Dédicace de Saint Pierre Saint Paul

Rien «dans la vie», comme on dit,
ne prédisposait ces deux hommes
que la liturgie rapproche aujourd’hui dans une même fête,
à se rencontrer
et moins encore à œuvrer ensemble.
Un point commun cependant, au départ :
tous deux sont de race juive.
Un grand point commun à l’arrivée :
tous deux meurent en apôtres de Jésus Christ.

*


Le premier s’appelle Simon
du nom du second fils de l’ancêtre Jacob.
Le second porte le nom de Saül
comme le premier roi concédé par Dieu au peuple d’Israël.

Simon est un pêcheur de Bethsaïde
et passe le plus clair de son temps
sur les eaux du lac de Tibériade.
C’est un Galiléen, plongé au cœur de cette terre,
carrefour des nations païennes.
Viens à ma suite, je ferai de toi un pêcheur d’hommes.
Laissant là l’épervier, il part aussitôt à la suite de Jésus.
Il devient son disciple.
Quelques temps après, au terme de toute une nuit en prière,
sur les flancs de la montagne, Jésus l’appelle à nouveau
et le place en tête des Douze,
et il reçoit alors comme eux le nom d’apôtre.

De même que celui qui vous a appelés est saint,
écrira-t-il un jour dans sa première lettre
aux étrangers de la diaspora,
devenez saints vous aussi dans toute votre conduite (1,17).
Prêchant le premier d’exemple,
en bon pasteur et modèle du troupeau de Dieu (3,2),
le disciple Simon, l’apôtre Pierre
deviendra, tout simplement : saint Pierre.

Quel itinéraire :
la Galilée, la Samarie, Jérusalem,
avec cette nuit mémorable et terrible,
celle de l’agonie de son Seigneur,
où, voulant marcher, lui aussi, à sa suite,
sur les eaux de la mort,
il prend peur tout à coup, car le vent avait tourné,
une fois encore,
et était devenu contraire (Mt 14,24.30).
Et puis le matin radieux du saint Jour de Pâques.
Le vent fou d’amour, redevenu favorable cette fois,
au plein feu du Jour de Pentecôte (Ac 2,2.47).
Jérusalem encore, Joppé, Césarée Maritime,
Antioche et Rome enfin.
Il sera donc : saint Pierre de Rome.
À l’endroit même de son martyre, on bâtira une église
sous le vocable et à la mémoire de son nom.
Vous donc, comme des pierres vivantes,
prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel (1 P 2,5).

*


— Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ?
— Qui donc es-tu, Seigneur ?
— Je suis Jésus que tu persécutes (Ac 9,4-5).
Alors, ce circoncis du huitième jour, de la race d’Israël,
de la tribu de Benjamin, Hébreu, fils d’Hébreu,
quant à la Loi un Pharisien, quant au zèle un persécuteur de l’Église,
quant à la justice que peut donner la Loi,
un homme irréprochable,
se relève (Ph 3,5-6).
Aveuglé de lumière, terrassé en sa chair,
ébranlé en ses certitudes, et se reconnaissant enfin
le premier des pécheurs (1 Tm 1,15) !
Deux ans au désert, Jérusalem, Antioche, Chypre…
La Cilicie, la Galatie, la Lydie, la Mysie, la Macédoine….
Éphèse, Philippes, Thessalonique, Athènes, Corinthe…
Tout le nord du Bassin méditerranéen parcouru
en de multiples voyages missionnaires
et, pour finir, pour lui aussi, la ville de Rome.
Il y mourra également martyr du Christ.

*


Près de la colline vaticane,
à l’emplacement du cirque de Néron,
l’apôtre Pierre est crucifié.
Sur la route d’Ostie, hors des remparts,
l’apôtre Paul est décapité.

Nous fêtons aujourd’hui, frères et sœurs,
la Dédicace de ces deux églises,
dressées au cœur de la capitale de l’Empire,
devenue la ville d’où l’évêque de Rome, le Pape
préside à la charité de toutes les Églises :
la Basilique de Saint-Pierre-de-Rome
et la Basilique de Saint-Paul-hors-les-murs.

Donnés de tout cœur à l’annonce de l’Évangile
voici ces deux hommes que tout aurait pu séparer,
à jamais unis dans le don de leur sang.
De leur sang venant féconder la terre de la ville
la plus païenne du monde,
pour en faire le berceau, après Jérusalem où l’Église est née,
de toute la chrétienté !

*


Frères et sœurs,
louons Pierre et Paul
pour l’exemple inoubliable de leurs vies.
Nous aussi, malgré tant de diversités, d’itinéraires multiples,
nous voici profondément unis
par la même foi en Jésus Christ,
le Sauveur de tous les hommes,
et l’appartenance à son Église universelle
par laquelle il a plu à Dieu de faire passer le salut.

Quelle grâce d’appartenir à cette Jérusalem nouvelle
où tout ensemble fait corps !
Le salut vient des Juifs,
avait dit Jésus à une femme païenne de Samarie.
À présent, avec Pierre et Paul, nous pouvons le redire :
Nous sommes tous fils de Dieu par la foi au Christ Jésus.
Vous tous en effet, baptisés en Christ,
vous avez revêtu le Christ.
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre,
ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un
dans le Christ (Ga 3,27-28).
Mais si vous appartenez au Christ,
vous êtes donc de la descendance d’Abraham,
héritiers selon la promesse.
Vraiment les dons et les appels de Dieu
sont sans repentance et ses promesses
de toujours à toujours !

Comme le dit l’oraison de la messe
de cette fête de la Dédicace,
nous pouvons refaire cette prière :
«Garde ton Église, Seigneur,
sous la protection des apôtres Pierre et Paul.
Puisqu’elle reçut par eux,
la première annonce de l’Évangile,
qu’elle en reçoive jusqu’à la fin des temps
la grâce dont elle a besoin pour grandir !»

Saint Pierre et saint Paul de Rome,
priez avec nous ! priez pour nous !



 

Méditer la Parole

18 novembre 1999

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Actes des Apôtres 28,11-16.30-31

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Matthieu 14,22-33

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