre Pierre devant Jésus : «Retire-toi de moi, parce que je suis un pécheur.» (Lc 5,8)
Le désir de Joseph de répudier Marie n’a donc rien à voir avec un soupçon sur l’honnêteté de son épouse.

Non, dans cette attitude s’exprime toute la noblesse d’âme de Joseph, qui veut s’effacer pour ne pas entraver l’œuvre de Dieu. Quelle place pourrait-il avoir, quel rôle pourrait-il jouer, là où Dieu seul mène l’action ? Ou bien il reste avec Marie, mais alors il va usurper le titre de père qui appartient à Dieu seul, en laissant croire que l’enfant est le sien. Ou bien il renonce à Marie, en la préservant de tout affront public. Joseph, qui est un homme juste, ne peut choisir la voie du mensonge. Le juste suit toujours la vérité. Mais comme cette vérité est crucifiante ! Encore plus profondément apparaît la sainteté de Joseph.
Choisir la vérité, c’est renoncer à ce projet de mariage, à celle qui n’était pour lui que joie et lumière. Le glaive de la croix transperce le cœur de Joseph. Mais parce qu’il est un homme juste, il accepte cette croix, par amour et fidélité à Dieu. Nous voyons, frères et sœurs, jusqu’où va la justice de Joseph, qui s’ajuste, dans un abandon complet, au dessein de Dieu.
Oui, quelle pureté dans l’âme de Joseph !

Mais de la croix va jaillir la vie !
Quel retournement dans le cœur de Joseph, grâce à l’intervention de l’ange. «Ne crains pas» dit l’ange.
Dieu veut rendre la paix et la joie au cœur du combat. «Prends chez toi Marie, ton épouse»
Voilà que Dieu donne à Joseph ce qu’il croyait ne plus lui appartenir. Ce mariage avec Marie fait bien partie de son plan divin. Joseph est associé à la venue du Verbe-fait-chair. «Elle enfantera un fils et c’est toi qui lui donneras le nom de Jésus», ce qui signifie que Joseph sera le père légal de l’enfant.
Joseph avait crainte de passer pour le père du Messie.
Et Dieu lui confie cette mission, il s’engage avec lui.
Dès lors, plus de crainte.
Joseph comprend, et Marie avec lui, que l’Enfant n’est pas confié à Marie seule, mais à leur couple, à leur amour.
Y a-t-il plus belle paternité, fut-elle donnée par une voie inhabituelle, que de faire grandir le Fils de Dieu sur la terre ?
Epoux et père, Joseph l’est en vérité.
Il l’a maintenant compris.
Et parce qu’il est un homme juste, ajusté à Dieu, Joseph ne discute pas avec Dieu : «Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit».


A l’école de St Joseph, nous pouvons nous interroger :
Suis-je prêt à renoncer à tout pour laisser Dieu agir comme il le veut ?
Suis-je prêt aussi à me donner en tout à lui quand il veut que je m’engage à ses côtés pour accomplir sa mission de salut ?
Etre juste n’est pas un vain qualificatif.
Joseph est un homme selon le cœur de Dieu.
A nous de marcher sur ses traces.




Méditer la Parole

19 mars 2005

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

2 Samuel 7,4-16

Psaume 88

Romains 4,13-22

Matthieu 1,16-24

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