1e samedi de Carême - B

L’Épître à Diognète, écrite au 2ème siècle, dit :
«Les Chrétiens aiment ceux qui les haïssent.»
Nous venons de l’entendre,
c’est Jésus lui-même qui nous invite à vivre cette exigence :
«Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs
Jésus ne cesse de nous appeler à la réconciliation,
et cela jusqu’à ce sommet jamais inégalé : l’amour des ennemis.
Frères et sœurs, ne cherchons pas trop loin nos ennemis.
Le proche, l’ami, l’intime devient vite notre ennemi quand il nous blesse.
C’est là que le Seigneur nous invite à déployer l’amour quand, spontanément,
l’enfermement sur soi, la colère ou la haine voudraient prendre le dessus.
Cet amour est exigeant et difficile
car a priori il ne se vit pas dans l’échange réciproque.
Il donne gratuitement sans réclamer son dû.
Il se donne en passant par-dessus l’offense qui sépare.
Cet amour plénier est ce que l’on appelle le pardon.
Oui, pardonner c’est aimer mon ennemi.

Nous entendons bien cet appel de Jésus
mais qui n’a jamais été confronté à cet amour impossible,
à ce pardon que l’on n’arrive pas à donner ?
Que faire dans ce cas-là ?

Tout d’abord, si l’amour de notre ennemi nous est impossible,
l’occasion nous est alors donnée de réaliser que pardonner
est au-dessus de nos forces humaines.
Dans notre Évangile, Jésus dit :
«Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ?»
Jésus le reconnaît lui-même : l’amour des ennemis est un acte «extraordinaire».
Cet extraordinaire est l’œuvre de Dieu en nous.
Dieu seul pardonne et il vient pardonner en nous si nous le lui demandons.
Jésus, sur la croix, ne dit pas :
«Père je leur pardonne»,
mais «Pardonne-leur», c’est-à-dire :
«Viens en moi leur pardonner, toi qui es la source de tout.»
Même Jésus ne s’est pas approprié le pardon !

Ensuite, il nous faut accepter que le pardon ne soit pas immédiat,
qu’il y ait un combat intérieur.
Notre cœur éclairé par la foi peut désirer le pardon
alors que notre volonté peut y faire barrage.
Cet écartèlement à l’intérieur de nous-mêmes n’est-il pas expérience de la croix ?
Il faut du temps pour que tout notre être,
corps, âme, esprit, soit évangélisé.
La prière est la meilleure alliée pour que la Lumière de Dieu
dissipe nos ténèbres intérieures.

Enfin, notre incapacité à aimer nos ennemis
ne peut que nous ouvrir les yeux
sur cette perfection que Jésus attend de nous.
Le parfait n’est pas celui qui peut se vanter de pouvoir pardonner,
mais plutôt celui qui consent à sa faiblesse
et s’en remet totalement à la puissance de Dieu en lui.
Dieu ne me demande pas si je «peux» pardonner
car il sait que j’en suis incapable.
Mais il me demande si je «veux» accueillir ce don de Dieu du pardon.
Le pardon n’est pas un état mais un chemin.
Il faut du temps pour pardonner.
L’essentiel est de vouloir se mettre en route.
Prier pour mon ennemi,
pour celui qui me persécute,
faire des petits gestes de réconciliation
sont des attitudes humbles qui porteront leur fruit en leur temps.
Le signe que le pardon sera consommé, accompli
me sera donné quand je pourrai me réjouir
de la joie de mon ennemi et pleurer de sa peine.
Un cœur compatissant est un cœur qui pardonne.

Finalement, aimer nos ennemis,
c’est aimer avec l’amour que Dieu nous donne par delà les rancœurs
et la mémoire du mal subi.
Aimer nos ennemis, c’est les aimer
en cette humanité nouvelle que nous cachons
les uns aux autres par nos péchés et nos divisions.
Le péché nous défigure mais l’amour nous transfigure.
Transfigurons notre regard par l’amour.
L’amour est plus fort que tout.
Il ne passera jamais.
 

Méditer la Parole

11 mars 2006

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Deutéronome 26,16-19

Psaume 118

-

Matthieu 5,43-48

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