Saint André

Si l'on en croit l'Evangile de Saint Jean,
André - dont nous célébrons la fête aujourd'hui -
est le premier de tous les disciples
à avoir rencontré le Seigneur;
après la désignation de Jésus, par Jean-Baptiste,
comme l'agneau de Dieu
qui l'emporte sur le péché du monde (1,29.40).

Si l'on est attentif aux enseignements
de l'Evangile de Saint Matthieu
- celui que la liturgie nous donne à entendre aujourd'hui -,
André est, avec Simon son frère,
le premier de ces mêmes disciples à avoir été
directement appelé par le Christ en personne
au bord de la mer de Galilée (Mt 4,18).

D'un côté, c'est André qui le premier trouve Jésus;
de l'autre, c'est Jésus, le premier, qui appelle André.
Cette variante dans les Evangiles
n'a rien de troublant ni d'antinomique.
- D'une part, André et l'autre disciple
(où toute une tradition se plaît à reconnaître Jean)
ont pu faire un premier pas à la suite de Jésus
sur qui ils avaient, avec le Baptiste, fixé les yeux (Jn 1,35).
On reconnaît le Seigneur dans la mesure où on le cherche!
- D'autre part, le Christ lui-même
a pu faire à son tour, vers Pierre et lui,
le premier pas de l'appel explicite
au terme de quoi ils ont laissé là leurs filets
pour le suivre (Mt 4,20).
On ne marche à la suite du Seigneur
que dans la mesure où l'on a perçu l'appel qu'il nous adresse.

Ainsi la fête de l'apôtre Saint André
nous ramène-t-elle à cette vérité initiale et si essentielle :
Toute rencontre du Seigneur implique
la convergence de deux libertés.
On ne reconnaît Dieu que dans la mesure où on le cherche.
Et on n'est abordé par lui
que dans la mesure où il vient vers nous.
Ce n'est pas vous qui m'avez choisi mais c'est moi
qui vous ai choisis et institués (Jn 15,15).
Il est parfaitement vrai
que c'est toujours Dieu, comme il est écrit,
qui nous a aimés le premier (1 Jn 4,18).
«Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé»,
comme le fait dire à juste titre au Christ Blaise Pascal.
Il n'y a pas de vraie marche à sa suite
et d'adhésion à sa personne
sans le plein assentiment,
la prime spontanéité de notre liberté.
Il en est ainsi en toute histoire d'amour.
Une sorte d'étonnante priorité mutuelle
dans la parfaite réciprocité.
Et c'est la rencontre de ces deux libertés
qui fait la solidité d'une amitié, d'une vie de foi,
d'un engagement chrétien, d'une vie consacrée.
Jésus qui vient vers moi et moi qui marche vers Jésus.

*

L'autre enseignement que nous vaut l'appel de Saint André
est illustré par le passage de la lettre
que l'apôtre Paul adresse en ce jour aux chrétiens de Rome.
De quoi s'agit-il en effet ?
D'être sauvé!
Cela suppose comme une sorte de réaction en chaîne
de remonter tour à tour :
de l'audition de la prédication évangélique
à la proclamation de cette même prédication;
donc à l'envoi des messagers de la Bonne Nouvelle;
à l'annonce claire et forte de ce message qu'elle contient;
à l'adhésion de la foi des auditeurs de la dite parole;
et finalement, à l'invocation du nom de notre Seigneur Jésus Christ.
Ce nom par qui, au ciel et sur la terre,
tout homme peut être sauvé (Ac 4,10-12).

Et que s'est-il passé dans le cas de l'apôtre André ?
Exactement cette réaction en chaîne
qui a amené, pas à pas, le pécheur de Bethsaïde qu'il était
à devenir le parfait témoin
qu'il a fini par être au terme de sa course.
Souvenons-nous :
Voici que passe Jésus de Nazareth,
parmi les disciples du Baptiste,
sur les rives du Jourdain et au bord du lac de Tibériade.
Jean-Baptiste leur parle de lui.
Ils entendent cet appel (Jn 1,37).
Marchant à la suite de Jésus, ils voient où il demeurait
et restent à l'entendre, auprès de lui ce jour-là.
C'était environ la dixième heure (1,39).
Eclairés par cette première écoute,
ils proclament à leur tour la parole entendue :
Nous avons trouvé le Messie - c'est-à-dire le Christ (1,42).
Forts de toutes ces rencontres, les voici ensemble,
avec Pierre, Philippe, Nathanaël, à la suite du Maître.
Trois ans durant sa Parole de vie éternelle
les forme, les éduque, les éclaire, les nourrit, les construit.
Illuminés par la lumière pascale
et fortifiés par le don de l'Esprit,
les voici à leur tour messagers de la Bonne Nouvelle.

Les pas d'André le portent jusqu'en Grèce
et là, en Achaïe, il ira comme son maître
jusqu'à choisir librement d'offrir sa vie sur une croix.
La croix de Saint André
que l'on vénère encore à Patras, tout près d'Athènes.

*

Frères et soeurs,
nous aussi, nous avons entendu parler du Messie.
L'Eglise dont nous sommes, nous a parlé de Lui.
Par notre foi, nous avons adhéré à la Vérité de sa Parole.
L'adhésion à cette Parole de Vie nous a donné de croire
pleinement en Lui.
Et par cette foi, invoquant nous aussi le nom de Jésus,
nous avons part, comme promis, à son salut!

Nous pouvons louer le Seigneur aujourd'hui
pour tous ceux et celles qui nous ont révélé les premiers-
souvenez-nous aussi - les paroles de Jésus.
C'était il y a déjà bien longtemps,
quand nous étions tout enfants;
ou, tout récemment, voici peut-être seulement
quelques jours ou quelques mois.
A notre tour, nous voici tous invités
à témoigner de cette parole de joie, de lumière et de paix.
A en dire la Bonne Nouvelle,
par le témoignage de notre propre vie.
Chacune et chacun selon le charisme
de notre propre état de vie.
Il dépend de nous désormais
que le Christ soit connu, reconnu, annoncé, suivi, aimé.
Que Saint André nous aide tous
à prendre conscience de notre vocation apostolique.

Prions aussi pour l'unité de nos Eglises.
L'Orient se plaît à vénérer tout spécialement
la mémoire de Saint André.
Elle en a fait le patron du Patriarcat de Constantinople.
L'Occident se plaît à vénérer de son côté
la mémoire de Saint Pierre,
colonne et patron de l'Eglise de Rome.
Or, Pierre est le frère d'André et André le frère de Pierre.
André était l'aîné, il est devenu le cadet.
Pierre était le second appelé, il est devenu le premier nommé.
Il n'y a de "préséance"
que celle qui est dans l'amour que Dieu nous porte.
Lui, toujours et le seul premier.
L'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe,
l'Eglise du Christ qui est en Orient et l'Eglise du Christ qui est en Occident
sont et demeurent une seule et même famille.


Fasse le Seigneur, en sa bonté,
qu'elles ne restent pas plus longtemps séparées!
Qu'en cette année où se prépare le Concile pan-orthodoxe,
par l'intercession de Saint André,
un grand pas soit fait vers l'unité.
Fraternelle, plus que jamais.

Seigneur, en ta tendresse, écoute notre prière!






Méditer la Parole

30 novembre 1993

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Romains 10,9-13

Psaume 18

-

Matthieu 4,18-22

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