Saint Antoine de Padoue

La priorité d'aimer

Eh bien, moi je vous dis !...
Une fois de plus, parlant avec autant de lumière nouvelle
que d'autorité affirmée,
Jésus fait faire un pas décisif à la loi.
Une loi ancienne et encore par trop humaine
qu'il transforme ou plutôt accomplit en loi nouvelle
toute marquée de la grâce divine.
 
Que disait la loi ancienne ?
Une chose minimale
où tout grave délit commis
était puni par une peine proportionnelle.
Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens :
Tu ne commettras pas de meurtre,
et si quelqu'un commet un meurtre il en répondra au tribunal (Mt 5,21).
 
Que nous dit le Christ en fondement de la loi nouvelle ?
Trois mises en garde successives,
assorties tour à tour de trois menaces répressives :
- ne pas se mettre en colère, tout d'abord ;
- ne pas verser dans l'insulte, ensuite ;
- ne pas se laisser aller à la malédiction enfin.
Comme tout cela est réaliste !
Si le mal n'est pas freiné, attaqué, éradiqué à la racine,
il va grandir, s'étendre, proliférer.
La colère ressentie et consentie poussera à l'insulte ;
l'insulte proférée, appelant sans doute une riposte,
à la malédiction.
Et la malédiction, une fois lancée,
peut-être à l'affrontement irréparable !
Que sert alors de punir le meurtre ?
Il eut été préférable de l'éviter !
 
En d'autres termes, aux yeux de Jésus,
il ne suffit pas de limiter les grandes conséquences du mal ;
il faut l'empêcher de s'étendre
en visant d'abord à la conversion profonde du coeur,
des lèvres et de l'intention.
Pourquoi cela dira-t-on ?
 
Tout simplement parce que la loi du Seigneur
est une loi d'amour
et que, par là même, elle devient une loi parfaite.
Et que l'amour commence par le calme, la bienveillance, la bénédiction.
Cela est si vrai aux yeux de Jésus
que, même la prière, même l'offrande à l'autel,
même l'adoration liturgique au coeur du temple,
passent après cette priorité absolue de la charité.
Va d'abord te réconcilier avec ton frère ! (Mt 5,24).
Cela revient en clair, à dire
qu'il faut tout mettre en oeuvre pour aimer.
Et que la contemplation elle-même
est ordonnée au premier commandement
qui reste à jamais celui de l'amour de charité.
 
                                                                          
Nous fêtons aujourd'hui un des saints les plus populaires
de la chrétienté
et que l'Eglise d'Italie se plaît tout particulièrement à honorer :
saint Antoine de Padoue.
La charité, il s'efforça de l'exercer de manière inlassable
en s'adonnant avec un art inégalable
(puisqu'il fut, dit-on, "un des plus grands orateurs
que le monde ait connus
")
à la prédication de l'Evangile.
Toulouse, Arles, Le Puy, Limoges, Brive, Montpellier
et bien sûr Padoue, en Italie,
bénéficièrent de sa parole de feu.
 
"Les boutiques fermaient, la ville se vidait
dès qu'on signalait son arrivée
", note un de ses biographes.
"Il parlait à l'église ou sur une estrade dans la campagne
devant des milliers d'auditeurs.
Il était sans égal pour réconforter et consoler,
pour commenter et pour faire aimer l'Evangile du Christ.
Il vitupérait contre les clercs
qui n'avaient d'autres soucis que de mener bonne vie
en profitant de leur charge.
Le peuple l'adorait
" en sentant combien
cet homme qui parlait ainsi de Dieu,
savait lui aussi aimer en acte et en vérité.
 
Sa carrière oratoire dura neuf ans.
A 36 ans, il put s'éteindre, en chantant la liturgie,
un jour de juin 1231.
Le pape Grégoire IX qui avait été un de ses auditeurs,
le canonisa, moins d'un an après sa mort.
 
Une fois de plus, frères et soeurs,
nous pouvons reconnaître en lui
un de ces hommes que la charité a sanctifiés.
Il n'y a que par l'amour que les saints sont construits.

Seigneur, apprends-nous à aimer !

 

Méditer la Parole

13 juin 1996

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Matthieu 5,20-26

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