Solennité de la Toussaint

Espérance et exigence

La Fête de Toussaint est, pour nous, tout à la fois,
celle d’une belle espérance
et celle d’une grande exigence.
À travers l’une et l’autre se déroule
notre cheminement vers la sainteté.
Une sainteté qui ne sera pleinement réalisée
et manifestée qu’au-delà,
mais qui doit se construire, dès maintenant et ici-bas.
Ainsi sommes-nous, en même temps,
portés vers le ciel et enracinés sur la terre.

*

Quelle belle espérance tout d’abord !
Nous ne sommes pas condamnés à mourir
sans espoir de retour ;
nous sommes appelés à survivre
par-delà la passe étroite et ultime de nos routes.
Le ciel est peuplé de vivants !
Au fil des jours, au long des siècles,
tous se sont, successivement, endormis dans la mort.
Mais en passant, le premier, à travers elle,
le Christ Sauveur y a tracé une route de lumière.
L’impasse murée est devenue, à sa suite,
une pâque vers une vie d’éternité.
Pleins d’espérance et de paix, nous fêtons donc, en ce jour,
ceux et celles qui sont déjà arrivés
dans cette maison du Père où le Fils lui-même
est allé nous préparer une place.
Il nous en a montré le chemin (Jn 14,1-4).
Et nous sentons bien que, de là-haut,
connus ou inconnus, peu importe,
une foule immense et innombrable
de saintes et de saints nous attirent et nous aident.
Ils veillent sur nous et ils nous aiment.

Certes ce «sentiment» n’est pas de l’ordre du démontrable.
Mais cela ne saurait nous troubler, puisque nous franchissons,
ce faisant, au-delà du visible, le pas,
hors des limites de l’espace ;
et, au-delà de la durée, le saut, hors des limites du temps.
Ce n’est donc pas en vain qu’au long des générations,
depuis vingt siècles, tout un monde de croyants
avance, dans la lumière de cette foi.
Au demeurant, que de grâces, d’intercessions,
de soutiens tangibles, d’apparitions même parfois,
ne nous sont-ils pas donnés par tous ces amis du ciel
dont nous sentons combien ils restent présents et agissants !

«Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre.»
Cette promesse de Thérèse de Lisieux
des myriades de saintes et de saints,
au long des âges, se sont plu à la faire eux aussi, et à la tenir.
Frères et sœurs, que de grâces descendues
depuis là-haut sur la terre,
à commencer par ces deux fameux miracles,
dûment certifiés et sérieusement contrôlés,
que l’Église exige avant toute canonisation officielle !
Dieu soit béni pour cette discipline ecclésiale
qui nous garde de tout piétisme irréfléchi ou désuet
et de toute illusion spontanée ou collective !
Non ! La sainteté ne se «prouve» pas. Mais elle se signifie !
Elle ne s’impose pas à la raison. mais elle éclaire la foi.
Elle murmure paisiblement la vérité au dedans des cœurs.
Comment douter, en effet,
de ce dialogue intérieur, ininterrompu, universel,
aussi vivant qu’inexplicable,
entre ceux et celles qui sont déjà là-haut auprès de Dieu
et nous qui cheminons vers le Royaume des cieux ?
Nous ne pouvons pas dire où ils sont ;
mais nous savons qu’ils sont «là».
Dans le clair-obscur de la foi,
nous voyons qu’ils sont «présents».

Cette réalité qui est au centre de la fête de ce jour
et qui éclaire de sa lumière l’espérance de nos cœurs,
porte le beau nom de communion des saints.
Nous sommes effectivement immergés
au cœur d’un grand mystère,
Celui de l’appel divin à la sainteté universelle
à laquelle nos sommes tous conviés.
Ne sommes-nous pas tous en effet enfants d’un même Père,
d’un Père saint (Mt 5,48 ; Jn 17,11) ?
Membres d’un même corps, le Corps du Christ,
lui, le juste et le saint (Ac 3,14) ?
Porteurs du même Esprit, animant nos vies,
et qui est l’Esprit saint (Rm 8,14-17) ?
Quels liens de famille !
Saint Jean peut l’écrire :
Mes bien-aimés, voyez comme il est grand
l’amour dont le Père nous a comblés :
il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu
car nous le sommes… Nous le savons,
lorsque le Fils de Dieu paraîtra,
nous serons semblables à lui
parce que nous le verrons tel qu’il est.
Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance
se rend pur (et saint)
comme lui-même est pur (et saint) (1 Jn 3,1-3).
Ainsi avançons-nous dans la réalité de la même Église
proclamant, à chaque Credo, notre foi
«à la communion des saints et à la vie éternelle».
Car nous sommes déjà, bel et bien, comme dit l’Écriture,
concitoyens des saints et de la maison de Dieu (Ep 2,19).
Quelle espérance et quelle joie pour nos cœurs de pèlerins
et pour nos âmes de croyants !

*

Mais quelle exigence aussi pour nos vies chrétiennes
dont tout nous rappelle, en ce jour,
qu’elles doivent devenir saintes !
Tel est l’appel pressant du Christ qui nous en montre la route.
Ne disons surtout pas que la chose est bien compliquée.
Elle est, certes, exigeante et difficile,
mais elle reste extrêmement simple.
Il suffirait d’aimer !
De travailler avec amour.
De prier, de parler, de penser, d’agir en tout avec amour.
Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas
au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte…
Car la Parole est tout près de toi, elle est
dans ta bouche et dans ton cœur
pour que tu la mettes en pratique (Dt 30,11s).
Ainsi parle déjà le Premier Testament.
Jésus ne fera que le redire dans le sermon sur la montagne.
Suivons donc la voie de l’amour à l’exemple du Christ
qui nous a aimés et s’est livré pour nous (Ep 5,2).
Il s’est fait pauvre, s’est montré doux,
est resté miséricordieux,
a vécu avec un cœur pur et a agi en artisan de paix.
Il a accepté d’être affligé, insulté, persécuté,
affamé et assoiffé de justice (Mt 5,1-8).
Mais toujours par amour. Et seulement par amour.
Fais cela et tu vivras,
nous redit encore le Christ en ce jour (Lc 10,28).

Qu’est-ce donc, en finale, que cette fameuse sainteté
à laquelle, si impérativement,
le Seigneur lui-même nous appelle ?
Nous fêtons aujourd’hui, frères et sœurs,
une foule de gens que nous pourrions dire ordinaires.
une foule d’hommes et de femmes
de toutes races, langues, peuples et nations,
comme les a vus le voyant de l’Apocalypse (7,9).
Des plus braves gens aux plus grands pécheurs,
ils ont tous, simplement, accepté de se convertir
ou de rester droits et fidèles.
Ils se sont laissés porter par la grâce, reprendre par le pardon.
Avec des hauts et des bas, ils ont trébuché, se sont repris,
sont repartis et ont accepté d’aller toujours un peu de l’avant.
Et au bout de la route, Dieu aidant,
ils ont atteint le sommet.
Le sommet de leur propre montagne.
Celle-là même où, chacune, chacun, le Seigneur les attendait.

Voilà ce que nous avons à faire, à notre tour.
Avancer au jour le jour, au pas du montagnard.
En faisant bien chaque aujourd’hui, son devoir d’état.
En s’efforçant, jour après jour, de mettre dans sa vie,
personnelle, familiale, professionnelle,
communautaire, spirituelle,
tout simplement, le maximum d’amour.
À chaque jour suffit sa peine, nous dit Jésus (Mt 6,34).
Mais chaque jour nous donne aussi son lot de grâces
et donc de lumière, de joie et de paix.

*

Oui, heureux ! Heureux ! Huit fois heureux,
ceux et celles qui marchent dans la loi de Dieu (Mt 5,1-8) !
Avançons donc. Montons. Faisons le pas d’aujourd’hui.
Et le pas de chaque lendemain,
qui deviendra celui d’un toujours nouvel aujourd’hui.
C’est cela la sainteté !
Essayons ! Relevons-nous ! repartons ! Dieu est avec nous.
Au terme de la montée, qui sait ?
nous ne serons peut-être pas loin du seuil du Paradis.






Méditer la Parole

1er novembre 2002

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Apocalypse 7,2-4.9-14

Psaume 23

1 Jean 3,1-3

Matthieu 5,1-12

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