Solennité de la Toussaint

Toussaint de Patmos et de Galilée

Sur les hauteurs ensoleillées de l’île de Patmos,
Jean, le visionnaire de l’Apocalypse,
reçoit de l’ange du Seigneur, le livre des Révélations.
Entre le bleu limpide du ciel, étendu à perte de vue,
et le bleu profond de la mer, étalé à ses pieds,
tout baigne dans la lumière.
Une lumière d’en-haut,
mais jaillie au plus profond de son cœur.

Ici, Jean reçoit, aujourd’hui,
le grand témoignage du Christ sur son Église,
cette Église du Christ lancée pour toujours
sur les routes du monde.
D’un monde païen sans cesse tenté
de guerroyer ou de persécuter.
Jean perçoit qu’au-delà de toutes les douleurs
et de tous les affrontements,
la marche de l’Église avance, et avance quoi qu’il en soit,
vers la victoire totale du Seigneur,
Maître du monde et de l’histoire.
J’ai été mort et me voici vivant
pour les siècles des siècles (Ap 1,18).
Et les puissances de l’enfer
ne pourront rien contre elle (Mt 16,18).

La grande liturgie, dévoilée en plein ciel de gloire,
s’ouvre alors sur une vision d’au-delà.
L’immense foule des témoins de son amour
chante l’Agneau rédempteur,
mort pour notre salut et ressuscité pour notre vie.

C’est ainsi que l’Apocalypse nous apparaît, pourrait-on dire,
comme l’Évangile de la Toussaint.
L’Évangile donné aux hommes de la terre par le Roi du ciel
pour que nous le chantions déjà sur terre
en compagnie de tous les saints du ciel.

Frères et sœurs, voilà l’alpha et l’omega, le principe et la fin.
Du commencement de l’Église naissante
au jour ultime où sonnera la fin des temps,
le Christ est là, toujours présent, toujours vivant (Mt 28,20).
Aujourd’hui, dans l’invisible, il nous accompagne.
Demain, dans la lumière éternelle, il nous accueillera.
Il était, il demeure et il vient (Ap 1,4).
Celui qui nous appelle tous à devenir des saintes et des saints.

Comme il nous est bon de pouvoir le prier et le célébrer
dans la communion de ces myriades de bienheureux
que, depuis la terre, toute la chrétienté fête en ce jour !
Ils forment l’assemblée des premiers-nés
qui sont inscrits dans les cieux.
Et ils nous rappellent que notre destinée commune
est bien cette Jérusalem céleste
qui est la cité du Dieu vivant (He 12,22-23).

*

Cette vision lumineuse qui éclaire la route de l’Église
nous ramène au désir le plus vif
qui puisse habiter le cœur de l’homme.
Le désir de la divinité,
c’est-à-dire d’une vie enfin épanouie, à jamais immortelle,
emplie de paix, d’amour et de joie partagée.
En un mot : bienheureuse.
Qui de nous, sincèrement, ne le désirerait pas ?

L’homme a toujours été en quête d’éternité.
Et nous restons tous habités par cet appel profond
à pouvoir partager un jour quelque chose de la divinité.
L’homme dépasse l’homme, et nous cherchons sans cesse
(à moins de rester obnubilés par la seule quête
des nourritures terrestres)
quel peut être l’au-delà de cette vie.

Et voici qu’en ce jour, une réponse pleine de lumière divine
nous est encore offerte :
Voyez quel grand amour nous a donné le Père
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu,
car nous le sommes (1 Jn 3,1).
Et la lettre de Jean, débordant de tendresse, insiste encore :
Bien-aimés, dès maintenant
nous sommes enfants de Dieu ! (3,2).

Mais tout ceci, nous est-il dit, n’est encore qu’un début.
Notre pleine divinisation est en route. Elle est en devenir.
Ce que nous serons n’a pas été manifesté (3,2).
Éclate alors la splendeur de la promesse divine :
Lors de cette manifestation nous lui serons semblables
parce que nous le verrons tel qu’il est (3,3).

Frères et sœurs, quelle visée pour notre foi !
Quelle perspective pour notre espérance !
Dès maintenant, enfants de Dieu,
nous serons un jour semblables à Dieu.
Quelle promesse d’amour !
On comprend la conclusion qu’en tire l’Écriture :
Quiconque a cette espérance en lui se rend pur
comme celui-là, Jésus, est pur (3,4).
N’est-ce pas ce même Jésus, en effet,
qui nous dit encore aujourd’hui :
Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu (Mt 5,8) ?
Oui, au dernier jour,
ce sera la claire vision du face à face (1 Co 13,12) ;
mais, dès à présent,
c’est le cheminement de la foi (2 Co 5,7) ;
de Celui qui nous dit : Je suis la lumière du monde (Jn 8,12).
Nous pouvons avancer à l’écoute
de ses paroles de vie éternelle (6,68) !

*

Et le Fils est descendu du ciel en effet (3,13),
pour nous enseigner le chemin de la Maison du Père (14,1-6).

À la vue des foules,
Jésus gravit la montagne.
Il s’assit et ses disciples vinrent auprès de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait en disant :
Bienheureux…
Que de leçons déjà dans cette simple mise en scène !
Jésus voit les foules, nous est-il dit.
Sans doute ne sont-elles pas encore très nombreuses
autour de lui ;
car il n’est qu’au tout début de son ministère en Galilée.
Mais il voit déjà, dans sa pensée, dans sa science divine,
toutes celles qui vont se lever, au fil des siècles,
pour marcher à sa suite
en réponse à l’appel de ce fameux sermon sur la montagne.
Un milliard sept cent millions d’hommes
font aujourd’hui partie de cette suite du Christ
qui a osé dire un jour : Allez par le monde entier,
proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création (Mc 16,15).
Non, le voyant de l’Apocalypse n’exagère pas
quand il nous dit qu’un jour apparut à ses yeux
une foule immense, impossible à dénombrer
de toutes races, langues, peuples et nations (Ap 7,9).
Voici bientôt vingt siècles que coule le fleuve ininterrompu
des témoins de sa venue et de sa résurrection.

Jésus gravit la montagne, nous est-il dit ensuite (Mt 5,1a).
Ne la cherchons pas trop parmi les modestes vallonnements
qui entourent le lac de Tibériade.
La montagne dont il est ici question a une valeur
encore plus symbolique que réelle.
Comme Moïse sur le Mont Sinaï,
transmettant à son peuple une loi de sainteté,
Jésus, aujourd’hui, sur les pentes dominant la mer de Galilée,
parle en législateur suprême.
Il enseigne à tous les hommes les chemins de la perfection.
La route du vrai bonheur qui ne peut qu’être en Dieu.
À la suite du propre Fils de Dieu devenu Fils de l’homme,
et qui s’est fait, pour nous, lui, le premier,
pauvre dans l’esprit ; doux et humble de cœur ;
affligé jusqu’à la compassion ; affamé et assoiffé de justice ;
miséricordieux jusqu’à la folie de la croix ;
pur, au point de ne pouvoir être convaincu d’aucun péché ;
messager, artisan et donateur de paix ; et, finalement,
livré, bafoué, flagellé, mis en croix et tué
pour notre justification…
Voilà ce que ses disciples
et tous les hommes de bonne volonté
ne doivent jamais oublier.
Tout ce qu’il a dit, il l’a fait.
Tout ce qu’il a enseigné, il l’a vécu.
C’est du sommet de sa propre sainteté divine
que les Béatitudes sont descendues
comme un sublime exemplaire sur toute l’humanité.

Il s’assit et ses disciples vinrent auprès de lui (Mt 5,1b).
C’est en maître de sagesse que Jésus nous parle aujourd’hui.
Il est assis avec toute l’autorité de celui qui proclame :
On vous a dit ; eh bien, moi je vous dis…
(Mt 5,21.27.32.34.38.44).
Mais aussi, avec toute la familiarité de la tendresse maternelle,
à la façon d’une poule qui, sous ses ailes,
rassemble ses poussins, sous dit-il lui-même (23,37).
Rien n’est plus solennel et plus grand
que la proclamation de ces Béatitudes, sur la montagne.
Rien n’est plus simple et plus humble
que cette parole donnée assis ;
que cette route de sainteté donnée par le Seigneur-Serviteur,
où les derniers seront premiers (19,30).

Alors, prenant la parole,
il les enseignait en disant : Bienheureux (5,1c).
Celui qui parle en ce jour n’est pas un commentateur.
C’est plus qu’un sage qui s’exprime
ou un savant qui discourt.
Il est le Verbe de Dieu qui dicte une loi de sainteté.
Et cette loi de sainteté qui s’adresse
au plus cher de nos libertés,
c’est une loi qui, à neuf reprises,
nous invite à être heureux.

*

Car seule une vie de sainteté peut nous rendre heureux.
Seuls les saints sont véritablement heureux.
Seul Dieu peut faire de nous des bienheureux.
Nous n’avons pas fini de déchiffrer le secret lumineux
caché dans le chant des Béatitudes !





Méditer la Parole

1er novembre 1999

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Apocalypse 7,2-4.9-14

Psaume 23

1 Jean 3,1-3

Matthieu 5,1-12

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